Bonjour à tous,

Je me permets de vous proposer dans ces pages quelques unes de mes "productions". Il vous est loisible de les lire et de les commenter.

"Mini nouvelles" reprendra des textes courts sur des thèmes variés, une sorte de "pause-café" pour ceux qui aiment les lectures rapides.

Par facilité, je posterai le week-end et vous informerai ici des nouveautés.

Nouvelle publication du 17/09/2016 dans "Mini nouvelles" : "Vacances et plus si affinités"

Nouvelle publication du 10/06/2017 dans "Mini nouvelles, suite" : "Rite et mérite"

Nouvelle publication du 04/03/2017 dans "Tranches de vie" : "Débordée !"

Nouvelle publication du 21/01/2017 dans "Fable" : "Avent"

Nouvelle publication du 22/04/2017 dans "Réflexions" : "Et si..."

Nouvelle rubrique : "Belgicismes" : Lettre T (partie 6) (mise à jour le 31/05/2014)
 
Nouvelle page du 06/05/2017 : "Tout est permis"

Nouvelle page du 13/05/2017 : "Amour très net"

Nouvelle page du 27/05/2017 : "Le jardin"





Crée le 14/09/2013
Prénom : Delphine
Ville : Mouscron

Sites préférés :
Aucun site préféré

Échanger :
Ajouter à mes amis Ajouter à mes amis
Ajouter à mes préférés Ajouter à mes préférés
Envoyer un message Envoyer un message

Belle Maman

            Mélanie a été mariée trois ans à Gérard, quinze ans plus âgé qu’elle et possédant une belle situation. Si, pour lui, ce fut un coup de foudre, pour elle, ce fut uniquement une attirance financière malsaine. Sa belle-mère, Elisabeth était une femme au port de tête altier et au regard perçant, celui qui semble lire dans l’âme. Veuve d’un homme d’affaires qui avait réussi tout ce qu’il avait entrepris et qui succomba au lendemain du premier jour de sa retraite, elle n’avait qu’un fils. La dame avait prévenu la chair de sa chair qu’aucun sentiment sincère n’animait celle qu’il appelait « ma petite chérie ». Malgré de nombreuses mises en garde, ils se marièrent, sous le regard d’Elisabeth, cachant ses larmes derrière une voilette choisie délibérément de couleur sombre. Son cœur fragile ne tarda pas à se fatiguer à force de pleurer l’absence de son fils auprès d’elle, aveuglé par les affabulations de son épouse, pour finalement s’arrêter par une nuit glacée de novembre.

            Gérard, effondré par le chagrin, fut étonnamment soutenu par Mélanie. Celle-ci insista afin qu’ils quittent rapidement le petit loft qu’ils occupaient depuis leur union afin d’intégrer la villa maternelle fraîchement héritée. Peu à peu, elle trouva que son mari devenait agaçant, gênant, inutile même depuis qu’il lui avait payé ses implants mammaires et une Ferrari bleue, après moultes suppliques. Ses petites attentions, ses caresses lui paraissaient lourdes et déplacées. Elle n’avait qu’une envie : pouvoir rester seule dans cette belle villa à la décoration provenant des plus belles galeries d’art de Paris.

Mélanie essaya de le tenter en envoyant une callgirl le harceler afin qu’il craque et qu’un détective privé prenne un cliché compromettant. Mais en vain car il se révéla un mari modèle et éperdument amoureux. Elle trouva ensuite le stratagème idéal. Au retour d’une soirée entre amis, assez arrosée, Gérard s’était affalé sur le canapé. Mélanie se mutila. Elle se présenta ensuite au bureau de police le plus proche, arborant ostensiblement ecchymoses et lèvre boursoufflée, pour déposer une plainte pour violences conjugales.

            Le pauvre Gérard, encore ensommeillé, fut embarqué, sans comprendre ce qui se passait. Il apprit alors que la parole d’une femme blessée, même si elle était erronée, était plus forte que la sienne. Très vite, Mélanie engagea la procédure de divorce avec un très bon avocat qu’elle motiva par un passage torride dans son lit. Le mari eut tous les torts et dû laisser la maison, la voiture de sport et une belle somme d’argent à son ex.

            Aujourd’hui, la jeune divorcée vient de signer tous les documents chez le notaire. Elle est enfin seule et tout lui appartient. La belle vie peut enfin commencer ! Elle enfile sa chemise de nuit en soie dans la salle de bain, avant de s’approcher du lit, anciennement conjugal, et s’y étendre. Mais ce dernier émet un craquement sinistre avant de s’affaisser brutalement. Le sommier a cédé d’un côté et le matelas est maintenant bancal. Personne pour réparer à cette heure tardive, tant pis, elle se rend dans le salon. Le canapé est confortable et lui offrira une couche correcte. Elle s’allonge, pose sa couverture sur ses jambes lorsque les dossiers en cuir se mettent à basculer sur elle. Elle les repositionne à plusieurs reprises mais ils s’obstinent à glisser, l’empêchant de dormir sereinement. C’est comme si une main invisible s’amusait à les pousser.

            Le lendemain, les yeux encore mi-clos, elle se rend dans la salle de bain pour profiter d’une bonne douche. Mélanie laisse couler l’eau tiède sur son corps courbaturé quand soudain, le liquide devient brûlant. Elle crie et éteint aussitôt le robinet. Mais, fermé trop brutalement, ce dernier lui reste dans les mains. La jeune femme saute hors de la douche et part fermer l’arrivée d’eau. Toute mouillée, elle remarque que sa peau commence à rougir et quelques cloches apparaissent, douloureuses, sur son ventre et sa poitrine refaite. La crème ad hoc apaise un peu les brûlures.

