Ciel Bleu Nuages gris dans le grand espace
Quelques blocs dont on se lasse
Et cette eau noire sortie de terre
Pompée des nappes de l'enfer.
Il neige dehors, sol de Pologne
On voit un frileux que l'on cogne
Dans les coins de cette ville noire
Où l'on n'espère pas même l'espoir.
Ces nuages noirs venaient pour elle
Qui attendait plus de soleil
Elle leur disait que ce qu'elle veut
Ce n'est qu'un bout de ciel bleu.
Les nuages gris se mirent à rire
A la nommer et lui mentir
Qu'à l'intérieur il ferait mieux
Et qu'elle remercierait son Dieu.
Mais elle partit pour la colonne,
Celle qui descend vers les orages
Celle qu'on craint et que l'on donne
A celles qui avaient son âge.
Elle s'éloigna il me semble
Avec des petits, des plus vieux
Mais avant qu'elle n'entre dans la chambre,
Elle aperçut un coin de ciel bleu.
La voici devenue
De cette terre, dans un cri de tourments elle s’enfante elle-même. Son visage gonfle dans la plaine de Galilée, sort sa gueule qui fait entendre sa rage de naître à ses grandes sœurs, qui feignent tout en crispant leurs rides de ne rien entendre. Ses cheveux se prennent aux vents secs qui griffent et brûlent peu à peu sa peau, douce aux premières heures de sa vie.
Son buste se libère peu à peu lui-même des chaînes qui le retiennent. Son cou, si fin, que l’on a peine à croire qu’il résiste autant aux assauts incessants des spectres qui l’enserrent. Ses épaules robustes tiennent à bout de force la poitrine jaillissant du sable et des poussières. Entre ses seins Ramallah la dure à cuire ; le cordon est coupé, voici Jérusalem.
On ne sait qui des Trois est réellement le père.
Et cette quête paternelle écorche la jeune Promise, éraflée, balafrée, son corps parsemé de plaies qui ne cicatrisent pas, sans cesse rouvertes. Ses veines et ses artères s’écoulent et atteignent les mers qui l’encerclent. L’une est morte, l’autre est son avenir.
Malgré cela elle est belle. Ses yeux tournés au ciel comme pour lui demander le répit, le reflètent parfaitement : ils sont clairs ; aveugles. Son corps se désire, sa peau bien que presque décharnée scintille entièrement brunie par les frappes du soleil.
La voici qui se lève. Avec grand mal. Elle se pose à présent sur un pied. Eilat est sa pointe, Gaza son talon d’Achille. Sa main gauche cache son sexe, la Promise se sent nue, humiliée puis violée, elle protège ses prochains fils, bientôt nés de la même souffrance. De la paume de sa main droite jure la fière Tel-Aviv qui assure aux grandes sœurs qu’elle n’est pas responsable.
L'enfant qui parlait aux étoiles
Il faisait froid ce jour là,
A l'oreille de l'enfant un souffle murmurait,
Pénibles murmures quand il y repense.
Ses nuits, maintenant, sont bercées par ces mots.
Il faisait froid ce jour là,
Et on était le soir.
L'homme était entré dans la chambre
Il murmurait à l'oreille de l'enfant.
C'est ainsi.
Il faisait froid ce jour là,
Et depuis ce jour l'enfant parle aux étoiles.
Il leur murmure, leur parle tout bas,
Pour qu'à côté l'on entende pas.
Il faisait froid et l'enfant pleurait,
Ses larmes chaudes glissante sur les tempes
Les yeux fixés
Dans la froideur du ciel,
Pour ne pas voir ce qu'un enfant ne comprend pas.
C'est alors,
Que l'enfant maudit les prières et les louanges,
Où est donc passé l'ange?
Il n'était jamais là...
Il faisait froid ce jour là,
Mais il faisait soleil dehors,
Dehors.
Il avait froid l'enfant.
A qui la faute?
A lui peut-être...
C'est ce qu'il dit aux étoiles
Elles l'écoutaient
Elles étaient seules à écouter.
Il faisait froid ce jour là,
Rapide, légère, insupportable tendresse,
Cette si violente douceur,
Qui rend si amères toutes les autres douceurs.
C'est ainsi.
