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Crée le 27/05/2009
Prénom : Thibault
Ville : Celle levescault

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La jeune fille corbeau et le prince

    Il y eut bien longtemps,que naquit une jeune fille, dans la cour d'un royaume disparu depuis.Elle naquit au matin, auquel elle pris le nom: Aurore. Sa mère, veuveet reine du pays, mourut en accouchant. Ainsi s'acheva le règne d'unedécennie, pour faire monter au trône une autre dynastie. Celle-ci eutde tous temps haït ces volatiles, noirs, aux ailes rugueuses que furentles corbeaux, pour leurs présages funestes. Aussi, le nouveau roi, fitinscrire dans les lois, un édit, à quelques mots celui-ci:

«  Sa majesté le Roi du Pays
Fait part à ses sujets dévoués
Qu'un corbeau dont on ôtera la vie
Vaudrait son poids en monnaie »

Alléchés par cette récompense, tous les habitants du pays, s'affairèrent pour chasser cet oiseau maudit.

La nouvelle n'atteignit pas une petite chaumière, au fin fond du pays,qui abritait Aurore et une vieille femme, à qui la défunte reine avaitconfié l'enfant, qu'elle savait être bonne, tout en lui répétant:

    «  Elle ne doit vivre près d'un palais,
    Préservez-la dans une forêt,
    Afin que les incessantes querelles
    Baignées d'Orgueil ne s'emparent de ma Belle »

    Ainsi, la toute jeune Aurore, grandit dans cette clairière, que lesbruits de la ville ne couraient pas encore. Elle eut atteint l'âge dedix ans, lorsque sur son chemin, elle rencontra un oiseau, blessé àl'aile qui la suppliait de ne pas l'achever. La fille lui demanda cequ'il lui arrivait, il dit en gémissant:

    «  Je suis pris comme mauvais,
    et toutes les bonnes gens
    me poursuivent sans arrêt
    Pour gagner leur argent »

    «  Je viens vous délivrer,
    dit-elle simplement »

    « Faites vite, je les entends!! »

   

    Aurore prit un morceau de son simple manteau, pour enrouler l'oiseau et protéger son aile. Elle l'emmena chez elle:
    «  Un café? Lui dit-elle
    - Serré , il répondit
    - Comment se tient votre aile?
    - mieux qu'elle n'était, merci!!
   - J'aimerai avant de repartir
    Avoir un cadeau à offrir.
    - Que puis-je demander?
    - Tout ce que vous voudrez!!! »
   

    Pendant un instant, la blonde réfléchit. [ Le conte permet d'écrire toutes sortes de rêveries]. Puis elle dit:

    « Mon rêve serait d'avoir des ailes
    Pouvoir voler tel un oiseau
    Le jour pouvoir atteindre le ciel
    Et la nuit faire tomber les plumes de ma peau »

    «  Ainsi as-tu souhaité, chère enfant,
    Et ainsi je te fais ce cadeau:
    Tu verras le jour en corbeau
    Et le quittera dans ton corps d'entant. »

   

    L'oiseau s'envola en lui laissant ce don, que l'on découvrira être une malédiction.
    La vieille servante s'occupant de l'enfant eut toujours interdit la fillede s'éloigner, à d'autres bords que ceux de la forêt. Mais la fillegrandit, car tout enfant a ce malheur, et devint une belle jeune femmede nuit, et majestueux corbeau dès que le soleil rendait au ciel sescouleurs.
Ainsi se sentant libre et légère, comme toutes lesjeunes filles de son ère, elle décida, dans son corps de corbeau, dequitter un instant la forêt, pour sonder les vilains de plus près. Ellearriva alors près d'un somptueux palais. Elle en survola les tours,visita chaque cour, de la petite fontaine au plus immense jardin. Ellese rêvait alors faire partie de la cour, être une princesse aux cheveuxd'or, avoir un prince à ses genoux. Ce monde, elle ne le saura jamais,aurait pu lui appartenir, et comme un destin inexplicable, elle futpoussée à y revenir.
C'est alors ce qu'elle fit. Tous les joursde bon matin, dès que ses plumes couvrirent son corps, elle s'envolaitdans le lointain, pour retrouver cet illustre décor. Elle parcouraittout le palais, chaque jour en découvrait un secret, jusqu'à, dans uneaprès-midi, se poser sur une fenêtre. L'intérieur fut fait d'un lit,d'une grande armoire, d'une grande table, et assis sur une chaise àcôté, comme dans tout conte le plus beau des êtres. Il était brun, lescheveux blonds, des yeux noisettes et bleus profonds, en somme un êtreplein de contradictions. Le corbeau qui s'était posé là, fut aperçu parl'un des gardes au fond, qui paniqua, avertit le chevalier quientreprit de le chasser.
S'ensuit alors une folle poursuite. Lebeau chevalier eut fait sonner l'alerte, aussitôt tous ses hommes serangèrent derrière lui. La jeune Aurore fut bien surprise, que tous cesmâles en armures grises, se mettent à la poursuivre. Aussis'enfuit-elle aussitôt, mais les soldats sur ses talons, elle s'enfonçadans la forêt, tandis que les hommes la cherchaient, dans chaque recoinde ce milieu, jusqu'à la tombée du feu des dieux. C'est à ce momentprécis, que la forêt s'habillait de nuit, et que la belle oiseau dejour, se dévêtait de ses sombres atours.
Là, la jeune femmedénudée et tremblante, s'assit sur un rocher, et ses dentsclaquettantes, elle se mit à pleurer. Les arbres à côté d'elle, deleurs feuilles d'automne sanglotaient avec elle. Enfin, le chevalierroux qui la poursuivait, la rattrapa, sans savoir qu'elle était cellequi, quelques heures plus tôt, lui échappa.
Il dit ces mots:

    «  Demoiselle, je recherche un oiseau.
    Celui-ci est de présage funeste,
    Et afin que son sort n'atteigne point mes restes,
    Il me faut l'égorger au plus tôt. »
   

Elle continuait de pleurer.


