Bonjour à tous,

Je me permets de vous proposer dans ces pages quelques unes de mes "productions". Il vous est loisible de les lire et de les commenter.

"Mini nouvelles" reprendra des textes courts sur des thèmes variés, une sorte de "pause-café" pour ceux qui aiment les lectures rapides.

Par facilité, je posterai le week-end et vous informerai ici des nouveautés.

Nouvelle publication du 17/09/2016 dans "Mini nouvelles" : "Vacances et plus si affinités"

Nouvelle publication du 10/06/2017 dans "Mini nouvelles, suite" : "Rite et mérite"

Nouvelle publication du 04/03/2017 dans "Tranches de vie" : "Débordée !"

Nouvelle publication du 21/01/2017 dans "Fable" : "Avent"

Nouvelle publication du 22/04/2017 dans "Réflexions" : "Et si..."

Nouvelle rubrique : "Belgicismes" : Lettre T (partie 6) (mise à jour le 31/05/2014)
 
Nouvelle page du 06/05/2017 : "Tout est permis"

Nouvelle page du 13/05/2017 : "Amour très net"

Nouvelle page du 27/05/2017 : "Le jardin"





Crée le 14/09/2013
Prénom : Delphine
Ville : Mouscron

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 Débordée

 
Image du site plumedecouscous

            Après les fêtes de fin d’année, j’entrevois le mois de janvier et son marathon d’anniversaires. En effet, deux de mes enfants et moi-même avons vu le jour pendant ce mois de froidure. Il faut tout organiser : fête avec les copines avec une activité si possible originale pour la plus jeune, le jour des divers gâteaux avec la famille tout en jonglant avec leurs obligations de souhaiter les vœux autour d’eux. Heureusement, mon fils et moi n’avons que deux jours d’écart ; donc gâteaux communs ! Seize bougies pour lui et un cierge pour moi ! Et les cadeaux ?

 

– Tu veux quoi ?

– J’sais pas. Propose…

– Une enveloppe !

– C’est nul.

– Tu n’as pas besoin de bricoles. Tu verras, plus tard c’est utile d’avoir un peu de côté pour démarrer dans la vie.

– C’est pas drôle. Je suis jeune, j’ai le temps.

 

            Faire les magasins pour des cadeaux en pleine période des soldes, ça peut être sympa pour les finances (bien que, généralement, la chose convoitée ne soit jamais en promotion) mais c’est éprouvant pour les nerfs.

            Et il faut fêter cela avec les collègues. Heureusement que j’ai un chef cuistot à la maison qui leur concocte ses spécialités asiatiques. Tout le monde est heureux ! Elles en ramènent même chez elles dans un doggy bag, ou plutôt un « family bag » car leur mari et enfants en profitent.

            Avec tout cela, pas le temps pour se poser ou se reposer car le grand, universitaire, est en plein examens. On jongle avec le train et la voiture pour les aller-retours. Et, en plus, il doit s’entraîner à conduire pour son permis (qu’il ratera pour la seconde fois !). Je tente alors de faire d’une pierre deux coups ; il conduit et son frère nous accompagne pour aller quérir son cadeau d’anniversaire. Bon, je sais qu’il n’est pas censé transporter de passager mais bon… Faudrait pas avoir de bol de se faire contrôler !

            Ah ! Bonjour févier ! Mois court mais sympathique car on touche plus vite son salaire ! Et puis le calme est enfin revenu avec la reprise du train-train quotidien. Juste la grippe qui venue nous pourrir un peu la vie en début de mois. Vais-je enfin parvenir à me dégager à nouveau du temps pour écrire ? Je le souhaite comme le cadeau d’anniversaire que je n’ai pas eu…



Réminiscences

 
Image du site plumedecouscous

            Lucie range les affaires de sa grand-mère. Celle-ci s’est éteinte il y a quelques semaines, à l’âge de quatre-vingt six ans. Dans la maison, elle s’occupe de trier ce qui est récupérable et ce qu’il faut jeter. En ouvrant le tiroir de la table de nuit, un objet tombe et roule sous le lit. En se mettant à genoux, elle aperçoit un paquet. À l’aide d’un balai, elle l’attire vers elle. C’est une grande enveloppe kraft recouverte de poussière sur laquelle est écrit « Jardin secret, ne pas arroser ».

 

– C’est bien l’humour de Mamie !

 

            La jeune femme est intriguée. Sa grand-mère avait toujours été très imaginative, narrant souvent des histoires écrites avant que ses doigts arthrosés ne lui permettent plus de taper sur le clavier de son ordinateur d’ancienne génération. Mais que pouvait bien contenir cette enveloppe ? Elle ne lui en avait jamais parlé alors qu’elle semblait être sa plus proche confidente. Doucement, elle ouvre l’emballage et en retire deux livres, une lettre et un gros tas de feuilles volantes manuscrites.

            Le premier bouquin est un livre de poche aux pages cornées et dont l’auteure lui est inconnue, le second est un ouvrage plus imposant et surtout il porte le nom de sa grand-mère ! Les feuilles semblent correspondre à la version originale du roman.

 

« Sacré Mamie ! Tu ne m’avais jamais dit que tu avais publié un livre ! »

 

            Lucie parcourt rapidement le résumé au dos où elle découvre le visage de son aïeule à l’âge de trente-cinq ans.

 

« Tout Maman au même âge !! »

 

            Elle prend ensuite la lettre qui était pliée en quatre. L’écriture est calligraphiée, sans rature. En voici le contenu :

 

            Depuis mon enfance, je me plais à imaginer des histoires que je retranscris dès l’âge de huit ans. Ces textes ont des points communs : une héroïne assez solitaire (soit mal aimée par sa famille, soit orpheline), un accident la laissant blessée et une bonne âme qui va l’aider et la sortir de la galère. Je me régale à décliner cette trame sous divers scenarii. Cela devient mon jardin secret, mon échappatoire lorsque je veux me couper du monde réel.

            J’ai dix-huit ans et c’est le cours de Français. Le prof nous remet une feuille avec divers extraits de textes afin de les classer. L’un d’eux m’interpelle, je ne peux décoller mes yeux de celui-ci. Mon cœur se met à battre la chamade, sans raison apparente. C’est à peine si j’entends les propos tenus en classe.    

            La journée de cours terminée, je me précipite à la librairie et demande ce bouquin. Je paie avec mon argent, remis à titre de « dimanche » par mes grands-parents. Heureusement que c’est un format de poche, il est dans mes faibles moyens d’étudiante. Sur la couverture, il y a la photo de l’auteure et son prénom « Anne ».

 

            Là, Lucie prend le petit livre de poche et comprend qu’il s’agit de celui-là. Elle admire l’image de l’auteure inconnue : elle a des cheveux sombres comme l’ébène et de grands yeux marron. Mais qu’est-ce qui peut bien l’avoir attirée vers ce bouquin ?

 

Un visage que je n’ai pourtant jamais vu mais qui me semble familier. Chaque matin, lorsque je jette un regard dans le miroir de la salle de bains, j’ai peine à m’identifier à ce visage aux yeux d’un bleu trop clair pour mes cheveux foncés et au nez trop long à mon goût. Mais cette photo correspond beaucoup plus à ce que j’appellerais mon schéma corporel. Bizarre sensation ! Nous avons en commun des cheveux relativement courts et châtain foncé.

            Arrivée chez moi, je me barricade dans ma chambre et entame la lecture avec avidité. Juste le temps de partager le souper familial et je continue tard dans la nuit. Cette histoire me prend aux tripes, c’est une tranche de vie qui se déroule dans les années cinquante. Mais elle me parle ! Me parle de moi, bien sûr ! Comment est-ce possible me direz-vous ? Je vis dans une famille qui a  intégré le principe de la réincarnation comme une réalité. Notre éducation catholique n’évoque jamais ce concept, pourtant si naturel en Asie.

 

            Lucie considère avec scepticisme cette vision des choses. Elle est cartésienne et la philosophie, religion ou autre courant de pensée n’ont aucune valeur à ses yeux de jeune femme de ce milieu du vingt-et-unième siècle. Mais comment sa Mamie a-t-elle pu croire à ces fadaises ?

 

            Après cette lecture goulue, je cache mon livre au chaud dans ma table de nuit, juste à côté des deux débuts d’histoires que j’ai scribouillés il y a quelques années. Elles ont des points communs avec cette autobiographie. En effet, l’auteure a été abandonnée à la naissance et s’est brisé la cheville en tentant de s’échapper de prison.

            La suite de mon existence présente des liens avec celle d’Anne. Si celle-ci a fait une fugue juste avant de passer son BAC, j’ai passé le mien avec grandes difficultés en raison d’une maladie qui m’a prise par surprise peu avant les premiers examens. Le gynécologue qui m’a opérée me demandera si j’ai écumé la gare du Nord ! Moi non, mais Anne oui, car elle vivait de la prostitution après sa fugue en arpentant les rues de Paris.