L'enfant parlait aux étoiles
Le petit rêveur
Il rêvait dit-on d'un monde moins dur
Il rêvait pour que la nuit le rassure
Et l'entraîne dans cet inoubliable songe
Que l'homme peut vivre sans mensonge.
Il rêvait dit-on, et c'est peut-être là son crime
Dont lui seul pouvait être victime,
Que la douceur n'était pas si violente,
Et que la mort n'était pas si lente.
Il dit alors, tout en se réveillant:
« Le monde est beau », c'est ce qu'il dit aux gens,
Tout le monde ici l'insultait de menteur
« Laissez-le donc, c'est un petit rêveur ».
Alors celui qui rêvait prit son sac,
Alla s'asseoir près du grand lac.
L'eau faisait danser les étoiles,
Leur mère, la lune, était bien pâle.
L'enfant rêveur, dans cette nuit, sans larmes
Avait bien peur, mais succombant à ses charmes,
Il descendit dans la grande rivière
Et ses rêves s'enfuirent vers la mer.
Grisées
L'azur est long,
Lente perle d'eau
Sur des tombes perdues
Au fond du gris des cimetières.
On y parle, on s'endort,
Chantent les arbres morts
Feuilles tombantes, séchées,
Sur le sol.
L'oubli n'est rien ; sinon le pire,
L'oubli n'est rien,
Et rien est terrifiant.
Idées perdues dans un brouillard,
Quelques vies égarées,
Là par hasard,
Sous la pluie légère.
Un petit garçon, enfant d'une tombe
Dit au revoir.
Peste que soit la parole
Le matin fut long d'éveils après les mauvais rêves,
Aux vains appels à l'Oiseau qui ne répondait pas
Alors que la route sous mes pas se craquelait
Et que la nuit passée me revenait en brouillard,
Il fut alors une journée,
Ou,seul, comme souvent, je me suis étendu
Je versai les derniers sels de ma marée
Pour m'endormir en rêvant,
A l'avenir.
Qui se doutait qu'il viendrait si tôt?
Le soir, où mes mains prises par des plateaux,
Et où ma solitude noircissait mon regard
Ce dernier s'éveilla, éclairé d'une lumière
Qui traversa mon âme, deux tablées plus loin.
Et ce soir où mes yeux se fixèrent aux tiens,
Mes gestes ne se firent plus sans penser à tes mains,
Qui, tendues sur la table fleuraient le tissu,
Et la douceur d'un regard vers moi m'eut ému.
Voici que maintenant ces heures de fête
Semblent si courtes, lorsque nos timides manières
S'appellent sans cesse, ne se lassant de la réponse.
Ceci laisse la trace d'un souvenir éternel
Et les sourires fermés envoyés furent si beaux
Que le cœur des hommes n'aurait trouvé autre espérance
Que celle de garder ces heures plus longues.
Aussi à ton départ mon cœur s'emballa
Et lorsque mon regard sur la porte te croisa,
Je sentis en mon corps l'instant tant redouté,
Et mon cœur sans raison me poussa à sortir.
Et toi qui m'eut vu cet instant Y tenir
Tu vins contre moi te serrer tendrement
Et cet enlacement, soudain, auquel mon corps
Aurait eu, en vrais heures, une peur immense,
Je sentis monter en moi la douceur
Celle que je souhaitais tant, depuis longtemps, retrouver.
Puis, sans savoir à vrai dire, ce que je fis,
Ma bouche, mes lèvres, s'avancèrent
Et les tiennes y touchèrent.
Effleurement.
Nous ne disions mot
Peste que soit la parole
Le silence fut ce maître
Et l'instant fut trop court
Tu parts
Me revoilà seul, dans les bras de la nuit.
Mon regard, en silence, s'éteignis,
Après un dernier mot:
« Es-tu fier, Oiseau? »
Mouchoir
J'y vois un cri,
Un cri blanc
Un cri de femme, un cri d'enfant
Dans ce village odeur de sang
J'entends un cri
Une angoisse étouffée
Cette danseuse tombante
Au gré du vent
S'affalant sur le sol
Et oubliée de tous.
Et l'enfant recommence
Ses cris et ses pleurs
Ce serpent de goudron amenant la terreur
Ces démons sont venus
D'ici et d'ailleurs.
Un peu de cauchemars
C'est lui qui les a vu
Pour la première fois
Approcher de chez lui
Ces furieux démons, monstres aux dents longues
Douleurs échappées du monde
D'en - dessous.