    Le chevalier, en dragueur incontesté que lui prodiguait sa condition,descendit de son blanc étalon, approcha de la belle et tendit sa mainsur sa joue.

    «  Pourquoi donc ces pleurs?
    Et pourquoi, quoique belle, montrer cette nudité?
    Vous aurait-on dépouillée?
    Ou serait-ce d'un Don Juan dont souffre votre cœur? »


    Elle ne répondit pas.


    Il enroula alors autour d'elle, sa grande cape noire semblant rappelerdes ailes. La jeune fille aussitôt se leva, refusant alors de porter cemaudit atour. L'homme, entiché de la belle, n'en arrêta pour autant sesavances:

    « Chère amie votre charme m'a séduit,
    Epris de votre beauté je ne puis me résigner
    A vous laisser en larmes dans cette forêt, de nuit,
    Aussi vous prierai-je donc de m'accompagner »

    « Dites moi qui vous êtes, je hais les inconnus
    Qui, dans un bois en pleine nuit accostent les filles nues »

    «  Chère dame, ne m'auriez-vous donc pas reconnu?
    Je suis de ce royaume le prince, haut, digne et absolu »

   

    A ce titre charmée la  belle Aurore sourit, et entraînée par ce blond, elle le suivit.
    Arrivés au palais, sur le noir cheval du prince, la fille de la nuit indiquafièrement, que cette si soudaine relation, soit soumise à une condition:

    «  Cher prince voici la clause qu'il vous faudra respecter:
    Chaque nuit je promets de toujours revenir,
    Mais au matin levé, il me faudra partir.
    De plus, la fenêtre sur la cour, jamais ne sera fermée »


    Le prince surprit d'une telle demande, ne se vit pour autant point larefuser. La chair devant lui étant si pure et tendre, qu'aucun homme nesaurait être fou au point de l'offusquer.
    [ J'attire votreattention cher lecteur, sur un point épineux de cette histoire de cœur.Certains d'entre vous, catholiques, bibliques ou autre religieuxtrouveraient en mes lignes un aspect scandaleux. Les deux tourtereauxéperdument amoureux, vont dès la première nuit, consentir à un jeu, quevous pourriez trouver quelque peu révoltant. Or je vous assure, lachose, était en ce temps des plus courantes.]

    La longue nuitfinit par laisser place au jour, et dès que l'horizon s'habilla d'unpâle atour, la jeune et jolie femme, reprit ses ailes noires, et avantque le prince ne la voit ainsi faite, elle s'envola par la fenêtreouverte. Le prince dans un étirement chevaleresque, ses yeux encore àdemi fermés, se surpris qu'Aurore se fut envolée ( il ne pensait pas sibien se surprendre).
Il se mit alors à la chercher en tous coins, dela petite fontaine jusqu'au plus immense des jardins, son palais étantsi grand, que le soir tombé il n'eut pu avoir tout visité.
Lecrépuscule venait d'apparaître, que l'on sonna à la grille du palais.Aurore revint tenir sa promesse. Et elle fit de même tous les jours,partait par sa fenêtre au matin, et le soir l'assurait du retour.

    Mais quelques mois plus tard, le prince semblant lassé de cettehistoire se demanda quelle pouvait bien être la raison de cettedisparition diurne bizarre. Une consultation avec un fin spécialistedes déboires conjugaux, lui aurait assuré un remède idéal:

    « Cher Prince, voici mes suggestions,
    La première chose à faire,
    Pour lever ce mystère,
    Est d'assurer une bonne médiation.
    Ainsi, posez-lui vos questions,
    Et votre couple en verra bénédiction »


    Cependant, le prince ne fut pas de cet avis,et se méfiant des finsanalystes de profession, il préféra consulter un mage, de sagedécision. Celui-ci, par son pouvoir immense, lui fit dépenser bien dessous, pour un avis qui, je le pense, avait toutes chances d'être pensépar un fou:


    «  Cher prince, voici mes suggestions,
    Après avoir, avec elle, accompli votre affaire,
    Au moment où ces yeux quitteront cette terre,
    Fermez la grande fenêtre,
    Et voyez, au matin, ce qu'il peut en être »


    Il le fit.

    Ce matin là, donc, Aurore, se réveilla. Son prince aux yeux d'azuréteints, son corps se changea, comme il est de son destin, et au momentde prendre son envol, pour rejoindre sa clairière chérie, elle seheurta d'une violence inouïe contre la fenêtre. Elle se retrouva lespattes en l'air, allongée sur le parterre.
    Le beau prince, de l'autre côté du lit, les yeux encore embrumés, s'aperçut que laprincesse aux cheveux dorés s'était encore échappé. Les sous bien maldépensés, n'avaient alors rien changé. C'est alors que revenue du mondedes assommés, la belle Aurore, déploya ses ailes, attaqua la dure vitrecomme une mouche tentant de trouver en vain la sortie. Le fils royal,alerté par les coups de becs, se leva brusquement de son lit, prit sonépée de satin gris, et courra l'oiseau dans toute la pièce.
    Jusqu'à l'instant, après quelques lames brisées au vent, il su par ungeste direct et franc, atteindre de son épée d'or, le cou plumé de labelle Aurore.

Retombèrent enfin sur le sol, les deux morceauxdu maudit oiseau. Mais aussitôt avaient-ils touché le marbre, qu'ilsreprirent forme normale, et le prince découvrit son erreur.
Aprèsquelques cris et quelques pleurs, que tout le pays entendit, pourtenter d'atténuer sa douleur, il ouvrit la fenêtre qu'il eut fermée lanuit, prit dans ses mains la tête blonde d'Aurore, et se jeta du hautde sa tour d 'or.

    Mais avant qu'il ait pu toucher les graviersde la cour, des ailes lui poussèrent dans le dos, un bec lui apparut aunez, un manteau noir, aux douces plumes filées le poussa à s'envoler...
Il garda en son bec la tête de la jolie Aurore. Ainsi si vous voyezdans le ciel, ou posés en tableau, un corbeau se tenant près d'uncrâne, il ne s'agit point d'un présage, mais d'un malheur dont unprince en d'autres âges, n'eut jamais pu se repentir.