Paris ? Mais mes parents m’ont souvent raconté que je faisais de nombreux rêves et que je leur parlais de cette ville, étant enfant. J’ai en effet de vagues souvenirs de songes où je suis une âme en peine qui doit voler pour se nourrir. C’est d’ailleurs suite à un braquage raté, fomenté avec sa meilleure amie, Rolande, qu’elle est incarcérée. 

            C’est dans l’année de ses dix-neuf ans qu’elle s’enfuit donc de la prison en sautant du mur d’enceinte et en se fracturant la cheville. C’est un prisonnier en cavale qui vient à sa rescousse et la soigne. Il deviendra son mari deux années plus tard. Pour ma part, au même âge, lors de vacances avec des amis de  mes parents, je me suis rendue à la piscine. En descendant un escalier menant à un bassin, mon pied gauche se met de guingois et c’est l’entorse, inévitable. Peu après, j’aide mes parents à installer un ami dans son nouvel appartement. Lors de sa pendaison de crémaillère, il invite un copain, cuisinier, afin qu’il prépare un festin pour tous.  Nous nous marierons l’année suivante.

            À vingt-huit ans, Anne publie deux livres. Moi, je donne naissance à mon troisième enfant.

 

            C’est de maman qu’elle parle !

 

Mais j’ai aussi un livre en devenir. Je l’ai commencé à vingt-cinq ans. Cette histoire me prend par vague et ma main n’écrit pas assez vite les mots qui me viennent. J’en viens à scribouiller la nuit, en cachette. Il devient périodiquement une obsession en reprenant entre deux sa place auprès de mon livre fétiche.

            Je relis un jour la biographie d’Anne et découvre qu’elle n’a pas passé l’âge de trente ans, morte sur une table d’opération. Tiens, là aussi un souvenir remonte à la surface. Lors de mon appendicectomie à treize ans, juste avant de perdre connaissance sous l’influence des anesthésiants, une phrase forte est montée en moi : « Si je dois mourir, j’accepte ! ». Je me devais sûrement d’exorciser cette dernière expérience traumatisante. Je n’ai pas encore passé le cap des trente balais et tente un calcul savant. Si elle est morte à vingt-neuf ans et dix mois, je pourrais trépasser en novembre deux mille cinq. J’avoue voir vu cette date fatidique se profiler sur mon calendrier. Mais rien ne s’est produit.

 

            Lucie est bien heureuse que cela ne se soit pas passé ainsi, sinon elle n’aurait jamais connu sa grand-mère, la cachotière.

 

Le lien entre ma vie d’avant et la présente semble s’être rompu mais n’est pas pour autant effacé.           En effet, pourquoi ai-je choisi le métier d’assistante sociale si ce n’est pour pouvoir être officiellement une insérée, un bon pion pour la société, un maillon fort et plus une exclue, une « cassos » ?

            Le livre qui dormait tantôt sous mon lit, tantôt dans ma table de nuit a fini par voir le jour, à ma plus grande joie. C’est un peu mon quatrième enfant.

 

 - Le voici donc ton quatrième enfant ! déclare Lucie à haute voix en prenant dans ses mains le gros roman.     

 

            Au hasard du web, j’ai même croisé une autre auteure, comme moi. Nous nous sommes rapidement rapprochées et reconnues comme ayant été très proches. C’est ma Rolande, je le sais, je le sens ! Cette précédente vie de galères partagées a créé un lien fort entre nos deux âmes qui sont devenues des « âmes sœurs ».

 

            Lucie se questionne sur l’identité de cette grande amie. Elle sait que sa Mamie passait régulièrement des coups de fil en France mais ne s’était jamais questionnée sur ses relations. Comme elle aimerait pouvoir l’appeler et parler de sa découverte  avec cette femme. Elle pourrait peut-être lui en apprendre plus sur cette face cachée de sa grand-mère.

 

Maintenant, ma vie me paraît équilibrée. Je n’ai plus honte d’écrire, j’ai une confidente, une vie de famille épanouie et je fais le métier dont j’ai toujours rêvé. Anne vit toujours au fond de moi mais Delphine a pris les rênes !

 

            En voilà une belle conclusion à cette lettre qui la laisse plutôt perplexe. Les éléments évoqués sont précis mais ne sont évidemment pas vérifiables. Lorsque Lucie referme la porte de la vieille maison, l’enveloppe kraft sous le bras, elle ne peut s’empêcher d’avoir une pensée attendrie : « Chère Mamie Delphine, si tu as raison, je souhaite à nouveau croiser ton chemin, dans une autre vie bien sûr ! ». 



Cauchemar à l’hôtel

 Image du site plumedecouscous 

            Après sept heures de route, nous voici arrivés devant l’hôtel situé sur la côte atlantique, dans le pays de la Loire. Notre choix s’était d’abord porté sur un autre établissement mais ce dernier était complet au moment de le réserver. L’agence de voyage nous a finalement dégoté cet établissement doté d’un spa et d’un casino, le seul de la ville. Le casino ne risque pas de m’attirer car, dans mon métier, je constate parfois les ravages que l’addiction aux jeux d’argent génère. Donc, « Vade Retro Casinos ! ». Quant au spa, il est noté sur les vouchers qu’il est réservé aux plus de seize ans. Il n’y aurait donc que notre aîné qui pourrait prétendre s’y mouiller les orteils, et plus si affinités. Je suis le parcours fléché qui nous amène à l’entrée du garage souterrain. Celle-ci est peu large et il me faut effectuer quelques manœuvres afin de ne pas prendre le muret. Non pas que je m’inquiète pour celui-ci qui, apparemment est le cauchemar des automobilistes, mais plutôt pour ma voiture qui perdrait toute sa superbe avec un pare-chocs défoncé et griffé. Et que dire de mes oreilles qui entendraient mon chéri me reprocher mon manque de prudence pendant de longues semaines. Après une longue hésitation pour choisir la place la plus sûre : pas à côté d’un poteau, pas près des chemins, ni trop à côté d’un autre véhicule (oui, c’est très compliqué avec mon cher et tendre), nous montons à la réception.

            La réceptionniste est une grande jeune femme, ressemblant étrangement à ma petite cousine qui possède des origines bretonnes. Elle nous remet les cartes magnétiques de notre chambre, la 420, ainsi qu’un petit topo sur le petit déjeuner et le spa. J’apprends que si nous voulons en profiter, il faudra débourser pas moins de vingt euros ! Le spa ne me verra pas plus que le casino. Nous recevons par ailleurs deux tickets d’une valeur d’un euro cinquante chacun pour aller chatouiller les machines à sous. Pousser ainsi à la consommation, ce n’est pas très joli !

            Nous montons donc au quatrième étage et découvrons la chambre avec vue sur l’océan. La pièce compte un lit double et un canapé-lit pour une personne. Or, nous sommes cinq ! La réservation faisait état d’une chambre double. Nous tentons donc d’ouvrir les portes qui mènent à des chambres adjacentes mais elles sont verrouillées. Je descends donc voir la réceptionniste qui me dit venir régler le problème dès que sa collègue reviendra de sa pause cigarette. Ah mais je l’ai vue car le fumoir est posté juste à l’entrée du garage. Dix minutes plus tard (c’était certainement une 100’s la cigarette ou alors un cigare cubain !), elle arrive, se confondant en excuses et expliquant que c’était un oubli de la femme de ménage. Nous découvrons donc une seconde pièce comportant deux lits simples, une seconde salle de bain et toilette. Il n’y aura donc pas de bagarre le matin pour être le premier sur le trône ou sous la douche !

            Pendant que je commence à installer le campement en déballant mes nombreuses valises multicolores, un bruit sourd me fait sursauter et j’entends « Le plafond est tombé ! ». La phrase me paraît totalement incongrue dans un hôtel trois étoiles. Mais je ne peux que constater, incrédule, que le faux plafond du couloir de la seconde chambre git au sol, laissant la soufflerie de la climatisation (il y a tout de même la clim’ !) à nu. Le spectacle est assez déroutant. Après une crise d’un rire nerveux, je décide de téléphoner à la réception car je n’ai plus envie de descendre une seconde fois. J’expose le « problème » à mon amie la réceptionniste (oui, à force cela crée des liens) qui paraît effarée et demande si personne n’est blessé. En effet, il est judicieux de savoir s’il faut appeler l’ambulance avant la maintenance ! Je la rassure, nous sommes tous indemnes. Les Belges ont la tête dure. Nous comprenons maintenant la crainte des Gaulois de voir le ciel leur tomber sur la tête. Elle me dit qu’elle prévient le service technique. Je m’attends donc à voir débarquer un ou deux gars avec des barrières Nadar et nous condamner l’accès à la salle de bain et la toilette. Mais non, c’est la réceptionniste (toujours la même !) qui vient frapper à la porte. Elle ne peut que se décomposer devant l’ampleur des dégâts. Elle me remet de nouvelles cartes magnétiques en expliquant que la direction a décidé de nous surclasser pour s’excuser de cet imprévu.