J' y vois cette nuit
Blanche et sale dans les ombres
Ces étoiles d'où tombent les bombes
Malheurs Balkaniques
Et histoires de pouvoirs
Argent puant, sale odeur
D'ici je le vois
Ce cri sourd, lourd et pesant
Ce cri d'enfant,
Ce cri blanc.
Tendresse
Quelques mots de tendresse
Pour une petite diablesse,
Les yeux bleus cheveux courts
Bercée par ses amours.
A l'homme qu'elle espère,
Aux rêves qu'elle imagine,
La douleur solitaire
D'être une fille si fragile.
Ces passions éternelles
Qui peuvent blesser le cœur,
Qu'elle sache, pour elle,
J'ai fait la même erreur,
Quelques mots de tristesse,
Pour une jolie princesse,
Les yeux bleus cheveux courts
Et un cœur si lourd,
Des garçons jolis cœurs,
Elle en trouvera des tonnes,
Se noiera au bonheur
De leurs belles paroles,
Et celui qu'elle désire,
Que Dieu le lui pardonne,
Elle est belle à mourir,
Mais elle ne tue personne,
Quelques mots de sagesse,
Contre des mots qui blessent,
Des yeux bleus cheveux courts,
Ce regard de velours,
A celui qui l'avait,
Entraînée dans ses draps,
Qu'elle eut voulut aimer,
Une seconde fois,
Quelques mots pour toujours,
Garder l'espoir qu'un jour,
Ses yeux bleus cheveux courts,
Trouveront leurs mots d'amour.
En quelques mots
En quelques mots je vaincrai l'orage,
En quelques mots derrière un paysage,
Le temps perdra la couleur de son nom,
Et puis, lassées, les fleurs s'en iront.
Ces quelques mots sont les plus nécessaires,
Ils parlent de nous, autant qu'on peut en faire,
Ils parlent d'amour lorsqu'on voudrait se taire,
Et le silence qui suit ces mots, semble éternel enfer.
Personne ne peut les dire indélébiles,
Car bien qu'écrits restent fragiles,
Ainsi se finissent les choses,
Ainsi passent, puis trépassent les roses.
En quelques mots je dirai tout le sang
Qui a coulé durant ces moments,
Où l'on aurait tant voulu avoir quelque chose à dire.
Les mots eux aussi peuvent vieillir.
Ici, tels que vous pouvez les lire,
Les mots écrits me sont irréfléchis,
Ne faites jamais attention à ce rire
Qui, de vos yeux coulera sans être dit.
En quelques mots je raconterai ma vie,
En quelques lignes je peux le faire,
Mais celle-ci n'étant que d'importance précaire,
Je ne vous dirai que ce qui vient à mon esprit.
Je ne condamne pas par des mots
Quelqu'un qui ne saura que dire,
Un regard peut bel et bien suffire.
En quelques mots je livrerai la pluie.
En quelques mots, comme tous je présume ici,
Une princesse aura entendu ceci:
En quelques mots je te dirai je t'aime
Et sur ces mots se finit mon poème.
maux du temps
L'avenir est doux à entreprendre,
Le passé si lourd à apprendre,
Les souvenirs sont tant de larmes
Ou de rires non dénués de charme ;
Il y a dans le temps quelque chose d'éphémère,
Qui, pourtant, durera toujours,
Il y a dans les yeux d'un rêveur solitaire
La graine d'un futur amour.
Car l'amoureux est le vainqueur du temps :
Chaque seconde est si précieuse,
Et chacune d'elles est si heureuse
Car l'amour fait durer le moment.
La belle jeune fille est toujours celle
Que l'on dévore des yeux
Toute lèvre mâle veut goûter cette perle :
Elle ne sera qu'au plus chanceux.
Et la chance s'obtient en bavardages
L'étrangère est séduite par qui parlera son langage
Mais plus encore par celui qui parlera à son cœur.
Sans mot, un regard éclairé se meure.
Il est inutile de vous faire souffrir,
Mais écoutez ces mots bien attentivement :
Amoureux qui ne sachez le dire,
Vous perdez votre temps.
Venise
Elle s'endormit à Venise,
Eaux,
Elle dormait paisiblement
Et un ange veillait sur elle.
Elle était belle.