    Cette histoire mériterait un cours
    Sur la limite entre haine et amour
    Mais je laisse à d'autres cette tâche banale
    Je n'ai point le cœur à vous faire la morale.

Affaires de pieds

    Il fut un cordonnier, dans un village lointain, les quarante ans passés se marquant sur les mains,qui faisait des chaussures, belles,agréables à porter et toujours sur mesure. Son
esprit enfermé dans la perfection l'obligeait à haïr chaque pièce qu'il faisait, méprisant par le fait, chaque pied qu'il habillait. Il passait des nuits à créer une paire qui aille au jardinier ( toujours en cuir vert), ou à la boulangère et à son mari le pâtissier ( ceux ci se plaisaient à se regarder dans des semelles cirées, noires, couleur chocolat. Elles étaient à croquer).
Pourtant dans le village, on dit du cordonnier, qu'il était le plus sage et le plus avisé, mais que son esprit de solitaire acharné, et s'attachant au mérite, faisait de lui le plus bourru des ermites. Sa solitude fit qu'un matin de juillet, le village tout entier allait prier les dames, sans mari, veuves, à qui l'âge ferait que leurs malheurs dureraient, à user de leurs charmes ( ou ce qu'il en restait) auprès du cordonnier.
    Il se surprit alors d'avoir pour clientes toutes femmes perdues, toujours souriantes, qui montraient au chausseur leurs flasques et secs os, qu'il lui fallut habiller. L'homme ne se souciant de leurs charmants sourires, ne voyait que des pieds, des chaussures à construire, et le pauvre seigneur du cuir et des semelles, n'ayant trouvé aux pieds aucune lèvre belle, il dû rester ermite.
Le maire, inquiet et fatigué de politique, tînt à rendre au cordonnier une amicale visite, prétextant l'arrivée imprévue d'un monstre présidentiel, pour lequel il souhaitait montrer plus brillantes semelles. Le cordonnier assidu à sa tâche et appliqué à sa mesure, le maire lui tînt à peu près ce langage: « Sire, si votre ramage se rapporte à votre plumage... » [ Excusez l'égarement, je fus ailleurs un moment. Je reprends:] Le maire lui tînt à peu près ce langage: « Monsieur, vous êtes seul et cela m'est dommage. Comprenez bien, que, représentant mes concitoyens, je doive vous informer de notre désappointement. Vous n'avez jamais eu, de mémoire du village, de femme dans votre lit, et ce malgré votre âge. Je confesse mon défaut de curiosité qui m'amène à entrer dans vos affaires privées, mais puisque seul vous ne
semblez pas être heureux, je dois vous dire que j'aimerais à vous voir amoureux. »
    « - Je suis de votre avis, soupira le vieillard, je n'ai d'amour que le cirage et les
semelles faites. Mais pour femme je ne peux me plaindre de n'en trouver aucune, car,
voyez-vous, monsieur le maire, je la voudrais parfaite.
    - Vous êtes ignoble, bon homme, de vouloir telle chose. On ne peut demander à aucune des femmes d'avoir une merveille que nous n'avons pas nous-même!
    - Que me dites vous là? Le chausseur demandait.
    - Vous trouvez-vous parfait? » Sur ce, le maire s'en alla.
    « - Suis-je sot? Se dit le cordonnier, je souhaite de tout cœur faire œuvres parfaites, et me borne à souhaiter aimer ce que je fais, sans jamais avoir pris un seul jour, plaisir au fait que dans le village, je suis aimé bien plus que l'on aime mon ouvrage. »
A cette pensée, il se mit au travail. Il se rendit chez l'imprimeur, qui, honoré de cette visite, fit son œuvre avec grand cœur. Il imprima et imprima encore, tant qu'une nuit et un aurore ne suffirent pas à tout imprimer.
Le cordonnier se rendit chez le postier, qui, honoré de cette visite, fit son œuvre avec intérêt. Il distribua et distribua encore, tout le courrier que lui avait laissé le cordonnier,
parcourant tout le pays, et dans chaque foyer déposa ce billet:

    « Homme, cordonnier dans un village, plutôt âgé, cherche femme de n'importe quelle
région, pour rencontre, dîner, fiançailles, mariage, enfants, retraite tranquille au bord de la mer et plus si affinités.

[ Quoiqu'on puisse difficilement faire plus affiné].
Disponible 24h/24 7 jours sur 7 à la cordonnerie de mon village.
Critère de sélection: Avoir le pied le plus parfait du monde. »


    Toutes les femmes du pays, attirées par cet appel qui ne manquait pas de modernité, s'affairèrent de leurs plus beaux atours, vernirent leurs pieds des plus riches couleurs. Mais bien tôt, elles se heurtèrent à l'avis contraire de leurs maris. Ceux-ci, jaloux du vieillard, qui, sans se douter, créait une multitude de scènes de ménage à travers le pays, décidèrent
d'empêcher les aspirantes à trouver mieux qu'eux. Plusieurs moyens furent trouvés: les uns firent mettre leurs femmes au cachot, le temps de l'euphorie, d'autres s'arrangèrent pour
enlaidir le critère de sélection de leur épouse. Ainsi, partout dans les rues, on entendit des cris de femmes, dont les maris rognaient les pieds à l'aide d'outils bien spécifiques:
    Le marteau avait l'avantage d'éclater les os du pied, déformant considérablement
l'élément si perturbateur.
Certains optèrent pour des tenailles qui permettaient d'arracher les ongles de leurs
dames.
    Les derniers étaient plus catégoriques: ils utilisèrent des cisailles aiguisées pour couper entièrement les orteils des malheureuses, s'assurant ainsi que les ongles ne puissent pas
repousser.