            Je remballe mon matériel et nous partons pour la chambre 502 qui est plus grande et est pourvue d’une jolie terrasse. Nous en faisons le tour, vérifions tous les plafonds. Il y a quelques boulons rouillés qui traînent sur le bord de la terrasse. Je me demande d’où ils peuvent bien venir et prie pour qu’ils ne soient pas essentiels à la tenue de quelque chose qui pourrait nous tomber dessus !

            Nous partons nous balader au bord de l’océan pour nous remettre de nos émotions et inaugurer notre cerf-volant. Le vent est fort et la plage est pleine de personnes pratiquant des sports comme le kitesurf sur roues (je suis désolée mais je ne connais pas le terme exact) ou du char à voile. Bien sûr notre cerf-volant n’est pas le seul dans le ciel bleu de la côte atlantique. Nous en profitons pour faire une petite photo de famille avec notre hôtel en décor de fond. Je remarque alors qu’ils ont retiré le nom qui devrait se trouver tout en haut de l’établissement. Ils semblent l’avoir retiré. Serait-ce l’origine des boulons qui gisent sur notre terrasse ?

            À notre retour dans la chambre, nous découvrons une enveloppe couleur bordeaux avec ces mots :

« Madame, Monsieur,

Afin de nous excuser du désagrément survenu en chambre 420, j’ai le plaisir de vous offrir 5 menus au restaurant Le Cap grâce au bon cadeau ci-joint.

            Bien cordialement ».

 

            Et c’est signé par la chef de réception, une certaine Virginie.

            Nous qui étions justement à la recherche de quelque pitance pour assouvir nos ventres affamés par l’air marin et qui envisagions de sauter dans le premier kebab du coin, nous sommes conviés à un repas gastronomique aux frais de la princesse. En repartant dans le sous-sol pour aller chercher quelques affaires manquantes, mon regard est attiré vers des panneaux attachés par du Scotch et qui cachent un trou dans le plafond du couloir. Ils ont vraiment un problème ici !

            À l’heure convenue, nous sommes  installés à une table face à l’océan et le menu nous est remis. Les appellations des plats nous laissent assez perplexes. Nous optons donc un peu au hasard. La cuisson des viandes nous est demandée. Mon mari ne jure que par le bien cuit. Sa pièce de bœuf est pourtant rosée mais tant pis, tout est délicieux. À la caisse, on me réclame 160 euros ! Je remets mon bon cadeau et effectue un rapide calcul mental. En effet, le bon fait état d’une valeur de 120 euros. Cela signifie que les boissons coûtent 40 euros ! C’est cher payé pour une Badoit d’un litre et deux Fanta (pardon pour les marques mais je suis sponsorisée.). Après recalcul, on nous a compté deux fois le menu enfant et je m’en sors avec onze euros.

            Le lendemain, nous entrons dans la salle du petit déjeuner. Ma copine réceptionniste me salue, me demande si tout s’est bien passé ensuite, avant de pouffer légèrement de rire. Je la rassure en rigolant à mon tour. Nos ventres remplis, au bord de l’explosion, nous nous mettons en route afin de visiter les environs mais la porte du garage qui est censée rester ouverte, d’après la réceptionniste, est close. Nous avons beau appuyer sur tous les boutons d’une vieille borne, rien ne se passe. Nous interpellons une femme de ménage qui passe par là (bien que cette dernière ait plus l’habitude de repasser…). Elle vient voir le problème et nous dit qu’elle revient avec du « matériel ». J’imagine qu’il doit y avoir une télécommande qui permet d’ouvrir la porte. Mais non ! Elle ramène un balai pour appuyer avec le bout du manche sur un bouton déclencheur situé sur une boîte fixée sur le plafond du garage. Quand je vous dis qu’ils ont problème avec les plafonds !

            Le matin du dernier jour, le réceptionniste (tiens ma copine doit être de repos.) me demande comment s’est déroulé notre séjour. Je lui réponds que tout s’est bien passé malgré le petit problème à l’arrivée. Il est tout à fait au courant et m’assure que cela n’est nullement habituel chez eux (je l’espère !). Je m’attends à ce que l’on me réclame la fameuse taxe de séjour mais apparemment, elle n’est pas due. Dernier cadeau de la maison pour s’assurer que nous reviendrons un jour ?

            Ce séjour à Saint Brévin restera dans nos mémoires et nous fera rire à chaque évocation.

            



Un bout de vacances

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            Les vacances 2014, cela fait un an que je les prépare. Comme je suis très prévoyante, j’aime planifier chaque journée, les coûts, les kilomètres et les temps de route. Cela rassure notamment mon aîné qui aime alors se projeter et visionner les lieux de visite sur le net. J’ai donc prévu un trip débutant par la région du Valais en Suisse puis le Lac de Garde en Italie et se terminant en Haute Forêt Noire allemande, bref quatre mille kilomètres à travers l’Europe. Pour de nombreuses personnes, mon projet semble bien loin de vacances idéales qui riment avec farniente, plage et piscine. Non, je veux voir du pays et faire des activités avec ma petite famille afin qu’elle ait de magnifiques souvenirs à évoquer plus tard.

            Après trois nuits passées en Suisse où nous avons malheureusement subi une journée complète de pluies froides, nous prenons la route vers l’Italie avec l’espoir d’y retrouver le soleil et la chaleur. Je suis en effet assez frileuse de nature et un minimum de vingt-cinq degrés me permet de dire qu’il fait « bon » pendant que les autres dégoulinent et se plaignent.

            Nous sommes samedi et mon programme prévoit en ce jour la visite de la ville de Venise. Personnellement, je m’y suis rendue en compagnie de mes grands-parents, globe-trotters devant l’Eternel, lorsque j’avais douze ans. J’ai le souvenir de la Place Saint-Marc avec ses innombrables pigeons, ses ruelles étroites et son plat de spaghettis dégustés dans un restaurant typique. Mon grand-père avait eu la mauvaise idée de se promener le crâne chauve sans couvre-chef et il s’est évanoui en pleine place Saint-Marc. « Insolation » fut le diagnostic du médecin local.

            Nous, on emporte nos casquettes, la crème solaire, des boissons fraîches, notre plan de Venise et le détail du circuit que j’ai programmé. Le petit guide que ma collègue Flo m’a prêté m’a été d’un grand secours. J’ai passé une après-midi complète à imprimer les circuits des vaporetto et leurs horaires, à lire les informations sur la ville et ses lieux typiques.

            Nous laissons notre voiture dans le parking Tronchetto avant de nous diriger vers le guichet nous procurant les tickets afin de prendre le vaporetto de façon illimitée pendant la journée, car, selon mes calculs, cette formule sera plus économique. Grâce à mon ami Google, je sais comment se présente le port et où m’adresser. Mon mari tente bien de me dire que j’ai tort, que c’est là ou là mais je suis forte de mes convictions et cela paie.

            Nous montons dans le bateau surchargé de touristes venus de tous les continents avec chacun, leur moyen d’immortaliser cette journée, que ce soit par le biais de petits caméscopes, de téléphones portables, de tablettes ou d’appareils photos. J’avoue que nous ne sommes pas en reste à ce niveau-là. Comme nous ne descendons qu’au septième arrêt, nous avons le temps d’admirer les façades vénitiennes, le va-et-vient incessant des nombreuses embarcations de tous poils ; petits canots à rames personnels, bateaux-frigo chargés de poissons, gondoles où se bécotent des amoureux et taxis hors-bord filant à toute vitesse. Une anecdote me revient alors. Mon grand-père avait été abordé par le conducteur de l’un d’eux. Ce dernier ne parlant pas français et mon papy pas italien, s’en est suivi une sorte de dialogue de sourd avec des gestes dans tous les sens. Nous sommes montés dans le taxi, comprenant qu’il nous emmenait sur l’île des souffleurs de verre et l’intime conviction qu’il reviendrait nous chercher. Après la visite, nous avons attendu, sans succès, le retour du taxi prodigue et sommes revenus par le vaporetto. Plus tard, nous en avons souvent ri.

            Arrivés à notre arrêt, nous descendons et achetons une carte postale pour la copine de notre petite dernière. Passé un petit pont de bois, il nous faut trouver la place Saint Marc. Mon aîné peste contre la chaleur et nous déclare ouvertement que cette visite lui semble totalement nulle. En effet, il préfère, et de loin, parcourir les allées bondées de parcs d’attractions promettant sensations fortes à force de loopings et air-time battant des records. Pour le calmer et lui donner une activité pour laquelle il s’est toujours révélé doué, je lui colle le plan de la ville dans les mains et lui montre notre destination. Son travail est facilité par les panneaux aux coins des ruelles. Midi approche et nos estomacs, peu contentés par un buffet petit-déjeuner au pain légèrement rassis de l’hôtel, se mettent à grogner. Le passage devant une pizzeria émettant des effluves délicieux éveille nos sens. Le marchand proposant des parts à emporter, nous lui en achetons cinq. Nous nous réfugions à l’ombre, juste après un pont pour déguster nos acquisitions. Y’a pas à dire : ces Italiens sont bien les rois de la pizza. Tout est englouti en quelques minutes.