C'est là-bas que je l'emmènerai;
Ses pieds s'enfonceront dans l'eau,
Qui glissera jusqu'à ses hanches;
Elle me sourira.
Je la trouverai belle.
« Elle n'est pas froide »
Me lancera t-elle,
Et ne m'inquiétant pas de la réalité qu'elle pourra me cacher,
Mes pieds qui donnaient de légers reliefs au sable
S'avanceront.
Ils s'avancèrent.
L'eau vint se coller à mes genoux,
Vint me chercher et m'entraîna vers la blonde sirène qui s'ébattait déjà nue dans ces eaux qu'elle m'avait assurées être tièdes.
Elles furent gelées.
Je la rejoignis.
Je la trouvais belle.
Elle me souriait.
Ses yeux me souriaient aussi,
Mon bras entourait son épaule,
Ma main caressait son sein,
Nous riions,
Entre deux baisers en coup de vent.
Elle me trouvait beau.
Je ne l'étais pas.
Je l'embrassais.
Cet instant où mes lèvres froides effleuraient les siennes,
Fit monter en moi ce désir insatiable
Que tout garçon ressent à ce moment précis
Et dont je ne peux clairement décrire,
Nous feront l'amour.
Ainsi se fera ce voyage,
Mais à l'instant où mes pensées s'échappent,
Je ne peux que changer mes espoirs en soupir,
Il est encore temps de dormir à Venise.
Le petit scribe
Un petit Scribe qui ne valait pas grand chose
Voulut un jour changer
Ce que le monde pensait de lui;
Il était triste, timide et sage,
Il se fit par un long apprentissage
Mine réjouie homme fougueux
Mais se jura de toujours rester sage;
Autour de lui
Chacun disait du Scribe autrefois maudit
Qu'il était un admirable
Aimé de tout le pays;
Il voulut alors un beau jour
Montrer ce nouveau prince qu'il était devenu
Au plus grand de royaume
Le Magnifique
Absolu
Superbe Pharaon;
Il admirait cet être
Vous en souvenez vous peut-être
Et l'aimait plus que tout
Car tout le mon de l'aimait
Ce Grand Pharaon.
Mais face à lui
Il ne pu rien montrer
De sa nouvelle vie
Et se glaça d'un coup
Lorsqu'Il est apparu;
Le Grand Pharaon pensa de lui
Comme il en avait toujours pensé depuis
Qu'il fut un imbécile, idiot, timide et triste;
C'était peine perdue.
Le Scribe s'en alla seul
Faire un détour par le Nil
Le Pharaon lassé
Ne voulait plus entendre parler de lui;
Il le bannit.
Il ne cessa pour autant
D'être cet homme nouveau
Et un jour il le sait
Le Pharaon sera fier
Du Grand Homme qu'il est.
Chère bourgeoise
Me voici devant Toi. Je me tiens dans tes bras et vois, comme toutVoyant voit, les ponts qui enjambent tes veines, ton sang coulejusqu'aux petits ports argentés qui plaisent tant aux touristes bridés.Au fond d'une place se raidit ton cœur, signe que tu es un homme, chèreParis.
Puis, s'étend la brume qui étouffe tes parasites, quipartent quelques instants soulager leurs carcasses dans quelques boiset jardins qui parcourent tes artères. Certains même profitent d'unenuit, où dulcinée endormie pense se réveiller aux côtés de leurshommes, heureux, après une dure journée allongée par des réunionsinterminables. Ils rentrent, certes, heureux, mais leur journée futcourte, et leur nuit bien plus longue, à l'autre côté de Boulogne.
Et ces chères dames qui les accueillent sont de celles qu'on insulte,les indignes, les puantes, les faucheuses d'hommes honnêtes, mais quisont pour tant d'hommes, contre quelques billets, sources d'unejeunesse retrouvée.
Et puis voici ton âme, vieille âme,époussetée tant de fois qui traîne au beau milieu de ton antre. Lavoici qui s'illumine par ses vitraux bleus verts et rouges, sesvieilles dames qui y entrent le soir, et ce cher grand évêque, hommebon de piété absolue, qui prône ce que l'on prônait pendant tant desiècles auparavant.
L'on te dit moderne, chère Paris.