    Mais laissons là cette histoire qui tourne à une ambiance morbide que je ne saurais soumettre à mes lecteurs. Passons à une autre plus sereine et plus spirituelle:

    Il était une jeune fille, fille de bergers, que l'on nommait dans son village, Jeanne. Jeanne, un matin, dû aller à la prairie, ordonnée par son père, pour y garder le troupeau.
Là-bas,elle fit son ouvrage de la plus humble manière qui soit. Elle surveillait le troupeau, lorsque l'un des moutons, le plus jeune du groupe, décida de s'en aller brouter près d'un
ravin, dans lequel il trouva l'idée de tomber. Il criait. Ses appels attiraient le troupeau tout entier,qui, de panurge, alla s'engouffrer bêtement en compagnie de l'agneau. [ Les moutons sont, je le pense, des êtres doués d'un sens de la solidarité remarquable. ]
Jeanne, qui se fut endormie sous un arbre, rêvait.
Le prince, blond, s'avança dans la prairie, regarda la jeune fille endormie et l'admirait. Son cœur battait, ses cheveux balançaient dans le vent, son corps suait d'un long voyage dans le désert, et ses muscles luisaient au soleil. Il s'approcha, se pencha tendrement vers la
bergère, qui, soudain, se réveilla.
    Là, elle entendit les moutons bêler, et se précipita vers le ravin pour tenter de les en
tirer. Mais à ce moment, au milieu du vacarme assourdissant que produisaient les bêtes, elle entendit des voix. [Afin de ne pas m'attirer les foudres de l'auteur de ces paroles, et ne pas me faire accuser de Plagiat lors du Jugement, je me réserve un droit d'adaptation et de
transformation de cette histoire. ] Les voix dirent: « Jeanne, bergère, je suis Dieu ».
La jeune fille, qui ne s'attendait pas à une telle visite, s'évanouit.
    Elle se réveilla, sept jours plus tard, dans sa chaumière, sa mère à ses côtés lui baignant le front avec une éponge, la bouche ouverte, les yeux vides. [ complètement à l'ouest, comme on dit ].
Quelques années plus tard, la bergère s'eut faite nonne.
Ayant répondu aux voix divines, elle eut voulu vouer sa vie à la vaine vérité divine. [remarquez que cette phrase n'a pas de signification, mais en l'écrivant je me suis vu si fier d'une telle allitération que j'ai pris soin de la souligner, afin que les plus illuminés d'entre vous y trouvent une raison pour ma prochaine entrée à l'Académie Française.]
    Donc, Jeanne, Sœur Jeanne, habitait un couvent dans lequel elle passait ses journées. N'ayant point de miroir dans sa chambrée, sa seule satisfaction fut d'admirer ses pieds.
Lorsqu'elle se déchaussait, elle les glissait dans l'eau bénite, ce qui lui valut plusieurs fois des remontrances difficiles de la part de sa mère supérieure.
    Cependant ses pieds furent les plus magnifiques de tout le pays et elle s'attachait, lors de ses rares heures de pause, à ne jamais marcher afin de ne pas les abîmer. Et elle priait, elle
priait jour et nuit pour que le bien-aimé Seigneur fisse grâce à ses pieds, à chacun de ses pas, de sa chambre à l'autel et de l'autel aux cuisines.
    Un matin, elle appris par son père que sa mère fit une fugue durant la nuit. La raison de cette escapade fut clairement élucidée lorsque l'on retrouva sur son lit une lettre d'un
mystérieux vieillard.
    La nonne n'avait jamais entendu parler d'une telle missive, l'expéditeur n'ayant pas souhaité déranger les femmes qui priaient dans les couvents. Mais à peine eut elle entendu de son père les critères de sélection, qu' elle se précipita vers sa chambre, se déchaussa et baigna ses pieds dans l'eau pure, pour les admirer ensuite, et remettre ses chaussures. Enfin, elle prit un baluchon et sortit du couvent. Son père, surpris de cet étrange comportement se demanda: « Mais qu'ont toutes ces femmes à être attirées par un vieillard? » [ C'est là l'étrangeté des contes].
Jeanne marchait et marchait encore longuement, s'arrêtant dans chaque village du pays, car son père eut omit de lui indiquer dans lequel trouver ce fameux vieillard.

    Mais retrouvons à présent notre curieux personnage. Le cordonnier, dans son village, semblait bien fatigué. Il aura certainement passé en revue tous les pieds les plus secs, les plus fripés, les plus déchiquetés, les plus râpés du pays. Certains même gardaient des lambeaux de chair pendants sur le talon. Les cernes sous les yeux, l'homme accroupit, le dos qui lui faisait mal, sans avoir ni mangé ni bu depuis des jours et ayant tant senti d'odeurs putrides des membres féminins sortis de leurs chausses après plusieurs semaines de voyage que son nez en vomissait, crut qu'il allait abandonner.
    Lorsqu' arriva dans la lueur de la porte de la cordonnerie, une femme, une capuche sur la tête, qui le regardait avec des yeux avides de savoir ce que fut l'amour en ces temps bien
lointains.
    Il la regardait, et après quelques secondes, lui dit d'entrer, de s'installer sur la chaise, puis de se déchausser. Elle était nonne. Mais cela ne fit rien au vieillard, qui ne voulut voir que les pieds. La femme, sûre d'avoir les pieds les plus magnifiques du pays, ( comme tant d'autres femmes avant elle) se mit tendrement à déshabiller ses pieds, l'un après l'autre.
Il les vit. Elle regarda ce qu'il vit. Et se prit d'horreur pour ce qu'elle découvrit. Ses pieds, avec le long voyage à travers tous les villages du pays, avaient gonflés, et apparurent des verrues et de nombreuses cloques en tout genre qu'elle n'avait jamais ressenties jusque là, bernée par l'amour qui cache toutes les douleurs. Elle s'enfuit alors sans prendre soin de
reprendre ses chaussures et alla s'affaler contre le mur d'en face, celui de la mairie.
Le cordonnier, troublé par cette pudeur si joliment exprimée, qu'il admirait parmi toute ces femmes qui eurent étalé sans honte leurs pieds les plus affreux, se vit attiré tel un aimant vers cette demoiselle qui pleurait de toutes ses larmes.
Il lui dit des mots doux, si tendres et affectueux, qu'elle se résigna et lui proposa un langoureux baiser. [ Qu'il accepta vivement, vous l'imaginez]. Le maire, sortant de son
cachot, et ayant surprit la scène qui se jouait devant lui, organisa d'office un mariage
mémorable auquel tous les hommes du pays furent conviés, ne serait-ce que pour se rassurer et se soulager de pouvoir garder ce qu'ils avaient jalousement maltraité. Le maire prononça ces mots: « Monsieur Albert DARK et Jeanne D'ORLEANS, je vous déclare mari et femme ».
Suite à cet événement, Jeanne dû aller à la guerre, mourir sur un bûcher, mais là n'est pas le thème principal de l'histoire, qui maintenant terminée, se doit d'avoir une morale. [ Afin de faire croire que cette fable est utile et porte en elle un message universel qui donne de l'importance à son modeste auteur]:. La voici:

La recette pour être heureux:
Dès que l'on souhaite et que l'on veut,
Aussi bien pour les nonnes que les cordonniers,
Il n'est pas difficile de trouver chaussure à son pied.

OU,

La perfection dans ce qu'on aime
N'est pas tant la beauté de ses pieds
Mais tout comme dans un poème
C'est l'art de se sentir aimé.


Joe

        Un matin de mai, ce n'était qu'un matin, un matin comme un autre, mais dans son regard, il le savait, il n'en verra plus. C'était un matin gris, dans les yeux pourtant bleus de celui qui comprend, de celui qui se souvient, comme ils se souviennent tous, au côté de ce lit, que le vieux Joe ne quittait plus. On lui apporta l'eau, et une boîte à chaussures. Le fils s'en souvient, cette boîte contenait son cadeau, quand il était enfant. Le fils a eu un fils, il y a peu. La mère l'approcha de Joe ; il ressemblait à son père, qui, lui-même, ressemblait au sien, celui qui souriait à l'enfant. Dans les yeux du petit, il y avait le même sourire. Puis, le doigt abîmé fut serré, comme si tout à coup, le fils du fils avait compris, et voulut le garder, près de lui, ce sourire du vieux Joe.
    Il pleuvait dans la chambre. De simples gouttelettes qui glissaient le long des joues, pour atterrir, doucement, dans le cœur du vieil homme.
Joe ouvrit la boîte à chaussures, pour en sortir ces vieilleries, sans valeur, qu'il touchait. Il pleuvait dans son ciel, à lui aussi, tant de souvenirs, cachés sous la poussière, ils ne sont pas perdus, mais c'est dans un soupir qu'il les prit dans ses mains. Il s'arrêta sur un bout du temps passé, collé sur le papier. C'était ce fils, quand il était fils, qui lui souriait, c'était tant de temps, tant d'années qui s'étaient écoulées qui lui souriaient encore. Le vieux Joe regarda une autre image, où la mère, vêtue de blanc, et son fils à ses côtés. La mère, oui, celle qu'il détestait ; elle lui avait volé son fils, pour le changer en Homme. Mais Joe sourit quand même, car il était heureux, que l'homme soit encore fils, à côté de ses yeux .
    Puis il vit, en soulevant une plaque de carton, le premier médaillon, que sa vieille mère, déjà endormie, avait passé autour de son cou. Puis, encore des larmes.
Il regarda une autre photo encore, celle du fils du fils, à son premier sourire, heureux, près de sa mère. La mère lui prit la main, le fils lui prit le cœur, et Joe empoigna une dernière photo . Celle d'une femme, une vieille photo, sans couleur, qu'il caressa tendrement en soupirant, le sourire aux lèvres : « Elle m'attend ».
    Puis il s'endormit.