            Nous reprenons notre périple dans le flux des touristes. Mon mari repère un petit vendeur ambulant au teint basané. Il s’adresse à lui et découvre qu’il est Bengali, comme lui. Quelques mots échangés pour savoir de quelle région il est originaire. Il est en Italie depuis seulement quelques années et ne maîtrise pas encore la langue, l’empêchant ainsi de trouver un emploi. En continuant en direction vers le centre-ville, mon cher et tendre croise d’autres compatriotes. Un petit mot pour chacun, un sourire de ma part lorsqu’ils me saluent en m’appelant « bhabi » (« belle-sœur », appellation respectueuse au pays). L’un d’eux veut nous offrir les jeux qu’il vend. Ce sont de petites boules en caoutchouc coloré transparent qui contient une matière liquide. Le jeu consiste à les jeter violemment par terre, les voir être totalement écrasées et reprendre peu à peu leur forme d’origine qui n’est autre qu’un cochon (étrange sachant que c’est fabriqué dans un pays musulman). Mon mari lui donne cinq euros pour trois « machins ». Il est drôle de constater qu’il y ait autant de ressortissants de ce pays dans cette ville. Si on y réfléchit, ils n’y sont pas trop dépaysés. Venant d’un pays inondé six mois par an, être entourés d’eau leur rappelle leur patrie. Avec tout cela, on n’avance pas beaucoup. Les enfants commencent à  soupirer. Tiens, j’ai oublié de prévoir le passage vers le pont des soupirs…

            Enfin, la place Saint-Marc se présente à nous au sortir d’une galerie marchande. Elle est noire de monde et inondée de soleil. Petites photos avec la basilique et le port des gondoles sur la lagune bleue. Nous avons décidé de ne pas prendre cette embarcation typique en raison du prix exorbitant demandé pour une petit balade somme toute courte à la force des bras de gondoliers en tenue traditionnelle. Laissons cela aux jeunes couples roucoulant.

            Je souhaitais visiter la basilique mais la file d’attente pour y pénétrer s’étale sur plusieurs dizaines de mètres. Leonardo Da Vinci y proposerait-il un portrait gratuit ? Les pigeons sont toujours présents mais bien moins nombreux qu’auparavant en raison d’un contrôle des naissances je suppose. La pilule, ça doit bien exister chez les volatiles, non ? J’ai une petite pensée pour la prof titulaire de mon plus jeune fils qui a une peur bleue des oiseaux. Le premier avril fut l’occasion pour ses élèves de lui faire une petite farce en cachant un corbeau empaillé dans son armoire. Mon garçon m’a raconté, avec grand plaisir, qu’elle avait failli faire une attaque cardiaque tout de même. Ah ces gosses !

            La place contient des zones inondées volontairement pour rafraîchir les petons fatigués des touristes qui battent les vieux pavés du grand Venise. Vu la fréquentation de la place, je regarde le jeune enfant qui s’y ébat en pensant au nombre de bactéries devant grouiller dans cette mare. Notre petite dernière en profite pour mouiller ses sandalettes avant que l’on reparte à travers les ruelles. Notre guide nous emmène jusqu’au pont Rialto, lui aussi noir de monde. Une petite photo à l’arrachée et je regroupe mes petits comme le ferait une cane sur le bord de la rive. Nous traversons par l’intérieur du pont qui abrite de très nombreux commerces. Nous faisons l’acquisition d’un T-shirt souvenir pour la petite et un verre avec des morceaux de pastèque pour le deuxième.

            Une envie pressante se fait ressentir. Nous suivons les panneaux ad hoc et découvrons des toilettes au prix abusif d’un euro cinquante par personne. Il est précisé que le prix pratiqué est le même dans toute la ville. Nous payons notre dû à la jeune « dame pipi » qui ne semble pourtant pas rouler sur l’or. Pour le prix, mon mari lui fait la conversation en nous attendant. Il aime raconter à qui veut l’entendre et parlant français ou un minimum anglais que nous venons de Belgique.

            Sur la route vers un point de traversée, nous passons par un marché local. Là sont posées sur un étal de grosses dattes sucrées en provenance de Dubaï. En étant très friande, je propose d’en acheter quelques centaines de grammes. Quelle surprise de découvrir que le marchand est un Bangladeshi pure souche. Il me donne un fruit sucré en dégustation et entame la conversation avec mon époux. Il s’approche de la petite et prend son visage entre ses mains comme si elle était sa nièce qu’il n’avait pas vue depuis longtemps. Désemparée, elle sourit gentiment. On est tous de la même famille là-bas. Ce n’est pas de la part d’un de mes compatriotes belges que je peux espérer autant de considération.

            Notre achat fourré dans le sac, un dernier salut au marchand et nous nous postons sur le ponton d’un « traghetto », petite gondole qui nous permet juste d’atteindre l’autre rive. Le prix est de deux euros par personne, pour un trajet de deux minutes. Au moins, on aura tout de même « gondoler » à Venise.

            Le grand nous amène dans les dédales des rues jusqu’à l’arrêt du Vaporetto qui nous permettra d’atteindre l’île de Murano, réputée pour ses souffleries de verre. La traversée est magique. La lagune scintille sous l’effet du soleil cuisant. Les bâtiments centenaires aux tons rouge pastel nous regardent passer, sûrement lassés par le ballet des touristes qui les mitraillent de leurs appareils.

            Sur place, nous découvrons que les lieux sont un peu plus calmes que la ville principale. Près du port, nous pénétrons dans une petite échoppe afin d’admirer le travail d’un artiste local. La chaleur est étouffante car le four rougeoie afin de permettre au verre de devenir une matière souple, malléable, qui réagit aux coups de pince et de marteaux du maître verrier. Ce dernier, en quelques minutes, crée sous nos yeux émerveillés un cheval à la silhouette effilée. Un vendeur vient nous haranguer afin d’effectuer un achat ou de déposer quelques piécettes dans le panier pour récompenser l’artiste.

            Plus loin, les enfants tombent en admiration devant de mini animaux en verre. Chacun en choisit un en guise de souvenir. Ils sont soigneusement emballés dans de la ouate, autant afin de les protéger que de les retrouver car ils sont vraiment minuscules. Nous cherchons une soufflerie, sans succès. Les grands s’impatientent et veulent rentrer, prétextant une chaleur intenable.

            Nous reprenons le vaporetto qui nous ramène à Venise et parcourons les petites rues jusqu’à l’arrêt près du pont Rialto. Juste une pause pour déguster une délicieuse « gelatto », glace italienne. Sur le trajet vers le parking, nous admirons une dernière fois les bâtiments qui ont les pieds mouillés toute l’année, le flux incessant des embarcations, le flot des touristes venus des quatre coins du monde.

            Sur la route du retour, nous essuyons un gros orage. Des éclairs strient le ciel et des trombes d’eau s’abattent sur l’autoroute. Une bonne drache, comme on dit en Belgique. Apparemment, il a pas mal plu sur la ville de Sirmione où se trouve notre hôtel du moment. Nous avons la mauvaise surprise de découvrir qu’une immense flaque d’eau jonche le sol de notre chambre. Comme nous sommes dans une dépendance, il n’y a pas de responsable à la réception. Nous n’avons pas le courage de sortir sous la pluie pour nous rendre dans le bâtiment principal situé un peu plus loin. De toute façon, si toutes les chambres ont subi le même assaut, les femmes de ménage seront débordées. Alors, j’attrape un essuie de bain, la poubelle à papier et je commence à éponger la catastrophe.

            Une fois le sol séché, je peux enfin me poser sur une chaise. La petite sort le jeu acheté au Bengali. Elle s’amuse à le jeter sur le miroir. Il colle et reprend sa forme lentement. Voulant le récupérer un peu trop vite, la boule explose dans ses mains, mouillant toutes les affaires situées sur la petite table sous le miroir. Encore une inondation ! Merci le Bengladesh ! Et vive les vacances !



Nostalgie

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            Les yeux s’embuent en regardant ces DVD retrouvés dans votre armoire. Je peux y voir comment mes trois enfants ont grandi, évolué, appris, en partie grâce à vous. Vous leur avez inculqué la valeur de la solidarité dans une famille, de l’amour et du respect entre générations, de la nécessité d’être curieux et de découvrir du pays et de nouvelles choses.

            Vous avez toujours été présents dans les bons comme les mauvais moments. De même, vous pouviez toujours compter sur nous, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, pour une main tendue afin de remettre Papy debout ou de rassurer Mamie perdue.

            Comme j’aime entendre ta grosse voix Papy, toi qui aimais taquiner tout un chacun et adresser des petits surnoms à tes petits et arrière-petits. Mamie, tu étais toujours aux petits soins et aimais bercer mes bébés, toi qui n’en avais eu qu’un, en raison d’un accouchement qui avait failli te coûter la vie. Tu as tenu la main de mes bouts de chou lors de leurs premiers pas et connu plus tard tous leurs résultats scolaires, récompensés par un « dimanche » plus conséquent.