Et voiciton palais, demeure présidentielle, où le grand homme de France ne faitpas la moyenne de ses concitoyens. Il parle, promet, gigote dans levent, comme ses prédécesseurs, ses fidèles amis dans la grande chambregrise, cravates et porte-monnaie d'or, qui au passage sont de ceux quebercent les dames de Boulogne, sont les mêmes, ou leurs fils quipromettent les enivrantes paroles d'or que l'on chantait déjà il y abien cinquante ans.
L'on te dit moderne, chère Paris.
Toi qui es la grande sœur des autres dames de France, Reims, Lorient, Brest,Lille, Rennes, Marseille, Amiens, Auch, Montpellier, Nantes, Angoulême,Poitiers, Bordeaux, Pau, Lyon, Tours, Rodez, Biarritz, l'européenneStrasbourg, Nançy, Dijon, Saumur, jusqu'à la plus petite, jusqu'àChapelle-Croupion, dans la petite Loire.
Tu portes les drapeauxd'une révolution, tu portes le lourd fardeau d'être celle d'en haut, tudis ta mère libre, égale et fraternelle, mais tu pues les poubellesd'une Bourgeoise dans lesquelles se ruent depuis tant de décennies lesrats barbus aux chapeaux sales et vieux et affamés de ton sein chéri.
Tu es moderne, Paris;
Invisible
je me peindrais le visage. Ainsi, coloré, je paraitrai. Me voiciquelqu'un dans mes mots, invisible dans mon regard. Cette nuit, je mesens, nuage. Ballotement entre pensée et rèves. Juste une peau pour mhabiller, souffler la brume qui m'éfface. J'aimerai plonger dans ceschaudes douceurs, que sont vos mains, vos poitrines et vos coeurs. Jaime le ciel, quand il peint des nuages. J'aime le vent quand ilsbalayent le sables, et ses cheveux, au fin étain doré, qu'il faitdanser. Invisible à vos yeux je m'en vais m'endormir. Demain, à monréveil, l'aurore aura peint mon visage...
Désir
Je viens de faire un long voyage
Ma nuit
Me transporta hors de tout paysage
Et une poussière m'étant entrée dans l'œil
Me fit oublier ton visage;
Je n'ai en route qu'un désir
Certains l'appellent chose inavouable, trace indomptable, périlleuse aventure;
Je le nomme
Impardonnable cassure
Je voudrais vous prendre dans mes bras
Une caresse
Vous prendre dans mes bras
Puis je m'abaisse
Vous prendre dans mes bras
Parce que le visage lointain d'un homme dans ma première nuit blanche
Me revient
En rêves insupportables
Interminables,
Amère douceur.
Et puisque le vent ne transporte
Ce secret
À aucun autre
Il me faut être tempête
Et crier
Ce qui me vient en tête
Je voudrais vous prendre dans mes bras
Tendresse
Vous prendre dans mes bras
Paresse
Vous prendre dans mes bras
Volupté, velours
Rigide corps
Qui
Est mien
Car l'homme
Garçon
En réalité
M'eut entaché de cette impardonnable incertitude,
Solitude
Habituelle
Puisqu' ininterrompue.
Sombres,
Oublier
Est
Un désir
Qui s'accouple
Avec celui de changer cette impossible chose
Ineffable
Presque craintive
Car je crains
Je voudrais vous prendre dans mes bras
Vous serrer
Vous prendre dans mes bras
Vous serrer si fort
Vous prendre dans mes bras
Vous aimer
Plus fort
Moi, qui ne sais aimer
Et ne sais
Si est aimé
Tandis que Pharaon
Fuit.
Cette nuit m'éclaire encore de ce visage d'homme
De Garçon
En réalité
De grand
Garçon
Qui de ses lèvres, tièdement, insistait
Pleurs
D'un garçon
Petit
Garçon
Qui voudrait tant vous prendre dans ses bras
S'emporter
Vous prendre dans ses bras
Laissez le
Vous prendre dans ses bras
Se pendre à votre cou
S'animer
D'un éclair de beauté, cachez vos sens inexplorés
Rapide coup de tonnerre
Pour qui
Aime.