Conte de nulle part

    Il est une histoire que je souhaiterais vous raconter. Il y avait longtemps que je la traînait au fond de ma caboche, de peur que l'on me prenne pour un fou si j'en disais un mot.
Lorsque j'étais petit, que je voyais le monde avec mes yeux de petit garçon émerveillé par tout ce que les adultes nommaient « futile », j'habitais une vieille maison dans la « rue de derrière » d'un village qui s'appelait « Nulle part ». A Nulle part, il y avait des tas de gens inconnus, des visages que l'on ne nommait que par la fonction qu'ils occupaient.
Ainsi, moi, on me nommait « Le petit garçon qui va chercher l'eau » car j'avais pour mission de remplir mes seaux d'eau et de les déposer devant chaque maison du village. Détrompez vous, le travail n'était pas aussi colossal que vous le pensez. En fait, dans le village, nous n'étions pas bien nombreux. Il y avait Monsieur Le Boulanger qui vivait dans la « rue de la farine », Monsieur L'Instituteur dans la « rue des écoles », Madame la fleuriste, dans la « rue des lilas », mes parents, Monsieur le maire, qui vivait sur la « place du bout du monde », sur laquelle se trouvait la fontaine où je devais puiser l'eau. Il y avait une autre maison, dans la « rue d'à côté », où vivait « l'étrange vieille dame qui ne sort jamais de chez elle ».
    Enfin, il existait au village quelqu'un que personne ne semblait connaître. Il était âgé et habitait le village Voisin, mais il venait tous les lundis matins près de la fontaine, avec un croissant au beurre, un vieux cahier, et un bouquet de fleurs.
Aussi, depuis que j'étais le porteur d'eau officiel du village, je n'ai cessé de le croiser devant la fontaine, où il s'asseyait, griffonnait sur son cahier tout en picorant machinalement son croissant au beurre, ses fleurs toujours posées à côté de lui avec délicatesse.
Chaque fois que je voyais cet homme, je me posais des questions. Plusieurs fois j'ai pensé à les lui poser, mais je me sentais toujours timide au moment d'aller vers lui.
    Un matin, je me décidai. Je pris mes seaux, partis pour la fontaine, les remplis, puis je les posai à côté de l'eau, pour m'avancer vers le vieil homme.
Mais une fois arrivé devant lui, rien ne pu sortir de ma bouche, ni une seule des questions que je voulais lui poser, ni même un simple « bonjour ». Il ne me dit rien non plus. Il se contenta de me regarder, puis de me sourire, pour enfin détourner sa tête vers la fontaine qu'il fixait, l'air triste.
Je courus alors à toutes jambes retrouver mes parents dans la « rue de derrière », en oubliant mes seaux près de la fontaine. Arrivé chez moi, je demandai à mes parents:
    « - Qui est cet homme qui vient tous les lundis matins près de notre fontaine avec son croissant, son vieux cahier et ses fleurs?
Et voici ce qu'ils me répondirent:
    - Je ne sais pas. Mais va donc voir Monsieur Le Boulanger, il en sait peut-être plus que moi. »
Je courus alors dans la « rue de la farine » demander à Monsieur Le Boulanger:
    « - Qui est cet homme qui vient tous les lundis matins près de notre fontaine avec son croissant, son vieux cahier et ses fleurs?
Et voici ce qu'il me répondit:
    - Je ne sais pas. Mais pour ce qui est du croissant au beurre, je sais qu'il vient ici m'en acheter un tous les lundis matins. Mais va donc voir Monsieur l'Instituteur, il en sait peut-être plus que moi. »
Je courus alors dans la « rue des écoles » demander à Monsieur l'Instituteur:
    « - Qui est cet homme qui vient tous les lundis matins près de notre fontaine avec son croissant, son vieux cahier et ses fleurs?
Et voici ce qu'il me répondit:
    - Je ne sais pas. Mais pour ce qui est du vieux cahier, je sais qu'il vient ici tous les lundis
matins me demander des cours d'orthographe, qu'il recopie soigneusement dans son cahier. Mais va donc voir Madame La Fleuriste, elle en sait peut-être plus que moi. »
Je courus alors dans la « rue des lilas » demander à Madame La Fleuriste:
    « - Qui est cet homme qui vient tous les lundis matins près de notre fontaine avec son croissant, son vieux cahier et ses fleurs?
Et voici ce qu'elle me répondit:
    - Je ne sais pas. Mais pour ce qui est des fleurs, je sais qu'il vient ici tous les lundis matins m'acheter un nouveau bouquet de fleurs. Mais va donc voir Monsieur le Maire, il en sait certainement plus que moi. »
Je courus alors à la mairie demander à Monsieur le Maire ma question qui jusque ici, n'avait pas trouvé de réponse, et ce qu'il me répondit me surprit beaucoup.
    « - Ne t'approche pas de cet homme, me dit-il, c'est un habitant du village Voisin.
    - Et alors? Demandai-je.
    - Et alors?! Mon petit, sache qu'il faut se méfier des habitants du village Voisin.
    - Et Pourquoi?
    - Et pourquoi ?! Et bien parce qu'autrefois le village de Nulle part et le village Voisin étaient en guerre. La guerre la plus aberrante que notre pays aie connue. Chaque jour, des hordes de villageois du village Voisin venait nous assaillir à coup de pierres et de fourches. Et le lendemain, nous ripostions en faisant de même!! Je me souviens d'ailleurs qu'à cette époque j'avais été nommé Grand Général des Forces Anti-Voisinage et que j'avais eu l'idée lumineuse d'envoyer tous nos troupeaux de vaches, de taureaux et de brebis raser le village de ces barbares, et ils ont bien été obligés de se rendre!!
    - Ah! Et c'est depuis ce jour que nous ne mangeons plus que des légumes au village de Nulle part!
    - Oui..., dit-il un peu gêné. On ne peut pas toujours tout prévoir. Et puis, en temps de guerre, il faut savoir faire des sacrifices!!
    - Dites, pourquoi la guerre a t-elle éclatée?
    - Mais mon petit, affirma t-il fièrement, elle a éclaté pour la seule raison qui puisse pousser les hommes à faire la guerre... Pour rien!
    - Mais aujourd'hui, nous sommes en paix!
    - Cela n'empêche pas qu'il faut se méfier des habitants du village Voisin. Je suis sûr que ce vieil homme est là pour nous espionner, afin de se venger de la défaite qu'ils ont subi. J'ai bien pensé à le chasser d'ici mais cela offrirait une occasion trop belle au maire du village Voisin de nous déclarer la guerre. Et je suis sûr qu'il n'attend que cela!! Ce n'est pas que j'ai peur de cette vermine mais il n'y a plus de bétail dans notre village, ce qui nous fait perdre un avantage précieux. De toutes façons, ce gredin d'espion repart chez lui tous les lundis à midi et demie. L'heure de faire son rapport, certainement! »

    Après l'avertissement du maire, je me résignai à ne pas m'aventurer près du vieil homme, et continuai mon travail, sans plus me soucier de rien.
La semaine suivante, je revis le vieil homme , con croissant, son cahier et son bouquet à la main, mais je n'y prêtai plus une grande attention. Je m'occupai de ramener les seaux d'eau à mes clients.
Je servi tout d'abord mes parents, qui me disaient:
    « - Merci mon enfant. Cette eau me servira à laver ton linge. »
Puis j'arrivai dans la « rue de la farine » où je livrai Monsieur Le Boulanger qui me disait:
    « - Merci mon enfant. Cette eau me servira à gonfler ma levure »
Ensuite j'arrivai dans la « rue des écoles » où je livrai Monsieur l'Instituteur, qui me disait:
    « - Merci mon enfant. Cette eau me servira à apprendre à mes élèves comment fonctionne un moulin à eau . »
Puis je me rendis dans la « rue des lilas », pour livrer Madame la Fleuriste qui me disait:
    « - Merci mon enfant. Cette eau me servira à arroser mes plantes. »
Ensuite je me rendis à la mairie pour livrer Monsieur le Maire, qui était toujours trop occupé pour me répondre.