            Vous avez participé à tous les gâteaux d’anniversaires et soufflé les bougies qui se rallument à l’infini et enfument toute la pièce, pour le plus grand plaisir du roi de la fête. Les cadeaux étaient toujours ceux qui avaient fait l’objet d’une demande en bonne et due forme, peu en importait le prix, du moment que des étincelles brillaient dans les yeux des enfants à leur ouverture. Faire plaisir était le maître mot !

            Et tous ces périples que nous avons partagés, à travers la Belgique, la France, L’Allemagne et les Pays-Bas. Partant à deux voitures très tôt le matin, nous passions de magnifiques journées de partage, de rires, de découvertes avec parfois quelques frayeurs. Comme la fois où le petit Jolil a lâché la main de son papa pour me rejoindre de l’autre côté de la route et qu’un camion a pilé devant lui.

            Puis il y a eu tes opérations, Papy ; celles du cœur, du genou. Tu t’en es toujours remis, malgré ton âge pourtant déjà avancé. Mais en 2008, c’est une attaque cérébrale qui frappe sans prévenir pendant tes vacances en Grèce. Mamie en panique face à des médecins qui ne parlent pas français, la seule langue qu’elle connaisse, pour avoir quitté l’école très tôt afin d’aller travailler à l’usine. Heureusement, vous avez toujours été prévoyants et l’assurance s’est chargée de tout pour le rapatriement. La convalescence fut plus longue et difficile cette fois, et il a fallu que tu renonces à conduire après avoir amoché quelques piétons innocents.  Tu m’as offert ta voiture, représentant ton dernier moyen de quitter les murs de ta maison, avec un pincement au cœur. Cette auto, tu l’avais choisie avec goût, cherchant l’innovation pour rester « dans le coup ». Tu as toujours fait ainsi avec  ton matériel électronique, même si la technologie évoluait rapidement et qu’il te devenait difficile de l’utiliser.

            Papy, tu nous as quittés une nuit, sans prévenir. C’est un policier qui est venu me chercher pour m’annoncer ce drame, qui venait de faire flancher le cœur de Mamie. Il m’a fallu prendre les rênes et tout organiser car votre fils m’a délégué cette tâche, comme il avait abandonné son rôle depuis plusieurs années.

            Ce fut une vie différente qui dut s’organiser car tu étais le cerveau et Mamie les jambes et les bras. Seule, elle se perdait souvent, m’appelant en pleurs car elle ne te trouvait plus nulle part dans la maison. Je devais alors assumer la lourde tâche de lui rappeler ta disparition.

            Une année est passée ainsi jusqu’à une hospitalisation nécessaire car son cœur fatigué lui faisait gonfler les jambes, qui ne la portaient plus. Quelques semaines à hésiter entre l’entrée au home et un retour encadré à la maison. On tente la seconde option et un lit est installé au rez-de-chaussée. Mais, comme toi et pour te rejoindre, Mamie est partie une nuit, sur la pointe des pieds, sans bruit, sans cri ni douleur.

            J’ai endossé à nouveau le rôle d’enfant qui organise, téléphone, apporte la dernière tenue, commande le cercueil, les fleurs, voit le prêtre. J’avais l’habitude maintenant, comme le disait si bien mon paternel, trop heureux de se débarrasser de ses obligations. Le jour de la mise en bière, j’ai fini, en pleurs, dans les bras d’une cousine très éloignée qui habite de l’autre côté de la frontière et que je vouvoie, puis dans ceux de la femme de ton filleul venu de Nantes, à plus de huit kilomètres, pendant que ton fils, résidant pourtant dans notre belle ville commune, a préféré rester chez lui.

            Maintenant, je me rends encore souvent dans votre maison pour l’entretenir, le temps de connaître son sort. J’espère toujours que l’un de vous viendra sur le seuil nous accueillir avec un grand sourire. Vous laissez derrière vous de merveilleux souvenirs d’enfance pour moi et mes enfants. Vous avez assumé un rôle de grands-parents, qui ne vous était normalement pas dévolu mais la place était vacante en raison d’une démission d’un côté et d’un trop grand éloignement de l’autre.

            Je voulais vous rendre hommage par ce texte que je termine par un point et quelques larmes qui s’échappent de mes yeux bleus hérités de toi, Mamie.



Un mal de chien !

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J’ai 18 ans et nous sommes fin mai 1994. J’ai passé l’après-midi chez des amis de mes parents où nous avons partagé un repas préparé par ma mère. Il s’agissait d’une recette de poulet indien modifié à la mode belge. C’est assez simple, il suffit de remplacer le piment par du sucre.  

Le soir, je commence à être prise de vomissements. J’ai l’impression que mes tripes en ont marre de se trouver dans le noir et souhaite ardemment me sortir par la bouche et découvrir le monde. Un petit avis médical car le mal perdure le lendemain. Un diagnostic de « gastro » tombe. Bon, il suffit de boire du jus d’oranges ou du coca dégazéifié et d’attendre. Mais même cela refuse de passer la frontière entre estomac et intestins. Marre d’être pliée en deux ! Un mal de chien ? C’est tout à fait cela. On décide de me faire passer une radio. Une masse bizarre apparaît sur la photo noir et blanc et je dois aller consulter un gynéco sur-le-champ. Une grande première pour moi.

Le médecin vient à ma rencontre. Il ressemble à Jerry Lewis. Lorsque j’étais petite, j’adorais regarder la version de « Dr Jekyll et Mr Hyde » où il faisait le clown. Ici, le gynéco fait de l’humour, ce qui me met en confiance. Il mène son enquête sur les causes de mon mal grâce à un échographe. Le verdict tombe : un abcès de dix centimètres fait sa vie sur mon ovaire droit, sans avoir sollicité un droit de séjour.

Direction l’hôpital et une séance de perfusion pendant quelques jours. Ma machine intérieure semble se remette en marche dans le bon sens. Bon, je suis libérée grâce à la bonne conduite de mes intestins avec une dose massive d’antibiotiques pour réduire la taille du squatteur d’ovaire.

Mais juste le temps de réussir mes examens et d’être diplômée que tout recommence.

Y’a pas photo, faut être plus agressif et aller sur place nettoyer le bazar. Bon, on m’annonce que ce n’est pas grand-chose : juste trois petits trous pour faire passer caméra et ustensiles (casserole, couteau ?).

Le grand jour, je suis prête. Pour détendre l’atmosphère, on me raconte l’histoire d’un patient qui a subi la mauvaise opération car il a été confondu avec un autre. Il s’est réveillé avec un appendice, pourtant en pleine santé, enlevé. Et vous pensez que cela me rassure ? De toute façon, le mien a explosé lorsque j’avais 13 ans. Une autre histoire de mal de chien !

Il est 9 heures et je suis couchée sur mon lit, dans le couloir blanc menant à la salle d’opération. Je vérifie la présence de mon bracelet et surtout le nom qui y est noté. C’est bien le mien ! Mon gynéco fait son apparition et vient me saluer. Il a un sourire qui me rassure, pas celui d’un boucher en passe de préparer un rôti Orloff. Il m’annonce que cela ne devrait pas être long ; deux ou trois heures, tout au plus.

Je me couche sur la table trop froide à mon goût. On m’attache les poignets alors que je suis dans la position du Christ. Ils ont peur que je me fasse la malle ? Je ne suis pourtant pas somnambule. Un autre médecin s’approche avec une grande seringue qu’il branche aux divers tuyaux qui sont branchés sur mes bras comme les câbles sur un ordinateur. Au fur et à mesure qu’il m’injecte son produit, mes yeux se ferment inexorablement jusqu’à l’inconscience totale.

Au réveil, je suis dans une pièce avec d’autres charcutés. On est parqués comme des légumes en rang d’oignons. À demi-consciente, je geins. Je n’ai aucune force pour lutter contre la douleur qui me taraude le bide. Une infirmière vient près de moi, elle vérifie le matériel et me dit de me rendormir, ce que je tente de faire.

Le réveil suivant s’effectue dans ma chambre. L’horloge affiche 17 heures. Cela semble avoir duré plus longtemps que prévu et les visages de mes proches sont encore tendus. Le chirurgien fait une entrée triomphale, avec sa blouse verte tachée de sang. Le mien ? Il annonce qu’il a fallu faire appel à un gastro-entérologue car l’abcès s’était étendu à mes intestins. J’apprends aussi que j’ai failli me retrouver bancale, avec un seul ovaire. Mais, voyant mon jeune âge, il s’est évertué à sauver le « soldat ovaire » et semble y être parvenu après de longues heures de labeur.

Tout le monde sorti de ma chambre, je jette un œil sur le pansement qui m’orne le bas ventre. Il est impressionnant pour juste trois petits trous. Ils en avaient sûrement trop. Malgré le fait que j’aie dormi quasi toute la journée, je m’endors dès que l’analgésique, injecté gracieusement dans ma fesse, fait son effet.