J'aime
J'aimerai vous prendre dans mes bras
Vous entrainer
Vous prendre dans mes bras
Perdre tout
Vous prendre dans mes bras
Mes larmes
Ainsi
Cesseront de couler
Et j'attends
D'une timide et âpre patience
Ce moment
Où
Chacun
Pourra
Un jour
Expliquer la nature de tant de cruelles amours
Interdites
Mais faites
Qui empêchent
Parce qu'elle reviennent sans cesse dans les yeux brillants de larmes et des narines bavant leurs visqueuses matières
En ces interminables nuits blanches
Où l'homme
Ce Garçon
En réalité
Ne cesse d'importuner chaque seconde de sommeil,
D'aimer
De vous prendre dans mes bras
D'aimer
Vous prendre dans mes bras
Aimer
Vous prendre dans mes bras
Serrer
Et attendre
Que
Toutes
Les larmes coulent et que nos yeux humides sèchent enfin
Laissant la trace rouge irritée d'une peine enfin passée.
Une saveur
Qui est
Être
Comme tous
Aimant
Aimé
Aimables
Bonheur
Inespéré
Que de toucher
Un corps
Le prendre dans ses bras
Vous prendre dans mes bras
Vous prendre dans mes bras
Et cesser
De pleurer
Puis enfin
Aimer.
Le pharaon
C'était le roi le plus magnifique
D'un pays perdu, aujourd'hui antique.
C'était le plus grand,
De ses plus beaux bijoux,
Qui le rendaient beau lui-même.
C'était un grand homme
Puisqu'il était le chef.
C'était un de ces princes
Qui se battaient,
Car il savait se battre,
Le grand Pharaon
Oublié aujourd'hui
Mais qu'on retrouvera.
Mais le Grand Pharaon ne savait pas écrire.
Il savait bien lire
Mais il n'écrivait pas.
C'était un de ses scribes,
Ecrivain du royaume,
Soumis à son grand chef,
Mais en admiration
Car tout le monde l'admirait ,
Le Grand Pharaon.
Le scribe n'était rien
Qu'un petit écrivain
Qui ne servait qu'aux mots.
Le scribe n'avait pas de bijoux,
Pas de beauté,
Mais le Pharaon l'enviait,
Tout comme, ou plus même,
Le scribe admirait son patron,
Le Grand Pharaon.
« Apprends-moi à écrire »,
Lui dit le Pharaon,
Et le scribe obéit,
Puis il se réveilla ;
« Ecrivez pour moi »,
On ne l'admirait plus.
Mais il était heureux
D'avoir enfin rêvé
Qu'il était plus utile
Que son utilité.
magnétisme
Ce sont deux éminences, qui se comprennent l'un l'autre sans pour autant savoir se regarder. Ce sont deux âmes vides qui s'épient et se croisent, se détruisent et s'humilient pour la beauté du geste.
Deux êtres qui poussent par les mêmes racines, font semblant d'avoir peur; ils n'ont peur que d'eux-mêmes.
Voici que l'un d'eux s'avance. Il prend la parole. L'autre tombe. Ils s'oublient.
Montagne
Derrière une montagne
se cache l'être immobile
Le teint terne et sans voix
une perle s'égoutte de ses yeux
On le voit assis
Il ne sait plus lever la tête
En son coeur, l'âme perdue
Fleur,
Qu'il aurait aimé voir s'épanouir
Dans aucun autre bras que les siens.
tanguage
De jouer à se haïr et rêver que l'on aime, chaque capitaine a son navire il tangue et se redresse. On en oublie l'eau qui cependant le caresse jusqu'au précieux instant, où par quelque manoeuvre gorgée de maladresse le voici qui chavire... Ainsi va de nos vies....
La rose et l'hiver
Le vent faisait danser les fleurs
Et les feuilles des arbres tombaient
Gouttes à gouttes;
L'automne arrivait.
Il y avait un jardin,
Un banc de bois verni reposait les passants
Et une balançoire amusait les enfants;
Les fleurs dansaient toujours.
Et parmi toutes ces fleurs,
Tulipes, coquelicots et lys bleus,
Poussait à l'orée d'un buisson
Une Rose.
Pourtant l'hiver approche;
Le voici qui détruit, gifle et déshabille.
Les boulots dénudés
Se rhabillent de neige.
Mais la Rose résiste
Et ses épines gelées
S'abreuvent de la rosée.
Le printemps arrivera bientôt,
Et la neige disparue,
Et l'eau s'évaporant
Redonneront au jardin son manteau vert d'entant.
Le printemps sera beau
Se dit la Rose tout haut
Car une Rose sait,
Elle connaît le printemps.