    Enfin il fallut que j'aille déposer mes seaux chez cette « étrange vieille dame qui ne sort jamais de chez elle ». Je me rendis alors dans la « rue d'à côté », devant sa maison. Je frappai:
    « - Qui est-ce? Demandait-elle.
    - C'est moi, le « petit garçon qui va chercher l'eau ».
    - Entre, mon enfant. Répondait-elle d'une voix toujours aussi monocorde »
    Je rentrai. Et à chaque fois que j'entrais dans cette maison, j'avais des frissons. La vieille dame qui vivait ici ne semblait pas s'en occuper. Des toiles d'araignée pendaient au plafond, les peintures sèches s'écaillaient au moindre effleurement, les poutres menaçaient de tomber, et elle-même avait toujours le teint terne et froid. Elle ne s'occupait en fait que de ses cheveux, qu'elle ne s'arrêtait jamais de peigner. Ils étaient longs malgré son âge et brillaient à travers la seule lueur de la maison qui s'engouffrait par le volet ébréché qui couvrait la fenêtre. Elle restait là devant son miroir, toujours en pyjama, ne regardant qu'elle et le glissement de sa brosse dans ses cheveux.
Mais soudain, alors que je déposai mes seaux d'eau derrière elle, elle m'aperçu dans son miroir et me fixa. Sa voix rauque et sans ton résonnait alors:
    « - Tu es bien jeune. Quel âge as-tu?
Elle ne s'était jamais intéressé à moi, ni même à qui que ce soit d'autre dans le village.
    - Je suis un petit garçon, lui répondis-je
    - Je me souviens lorsque j'étais petite fille, dit-elle l'air songeur. Elle ne semblait d'ailleurs plus me parler vraiment.
    « J'étais si jolie. Il aimait tant mes cheveux, dit-elle à son miroir.
    - Qui ça? , lui demandai-je.
Elle me fixa.
    - Un garçon que j'ai connu quand j'étais petite fille. Mais que je n'ai plus revu depuis.
    - Pourquoi?
    - Ecoutes petit, tu es trop jeune pour écouter mes histoires.
    - Vous êtes trop vieille pour ne pas vouloir les raconter.
Elle me sourit à travers son miroir.
    - Il y a longtemps régnait ici une guerre, terrible, qui opposait notre village au village Voisin.
    - Oui, je connais cette histoire. Monsieur le Maire me l'a raconté.
    - Et bien vois-tu, le garçon qui disait que mes cheveux étaient beaux habitait le village Voisin. Je l'avais rencontré dans la prairie. J'étais tout de suite tombée amoureuse de lui. Nous nous sommes vus en cachette pendant toute la durée de la guerre. Nous nous sommes même embrassés sous un arbre, où il m'avait offert des fleurs! Il était beau. Il venait toujours dans la prairie avec son croissant au beurre, et cahier tout neuf, car il revenait de l'école. »

    Amis lecteurs à qui je conte cette histoire, il me semble que le suspense dans ce récit ne tiendra pas plus longtemps. Mais lisez donc la suite...

    « - A la fin de la guerre, reprit la vieille dame, nous nous étions donné rendez vous dans ce village, afin de dévoiler notre amour au grand jour. Nous devions nous revoir près de la fontaine, un lundi matin. Je lui ai dit que s'il ne me voyait pas après midi et demie, c'est que je ne pourrai pas venir.
    - Et vous n'y êtes pas allé? Demandai-je.
Elle soupira;
    - J'avais écrit sur mon petit calendrier la date du rendez vous. Mon père s'en est aperçu et s'est tout de suite mis en colère. Il m'a enfermé dans ma chambre toute la journée. Et depuis je suis restée ici, dans cette maison, sans plus jamais en sortir. J'espère qu'il pourra un jour me pardonner de lui avoir fait tant de mal et de n'être pas venue.
    - Venez, il va bientôt être midi et demie, et ce sera trop tard, lui dis-je.
    - Trop tard? Mais de quoi tu parles?
    - Ne posez pas de questions et suivez moi!
    - Mais je ne suis pas habillée
    - Nous n'avons plus le temps pour les coquetteries! Pressez vous, madame, il va partir!
    - Qui ? »
    Je la tirai par le bras pour la forcer à sortir dehors, sous un soleil auquel elle mit du temps à s'habituer, avant de pouvoir apercevoir la place sur laquelle je l'emmenai, où je vis le vieil homme s'éloigner, les bras ballants, la mine aussi triste que d'habitude.
    « - Monsieur, Monsieur! L'appelai-je. Le vieil homme semblait être sourd.
    - Monsieur, Monsieur! , crièrent mes parents qui passaient par là.
    - Monsieur, Monsieur! , cria Monsieur Le Boulanger qui distribuait son pain.
    - Monsieur, Monsieur! , cria Monsieur l'Instituteur qui faisait visiter la place à ses élèves.
    - Monsieur, Monsieur! ,cria Madame La Fleuriste qui venait déposer un bouquet devant la mairie.
    - Hep, vous là-bas! Cria Monsieur le Maire qui était agacé par un tel raffut devant chez lui.
    - Monsieur, Monsieur! » , appelait alors tout le village, pour qu'enfin le vieil homme se retourne et aperçoive la « vieille dame qui était enfin sortie de chez elle », de l'autre côté de la fontaine.
    Elle se recoiffa, il raccommoda ses fleurs puis ils coururent l'un vers l'autre pour enfin se serrer dans les bras, heureux, tellement heureux que tout le village se mit en fête. Mes parents dansèrent main dans la main, Monsieur Le Boulanger et Madame La Fleuriste firent de même, ce qui révéla des sentiments encore jamais mis au jour, Monsieur l'Instituteur chantait et dansait avec ses élèves, tout en leur expliquant que l'architecture de la façade de la mairie datait d'une époque lointaine. Même Monsieur le Maire avait abandonné ses durs labeurs pour se joindre à la fête.