Le lendemain, c’est l’heure du petit déjeuner. Une stagiaire me rapporte une tasse de lait et une biscotte que je mange avec appétit. Mais je suis rapidement prise de vomissements terribles, réveillant une douleur intense en-dessous de mes abdos. Une infirmière un peu plus expérimentée vient s’enquérir de mon sort. Elle m’encourage à me tenir fermement le ventre et jette un regard de désapprobation à la stagiaire. Elle précise que je ne suis pas censée manger avant 7 jours !

Mon estomac vidé de son contenu, je peux me recoucher. L’infirmière stagiaire  ramène le matériel de soins. Je la garde à l’œil celle-là car elle déjà voulu me tuer une première foi ! Je suis rassurée car elle est accompagnée d’une autre, qui la guide dans les étapes. Elle commence par me retirer le grand pansement. Je découvre avec stupeur qu’il y a quelques fils au niveau de mon nombril mais en lieu et place des deux autres « trous » promis, il y a une cicatrice de plus de dix centimètres, juste au-dessus du pubis. Je n’ai pas signé pour une césarienne ! Je cogite : ils m’ont retiré un alien du bide et l’ont gardé pour des expériences.

C’est Jerry Lewis qui m’éclaire en expliquant que cela s’est avéré plus compliqué que prévu et que le système des trois trous étaient insuffisants. En effet, une opération à quatre mains, il faut l’ouverture nécessaire.

J’ai également une douleur au niveau des côtes. Comme si les chirurgiens avaient profité de mon inconscience pour me battre comme plâtre. En fait, j’apprends qu’ils m’ont gonflée comme un ballon de baudruche. J’imagine la scène. C’est pour cela que j’étais ficelée à la table, pour éviter que je m’envole !

Commence donc mon long jeûne de sept jours. Seule une perfusion de je ne sais quels produits me sert de carburant. Mais cela ne contente pas mon estomac qui, lui, est en pleine forme et me rappelle sans cesse qu’il est prêt à fonctionner.

Rien que de voir des publicités de nourriture me fait saliver. Même des choses que je n’aime pas particulièrement : huitres, asperges. Je suis prête à tout dévorer quand vient le jour ou l’interdiction est levée. On m’apporte juste un fond de soupe et une biscotte. Je suis déçue car je m’attendais à un festin. J’ai l’impression que je pourrais faire comme Obélix et avaler un sanglier entier. Mais quelques bouchées de biscotte trempée dans la soupe me suffisent rapidement. Déception !

Quelques jours plus tard ,,. je suis enfin libérée et on va fêter cela … au restaurant !

Plus tard, j’ai revu ce gynéco à chacun de mes accouchements.

Un mal de chien … une drôle d’expression tout de même. Mais on préfère ne pas vivre ce que cela signifie !



Ma grande première

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         Depuis longtemps déjà, je me fais charrier par mes amis et collègues sur le fait de n’avoir jamais posé les pieds dans un magasin Ikea. Cette enseigne suédoise semble pourtant incontournable en matière d’ameublement, vaisselle, décoration, etc. Comme tout un chacun, j’en avais grandement entendu parler. Je pense même qu’un jour ce terme désignera tout simplement un objet comme le fait si bien le célèbre « bic » ou le « sopalin » (pour mes amis français). On pourra alors entendre :

« Il est joli ton ikea !

- Oh, merci ! Dès que je l’ai vu, je n’ai pas su résister. Il fallait que je l’achète !

- C’est clair ! Ils ne l’ont pas en rose fluo ? … »

         Bref, pendant un trajet en voiture, radio allumée, j’entends une publicité :

« Tous les Ikea de Belgique ouverts ce dimanche de 9 heures à 18 heures. Moules-frites à volonté pour 5 euros seulement ! »

         Le « moules-frites » ne me tente pas du tout. Sachant qu’ils mettent de la viande de cheval dans des boulettes de bœuf, imaginez ce qu’on risque de trouver dans leurs moules ?

         Mais cette ouverture exceptionnelle tombe à pic. En effet, la veille, Gabriel, notre fils aîné de 14 ans, est passé au travers de sa chaise. Ainsi, il ne nous reste que cinq sièges pour une famille de cinq membres. Donc, si l’un d’entre nous explose aussi la sienne, nous serons obligés de jouer aux chaises musicales avant chaque repas. De plus, l’anniversaire du grand approchant à grands pas, il faut pouvoir offrir aux invités un siège autre que la chaise haute qui traîne dans le grenier, le petit tabouret rouge qui se muche sous la table ou la chaise de bureau amputée de son dossier. Oui, je sais, c’est pitoyable !

         Vous me direz, il y a moyen d’y aller les autres jours de la semaine. Mais, mon mari étant indépendant et disponible que le dimanche et moi, ayant besoin de ses bras musclés pour le transport, cela limite les possibilités.

         Je parviens donc à motiver mes troupes afin de se lever tôt un dimanche matin, sachant que l’Ikea le plus proche est à une heure de route. Notre voiture étant bondée de passagers et le coffre pas très grand, nous décidons de partir à deux voitures. Aux abords du magasin, il y a de sérieux ralentissements car il faut faire la file afin d’entrer dans le parking souterrain. Il semblerait que l’opération « ouvert ce dimanche » soit un succès ! Serait-ce l’effet « moules-frites » ?

         Nous empruntons un escalator puis un second et nous nous retrouvons face à une garderie. Un coup d’œil à notre marmaille : 9, 12 et 14 ans, pas besoin d’y avoir recours. Ils sont bien élevés et ne courent plus dans les rayons et ne se tortillent plus au sol en hurlant si on leur refuse un achat inutile.

En haut d’un escalier, nous nous retrouvons à l’entrée de la cafétéria et ses panneaux géants montrant une photo d’une casserole de moules et d’une portion de frites avec un grand « 5 euros ! ». Ils veulent vraiment nous les refourguer ! 

Là, deux options s’offrent à nous : un étage nommé « Expositie » et l’autre « Ophaalcentrum/Magazijn ». J’ai oublié de préciser que l’iKea proche de chez nous se trouve en zone flamande pure, donc inutile de compter sur une quelconque traduction.

Mon mari m’interroge du regard, celui qui dit « Mais c’est quoi ce bazar ? ». Un coup d’œil aux abords des deux étages en aller-retour rapide. Mon cher et tendre s’impatiente et décide de trouver quelqu’un afin de savoir par où il faut aller. Le seul personnel disponible est celui de la cafétéria, très occupé à gratter les moules.

On découvre un plan du magasin. Un mot m’interpelle : « stoelen », signifiant « chaises ». « Il faut aller là ! » et je pointe notre destination comme sur une carte au trésor. Là, la gente masculine de la famille se concerte et se penche longuement sur le plan multicolore pour conclure avec un cap : « C’est par là ! »

         On commence alors à suivre un parcours sinueux entre divers meubles et objets portant chacun une étiquette. La foule est impressionnante et on avance très lentement. J’ai l’impression de faire la file dans un parc d’attractions.

         Mon époux repère des papiers et des petits crayons. Il en prend une poignée, pensant que c’est un cadeau, et m’en remet un. Mon mari est très friand de choses gratuites. Originaire d’un pays en voie de développement, cette façon de faire l’a toujours fasciné et il aime en profiter largement. Personnellement, un peu gênée par ce comportement, je me contente de m’éloigner discrètement.

         Enfin, une ribambelle de chaises s’étale devant nous. Chacun de nous donne son avis, son appréciation en testant les modèles d’exposition. Moi, je suis préoccupée par le prix. Je tente de négocier au moins cher mais je n’obtiens pas gain de cause car « on en a toujours pour son argent » et notre expérience de chaises qui se déglinguent en est un peu la preuve.

         On finit par jeter notre dévolu sur des chaises en bois. Mon derrière fragile me pousse à acheter également les galettes assorties. Nous cherchons un éventuel stock et c’est alors que je me penche un peu plus sur l’étiquette et les informations qu’elle délivre. Un nom bizarre à consonance suédoise (« kautsby »),  un numéro d’allée, de rang, de place. Je remplis donc mon petit papier avec tout cela et annonce fièrement à ma troupe que j’ai pigé le système et que c’est au « magazijn » que nous allons trouver nos chaises.

         Mon mari, très dubitatif, insiste lourdement pour interpeller un vendeur. Mais, je n’ai nullement envie de tester mon néerlandais boiteux et me rendre ridicule afin d’obtenir une info que je possède déjà.

         Nous allons donc tout au bout des allées pour retomber face au restaurant self-service et changer d’étage. En traversant de nouvelles allées, on repère des porte-manteaux. Les nôtres ont perdu la moitié de leurs crochets. Du coup, on en achète deux.

         Enfin, les stocks ! L’entrepôt est très impressionnant. Je ressors mon petit papier dont les infos nous guident à nos chaises. Du moins, à des paquets de chaises en kit, ce qui laisse ma moitié très dubitatif. Il jette un œil aux alentours afin de détecter une anomalie. Mais non, TOUT est en kit. On retire donc quatre paquets qui ont la forme d’une pièce de Tetris avant de prendre la direction des caisses.

         Nos achats réglés, je remarque qu’une sorte de zone « fastfood » se trouve face aux caisses. Ils proposent des encas suédois, des célèbres « Daim », des hotdogs à 75 cents (sûrement faits à base de vraie viande de chien !), des boissons chaudes ou froides, etc. Ils semblent réellement craindre que leurs clients puissent avoir faim. Je suis sûre que demain, ils proposeront ici les moules invendues de la cafétéria, noyées dans le vinaigre, et présentées dans des barquettes à déguster chez soi.

         Arrivés à la maison, on s’attaque au montage de nos nouvelles acquisitions. J’ai l’agréable surprise de découvrir que la notice n’est pas en suédois mais se compose de pictogrammes assez simples. Pas besoin de posséder un diplôme d’ingénieur pour les comprendre. Juste un petit couac car une pièce est montée à l’envers mais après un peu plus d’une heure de labeur, nous avons quatre nouvelles chaises. Combien de temps vont-elles survivre aux mauvais traitements que mes enfants leur infligent ? L’avenir nous le dira. En attendant, je dis « Merci Ikea ».

 

Arachnophobie 

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Ce matin, j’effectue le rituel du brossage de dents, les yeux encore dans un flou ensommeillé jusqu’à ce qu’ils se fixent. Dans le reflet du miroir, je la vois, immobile. Elle, l’objet de mes cauchemars, celle qui me donne la chair de poule et génère mes cris les plus intenses et irraisonnés. Je la fixe, elle fait de même … du moins je le pense. Je ne peux hurler et affoler la maisonnée comprenant trois enfants encore endormis. D’habitude, je crie en m’enfuyant pour aller quérir mon mari, armé de sa pantoufle et agacé par mon comportement disproportionné à la taille de mon ennemi. C’est plus fort que moi : ces petits yeux brillants, ses huit pattes et son corps velus me glacent le sang. Là, je suis seule et nue. Je ne peux sortir ainsi de la salle de bain. Hyper pudique, je ne souhaite pas qu’un enfant se lève et me trouve ainsi. D’un geste vif, je saisis un drap de bain pour m’envelopper avant de me précipiter dans la chambre conjugale. Je secoue mon cher et tendre qui se met à grommeler. Il finit par se tourner vers moi et m’observer d’un air surpris. En effet, de la mousse de dentifrice orne ma bouche. Avec mes yeux encore écarquillés de terreur, je dois avoir l’air d’une enragée. Je presse mon chevalier servant à aller faire son office pendant que je me cache sous la couette. Un gros « PAF » m’apporte finalement la sérénité. Je retourne dans la salle de bain et apprend que la victime se trouve dans la petite poubelle blanche qui flanque le lavabo. Je ne l’ouvre pas pour vérifier, préférant imaginer son corps ramené en deux dimensions. Je termine ma toilette en gardant un œil inquiet sur le tombeau de l’arachnide, avec l’appréhension qu’elle puisse en ressortir pour me hanter.

Se faire des cheveux

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Lors du rituel matinal dans la salle de bain, les yeux encore embués de sommeil, je l’ai vu. Là, au milieu de ma longue tignasse brune. Il me nargue, se dressant comme un fanion. Je ne vois que lui. Mais que fait-il là ? Pourquoi moi ? Je suis trop jeune. Mon mari passe encore, il a quatre ou cinq ans de plus que moi. Que dois-je faire ? Je reste quelques secondes, le bras en l’air avec la brosse en main. J’opte pour la méthode radicale. Avec deux doigts, je parviens à attraper l’objet de mon étonnement et l’arrache violemment de mon cuir chevelu. Il est enfin à ma merci. « On fait moins le malin ! Maintenant, tu ne pourras plus crier au monde mon inexorable avancée vers l’âge de la retraite. Je sais que d’autres de tes congénères vont bientôt arriver mais je me tiendrai prête. Lorsque la pince à épiler deviendra impuissante, il me restera toujours les teintures. » C’est ainsi que j’ai scellé le destin de mon premier cheveu blanc, éclaireur de l’armée de la vieillesse, en refermant le couvercle de ma poubelle. 

Le temps qui passe … ou Z100

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Ce matin, toujours dans ma salle de bain, je m’observe dans le petit miroir, remplaçant d’un autre qui a fini sa carrière, brisé dans le lavabo après un dépoussiérage indélicat. D’habitude, je ne m’attarde pas sur mon reflet car je ne pratique pas le maquillage, faute d’y avoir été formée et pour mon cher et tendre qui déteste cela (ça m’arrange). Des sillons tracent leur chemin sur mon visage. Mais ils révèlent notre personnalité. Le grincheux se verra le front barré de lignes à force de froncer les sourcils à la moindre contrariété. Je suis de ceux plus joyeux marquée par des plis au coin des yeux et des parenthèses de smileys qui m’entourent la bouche. Ma propension à rire et sourire facilement se lit sur mon visage maintenant. Je pense à Mamie qui, elle, se voit le cou paré de draperies dignes de celles des Grottes de Han. Ces rides me différencient de mes cadets qui peuvent encore se targuer d’être confondus avec des étudiants. Elles reflètent mon âge et ne mentent pas.

Certains recourent au lifting. La peau tirée à quatre épingles reprend, à grands renfort de scalpel, une apparence qui n’est plus de leur âge … pour quelques temps. Mais chassez le naturel, il revient au galop … Et si le multi lifté éternue violemment, il risque de se retrouver avec la gueule d’un shar-Peï.

D’autres se la jouent « Botox », donnant à leur visage une expression figée, un masque pour cacher au regard des autres les affres du temps qui passe inexorablement. Après injection, ils se pâment lorsqu’on les prend pour la grande sœur (ou le grand frère car les hommes ne sont pas en reste) de leur ado.

Je suis fière de mes rides car elles sont la marque d’une certaine sagesse et surtout de ma joie de vivre. Q10 plus ? Non, merci. Trop peu pour moi. De toute façon, il me faudrait au moins du Z100 !

Kinder … pas un cadeau

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Depuis que mes enfants sont petits, je leur ai souvent acheté des kinder surprise. Vous connaissez ces petits œufs creux en chocolat abritant un œuf jaune contenant une surprise et pour lesquels moultes publicités sont régulièrement diffusées ?

Lorsque vous leur donnez, leurs yeux s’illuminent de joie comme dans la pub, pour autant que vous ne le fassiez que de manière exceptionnelle et non sur demande. Ils ouvrent l’emballage et séparent les deux moitiés de l’œuf. Kinder sait que certains enfants aiment le chocolat blanc et d’autres celui au lait. Pour concilier les deux, ils ont collé les deux pour éviter que l’enfant ne mange qu’une moitié.

L’œuf en plastique jaune a souvent tendance à être rebelle à l’ouverture. L’enfant devra alors faire appel à ses parents afin d’y parvenir. Je pense que cela fait partie de la technique commerciale afin de faire durer le suspense et monter l’intérêt. Une fois ce satané œuf éventré, après être passé dans les mains de maman qui, non dotée d’une force herculéenne, l’a refilé à papa qui, après s’être moqué ouvertement des petits bras de maman, a dû se résigner à recourir à une pince, le petit découvre sa surprise.

Il vaut mieux alors disposer d’une surface plane pour ne rien perdre. Evitez l’ouverture en voiture où les petits morceaux vont aller se perdre sous les sièges, dans les creux inaccessibles, générant les cris de désespoir déchirants de votre rejeton et votre énervement au volant. Les petites pièces étalées, un coup d’œil au mode d’emploi. Pas besoin d’avoir fait ingénieur pour comprendre, c’est accessible à un enfant de 6 ans, cela devrait donc être dans vos cordes. Le problème qui se pose est que l’on comprend comment les assembler  mais qu’on n’y parvient pas car la pièce A refuse de se clipper dans la pièce B. C’est alors que papa revient avec sa pince magique. Ouf ! Le petit peut enfin jouer avec sa bricole.

A Pâques, les grands-parents offrent le modèle XXL avec un demi-kilo de chocolat que vos enfants ne termineront pas et que vous devrez manger vous-même, délaissant au passage votre régime. L‘œuf en plastique est encore plus difficile à ouvrir. Là, c’est papy qui devra intervenir avec sa scie sauteuse.

Mais, au fil des ans, de bricole en bricole, vous les rassemblez dans des boîtes à chaussures, des tiroirs, des coins d’armoires. Vous vous retrouvez envahi par ces jouets miniatures qui perdent leurs morceaux un peu partout dans la maison. Vous en retrouvez sous le canapé, derrière la télé, dans la gamelle du chien et même dans la machine à laver car un était resté dans la poche du petit dernier. A la proposition de tout jeter, vous ne recevez que des protestations véhémentes. Vous négociez en prétextant ne vous débarrasser que des inutiles et des cassés. Mais vous vous rendez compte que la tâche du tri sera ardue. Vous vous résignez donc à vivre dans une maison décorée par Kinder. Vraiment … c’est pas un cadeau.