    Il est bon, dirait certainement Monsieur l'Instituteur, de tirer une leçon de chaque histoire. Celle qui ressort de ce récit doit parvenir à toutes celles qui attendent leurs princes charmant. N'oubliez jamais que le prince vous attend aussi.
Certains diront que tout cela n'est que palabres et que mon histoire n'est qu'une fable.
Mais si vous ne me croyez pas, il ne tient qu'à vous de vérifier mes dires, en vous rendant tout simplement Nulle part.

De la laideur...

    Me voici ce soir dans un état de tendre admiration. Il est d' usage pour tout homme de lettres dans cet état, d'écrire à l'heure de son émerveillement, toute la beauté de ce e qu'il admire. Or il semble curieusement que ce qu'il me prend d'admirer tout à coup est d'une grande laideur. Ainsi vais-je vous conter ce qui ce soir m'a fort ému.


    Il était une femme, que de loin l'on pouvait remarquer, non pour son allure plaisante, loin en était-ce, mais pour ce qu'elle portait. Un grand manteau de toile blanche qu' elle prenait pour cher, la couvrait de son cou à la finition de ses hanches. Un très court habit de soie rose, très peu prononcé, tenait le tour de sa taille. Des collants hauts, très hauts, blancs, très blancs, semblant être mille fois lavés recouvraient ses jambes. Et ses souliers... à vrai dire je ne les avait pas regardé, étaient certainement noirs, en ce que je les imagine. En somme pouvait-on dire de cette jeune femme qu'elle se donnait tant de mal pour habiller les si pauvres beautés que la nature lui ait données, qu'elle se risquait à se montrer, de part ses coutumes costumières d'étrange goût, encore plus laide qu'elle ne devait être. Peut-être était-ce une ruse? Peut-être penserait-on que, n'ayant sur terre aucune chose plus laide que son accoutrement, ce qui tenait dessous, ses jambes, ses fesses, ses hanches, sa poitrine, son cou, ne pouvaient en être que plus beaux.

 

Mais cette laideur, quoique fort remarquable, n'en est pas pour autant fascinante.

 

Plus laids encore, deux hommes qui tenaient leurs chiens passèrent peu près d'elle. Ils étaient sales et d'allures aussi piteuses que leurs bêtes. Ils avaient à la main une bouteille de ce qui certainement les tenait éveillés et aussi peu tenus quant à la réalité des choses.

L'un d'eux, à bonne distance de la jeune femme, blond, [car il est important de noter que cette teinte ne rend les gens ni forcément plus charmants, ni quoi qu'on en dise, plus avenants] se mit à brailler quelques mots à l'encontre de celle ci. Il lui assurait alors de sa laideur et qu'à sa vue, il ne pouvait s'empêcher de penser à la mère qui engendra sa mère. Cette phrase, [ qui au passage assurait l'homme d'être petit fils de laideur, ce qui je le pense, démontre à quel point les choses se dégrader de génération en génération] avait provoqué chez la victime un instant de force et de courage improbables, rétorquant d'une vive exclamation , cependant non dénuée d'angoisse et de fine faiblesse, que de ses mots elle n'avait aucun mal, et , en des termes moins logieux que ceux-ci, qu'il pouvait aller se faire mirer ailleurs.


    Là n'est pas encore l'objet de mon admiration. Les êtres, quels qu'ils soient montrant leurs dents et leurs antipathies ne sont pas admirables.


    Elle regardait alors s'éloigner, d'un air franc, d'un oeil accusateur, les deux énergumènes qui l'avaient courroussée. Puis à la vue du dernier poil de leurs chiens au coin de la ruelle, ses lèvres se mirent brusquement à ne plus tenir en ligne droite, fermes. Les pointes étaient comme attirées vers le sol. Ne pouvant plus lutter contre cette attraction de la terre, des larmes en grosses perles chutaient de ses joues. Bientôt, tout son corps s'affadit mollement sur un banc de pierre. Ses pensées se lisaient sur sa bouche entrouverte, cette si laide bouche; Dieu, pourquoi avez vous si mal travaillé cette bouche?

En une fraction de seconde, une si soudaine force tomba en preuve affligeante de faiblesse et de détresse profonde.

Dans les vitres sur lesquelles, au milieu de la nuit, les lumières de la ville reflétaient son visage, elle se regardait. Ses mains tâtant son nez; si protubérant; si grand qu'on aurait dit que Dieu avait pour se réjouir, forgé ce nez si long pour que celle qui le porterait puisse à tout moment voir à quel point il manquait de finesse, de charme et de féminité. Oh oui, ce nez était certainement des plus masculins, destiné à un homme de corpulence lourde, gras, bougon, un vieux motard sous son manteau de cuir en plein été au Texas. Sans doute les ouvriers de Dieu, des petites mains peu récompensés des efforts qu'elles fournissent, débordés par la charge incommensurable de travail que leur commandait le Père, avaient ils associés ce nez sans faire attention à qui ils l'imposaient.

A travers cette vitre, elle regardait encore, scrutait les moindres imperfections de son visage, son corps, sa poitrine qui manquait de matière. Et je la regardais de l'autre côté. Elle me vit. A cet instant elle s'arrêta net de se mirer. Elle jeta son regard de l'autre côté tandis que je faisais de même du mien.

Cruelle pudeur. Elle en dit long. On ne saurait montrer que l'on se voit laide. On ne saurait montrer que l'on prend pitié. Chacun détourne son regard de la faiblesse de l'autre parce que chacun sait que chacun cherche à détourner sa propre faiblesse au regard des passants.


    Cette pudeur est admirable.


    Ainsi pensant à cette femme que la nature ne dôta pas des atouts dont la féminité se sert pour charmer autour d'elle les poètes facilement amoureux des belles choses, je me prends à me retrouver dans ses larmes, lorsque comme elle face aux vitres et miroirs que m'offrent les villes, je me mets à dplaire à ma propre conscience.

 

Puis je pense à ces princes que je jalouse encore d'être mieux faits que moi, mais je me dis que mes larmes ont sans doute plus de charmes. Et les siennes, sont si belles.

 



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