Commerce en voie de disparition

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            En 1997, fraîchement mariée et diplômée, je décidai d’ouvrir un vidéoclub. C’était très en vogue ; il y en avait déjà huit pour notre ville de cinquante mille âmes. Mon époux aurait préféré une épicerie mais, notre magasin étant situé quasi en face d’un supermarché, l’idée fut rapidement balayée.

            Nous avons donc entamé toutes les démarches administratives et financières nécessaires avant de contacter un fournisseur. Ce dernier nous a proposé un lot de quatre cent cassettes vidéo, unique support pour les films à l’époque, afin de démarrer notre activité. Nous avions récupéré des présentoirs et le comptoir de la librairie de ma marraine qui avait pris sa retraite.

            Dans notre lot, nous avions dix cassettes pour public averti de plus de 18 ans. Le fournisseur nous a  bien précisé qu’il ne fallait pas négliger ce type de clientèle. Afin que les images illustrant les jaquettes ne soient pas exposées au regard innocent des plus jeunes, nous avons aménagé un cul-de-sac (sans jeu de mot) de deux mètres carrés dans un coin du magasin. L’accès y était masqué par un rideau, récupéré chez ma grand-mère, avec une affichette suspendue « Interdit aux moins de 18 ans ».

            Nous étions le 5 septembre. Les jours précédents, nous avions inondé de nos tracts les boîtes à lettres du quartier. Il était 14 heures lorsque « Shamballa vidéoclub » a ouvert pour la première fois ses portes au public. Nous avions choisi ce nom à consonance étrangère en raison de l’origine asiatique de mon mari et pour sa traduction signifiant « paradis ».

            Un couple est entré, nos premiers clients ! Madame était enceinte jusqu’aux oreilles. Elle a lancé à son « homme » ; « Vas-y. Choisis, toi ! Je m’inscris.». Tout naturellement, mon client « number one » s’est faufilé derrière le rideau et est revenu, sourire aux lèvres, avec quatre boîtiers qu’il m’a remis, réduisant à néant mon secret espoir que nos nouveautés étaient notre plus grande force.

            C’était parfois drôle lorsque deux messieurs (car ce sont généralement des hommes) se retrouvaient dans mon réduit. Certains attendaient patiemment que l’autre ressortait, priant qu’il ne prenne pas les meilleurs films ! Depuis, nous avons agrandi le magasin et une pièce est réservée à ces films un peu particuliers qui conservent leur public.

            Les DVD sont apparus et nous avons commencé à en offrir à la location dès 2000, laissant peu à peu nos cassettes prendre la poussière.

            A partir de 2006, nous avons commencé à ressentir une baisse d’activité. Nous perdions le  monopole, détrônés par le système de VOD (Vidéo On Demand) et surtout le téléchargement, illégal ou non, sur internet. Les vidéoclubs se sont peu à peu raréfiés. Nous avons dû élargir nos services en proposant d’effectuer des copies, d’envoyer des fax, de se ravitailler en tabac ou boissons.

            Un peu comme les cordonniers délaissés en raison de la baisse des prix des chaussures, les vidéoclubs risquent de disparaître. D’ici quelques années, plus personne ne dira : « Chérie, je sors pour aller louer un film ! Je te prends du popcorn ? ».

            Alors, lorsque vous passerez devant celui de votre quartier, s’il existe encore, pensez à moi !

Accident

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            Je suis couchée, les bras en croix, sur cette table d’opération froide, le corps offert au chirurgien qui tourne autour de moi, comme un rapace autour de sa proie. Qui aurait cru que je retrouverais un jour dans cette situation ?

            Quand mon médecin de famille m’a joyeusement annoncé au téléphone : « Félicitations ! », j’eus l’impression que le ciel me tombait sur la tête. Mon mari était joyeux que la famille s’agrandisse d’un quatrième marmot. Moi, je ne pouvais pas concevoir que mon stérilet, à qui j’étais fidèle depuis cinq ans, m’ait fait un enfant dans le dos !

            Rendez-vous chez le gynéco en express. Il me rassura à moitié : le stérilet n’était pas fiable à cent pour cent (et c’est à ce moment-là qu’il me l’avoua !). Les « accidents » n’étaient  pas rares ! Mais il se pouvait que ce fut un « œuf blanc ». Je pris cette hypothèse pour argent comptant car c’était la seule qui me plaisait.

            Dans la salle d’attente du gynéco chirurgien, je cogitai, me voyant accoucher d’un enfant avec mon stérilet en guise de piercing. J’eus droit au même examen avec une mini-caméra capotée qui partit en exploration dans mon utérus. On me montra le mini-œuf. Le tout fut alors de savoir s’il y avait de la vie à l’intérieur. Le médecin était dubitatif car il lui sembla percevoir de petits tressaillements. Un cœur ? Non, c’était les battements du mien qui ébranlaient tout mon corps. On convint de se revoir le lendemain pour faire un peu de ménage et me permettre de reprendre une vie normale.

            Je frissonne lorsque l’anesthésiste s’approche de moi. Je le trouve plutôt mignon. Il branche une seringue sur le tuyau qui est planté dans mon bras et me souhaite « Bonne nuit ». Avant de sombrer dans l’inconscience, j’ai une dernière pensée : « Putain de stérilet ! ».

Mon érotisme

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            Je remarque que l’écriture de récits érotiques prend de l’essor, notamment en raison du succès retentissant de « Cinquante nuances de Grey ». J’en ai vu passer les divers tomes dans les mains de mes collègues férues de lecture. Les commentaires sont contrastés entre « j’adore ! » et « c’est nul, j’ai pas accroché ! ». J’avoue qu’il ne s’agit pas du type de lecture qui m’attire. Afin de rester tendance, je vais tenter ici de me lancer dans mon premier texte érotique. Chers lecteurs, je vous prierais d’être indulgents.

            Nous sommes vendredi soir. Je suis tournée vers l’extérieur du lit, au bord du matelas et de l’endormissement, quand je sens sa main commencer de lentes caresses sur mes hanches saillantes. Cette douce intrusion éveille mes sens. J’attends un peu et feins un profond sommeil. Puis mes quelques mouvements lui indiquent qu’il est parvenu à me tirer des bras de Morphée, plus faibles que les siens. Je me retourne vers lui. Il fait très sombre dans la pièce et je ne peux distinguer son visage dont je connais les moindres traits. J’ai eu le temps de les étudier car nous sommes mariés depuis dix-sept ans. Ses mains repèrent à tâtons  les parties de mon corps, avant de choisir ma poitrine, de la taille d’une adolescente anorexique, comme lieu de villégiature. Ses caresses se transforment peu à peu en massages. Sa bouche tente quelques succions et mes mamelons se souviennent de l’allaitement de nos trois enfants. Ah, ils en ont bien profité, les bougres ! La petite dernière a reçu sa tétée quotidienne jusque trois ans.

            Se faisant plus musclé, il me tire et je me love contre lui pour une étreinte puissante. Son souffle chaud résonne dans mon oreille gauche. Nous restons ainsi un moment. Nos cœurs battent à l’unisson quand sa bouche part en quête de la mienne. Elle trouve d’abord mon nez qui s’humidifie, telle la truffe du chien que nous n’avons plus. Son petit corps repose dans le jardin et ne doit plus être qu’un tas d’os.

            Commence alors la séance de baisers. Nos lèvres sont sportives, nos langues comme des épées se croisent, attaquent et se retirent. Nos mains deviennent baladeuses sur le corps de l’autre. Elles descendent peu à peu vers notre intimité, connue que de celui qui partage notre lit.

            Tout semble se mettre en place pour le final, l’apothéose. Je presse mon amant car j’entends de petits bruits dans la chambre voisine et craint l’apparition à travers le chambranle d’un enfant, pris d’insomnie ou de maux de tête, cherchant un réconfort. Il attrape deux oreillers et me les cale sous le bassin. Quelques petits chatouillements … la flèche est positionnée sur l’arc et s’apprête à tirer. C’est toujours à ce moment que je me remémore ma matinée. Je vérifie dans mes souvenirs avoir bien ingurgité ma pilule, afin de ne pas être mère pour la quatrième fois. Les va-et-vient de son bassin font grincer le lit conjugal qui a déjà connu de nombreuses réparations. Je calme ses ardeurs afin de ne pas éveiller plus que les soupçons de nos chères têtes brunes.

            Tout est fini. Comme après un feu d’artifices, on voit les dernières traces de fumée dans le ciel et on se dit que c’était beau mais que c’est finalement toujours le même. Je jouis à chaque fois de constater que je reste attirante pour l’homme que j’ai choisi.

 

 

  





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