            Aujourd’hui, elle voudrait porter une jupe car il fait beau temps. Mélanie s’empare de son rasoir électrique. Celui-ci n’apporte pas l’efficacité espérée. En appuyant de façon plus énergique, les poils disparaissent enfin jusqu’à ce que des picotements se manifestent et que, non seulement sa pilosité, mais aussi la couche supérieure de sa peau ne soit arrachée. Un petit filet de sang perle le long de son tibia. Un pansement et on oublie la jupe. Ce sera pantalon obligatoire finalement.

            Mélanie descend dans la cuisine pour se préparer un bon café afin de se remettre de toutes ces émotions. Elle prépare la cafetière avec deux bonnes cuillerées d’arabica moulu, directement importé de Cuba. Tout en regardant la télévision, elle se beurre une biscotte. Le café est passé et elle s’en sert machinalement une tasse tout en regardant les dégâts causés par la dernière tempête dans le sud de la France. C’est drôle car celle-ci porte son prénom. Elle boit une grande gorgée qu’elle recrache aussi sec dans l’évier. Le café est froid ! Elle qui comptait sur ça pour la réveiller. La tasse part faire un tour dans le micro-ondes où son contenu se met à bouillir. Comme l’adage dit « Café bouillu, café foutu », il n’y a plus qu’à jeter cet affreux breuvage pour lui préférer, avec dépit, une tasse de lait. Mais ce dernier ayant caillé dans le frigo, seule de l’eau assouvira un peu sa soif. Tant pis, elle ira faire les courses un peu plus tard car il pleut à verse maintenant.

            Mélanie décide donc de se détendre en lisant un bon bouquin. Elle pénètre dans la grande bibliothèque aux meubles en chêne massif, arborant des livres aux reliures dorées ou en cuir brodé et se dirige vers ses dernières acquisitions. Mais elle ne fait pas attention au tapis gondolé. Son pied butant sur le repli, sa tête part heurter le bord de la table en chêne. Un éclair semble lui traverser le cerveau lorsqu’elle porte la main sur le haut de son front ensanglanté. Quelques glaçons fourrés dans un sachet plastique sont posés sur la bosse qui est en train de se former.

« C’est un cauchemar ! Je vais me réveiller, ce n’est pas possible ! crie-t-elle afin d’extérioriser la rage qui monte en elle.

            Une sorte de petit rire sinistre semble résonner dans le couloir. Son cœur se serre dans sa poitrine. « Je deviens folle ! », se dit-elle.

La jeune femme lit la moitié de son livre pour se calmer. Il est près de onze heures et elle a l’idée de se préparer une bonne soupe. Les légumes mijotent doucement et répandent une bonne odeur dans toute la maisonnée. Mélanie prépare le mixer, le plonge dans la préparation et l’allume. L’appareil émet un drôle de bruit métallique puis des sifflements sans pour autant faire son office. La cuisinière le retire et constate qu’une des lames est légèrement de travers. Un légume un peu trop coriace l’aura sûrement endommagée. D’instinct, elle tente de la redresser mais la machine se remet brutalement en route. Mélanie pousse un cri étouffé en serrant son index droit dans la paume de sa main gauche. Elle presse fortement sa blessure, voyant qu’un morceau de son anatomie git désormais sur la table de travail.

            Pas le choix cette fois-ci, elle doit se résigner à se faire soigner. Elle monte dans la salle de bain afin d’attraper le premier essuie venu afin d’emballer sa main droite. Son regard tombe sur le miroir encore embué, situé au-dessus du lavabo, où un E majuscule est inscrit. Quelques secondes d’étonnement, puis Mélanie retourne dans la cuisine afin d’empoigner son sac à main. Juste à côté de la flaque de sang, SON sang, un autre E semble avoir été  tracé. Le cœur battant et le souffle court, la jeune femme sort de chez elle afin de se rendre chez son médecin, quelques portes plus haut.

            Lorsque le docteur voit l’état dans lequel sa patiente et voisine entre dans son cabinet, il s’étonne et demande :

« Gérard est-il revenu t’agresser ?

- Non, il est inoffensif. C’est une chiffe molle.

- Ah bon ? Ce n’est pas lui qui t’avait frappée l’autre soir ? »

            Mélanie reste coite, le regard fuyant, pendant toute la séance de soins. Elle tend finalement un billet avant de s’éclipser rapidement.

Devant la porte de son domicile, elle introduit la clé dans la serrure, qui lui résiste. Maladroitement, de sa main gauche, elle force  l’ouverture mais ne parvient qu’à se retrouver avec la clé brisée en deux. À ce moment, elle tourne la tête sur sa droite, vers l’immense fenêtre de façade et y voit la silhouette de la vieille Elisabeth la fixer derrière le gros rideau de velours. D’un doigt famélique, elle se met à écrire sur la vitre un mot en lettre de sang : « Voleuse ». Mélanie a la tête qui tourne. Est-ce son imaginaire qui lui joue des tours? Cette vision semble si … réelle.  Sombrerait-elle dans la folie ?

            Effrayée, elle s’enfuit, entre dans sa Ferrari bleue. Arrivée devant la porte du loft de Gérard, elle sonne. L’homme ouvre et est pris de stupeur à la vue de la jeune femme, méconnaissable, les yeux exorbités de terreur. Elle reste muette et lui tend un trousseau de clés dont une est brisée. En descendant l’escalier de l’immeuble, elle lance : « Ta mère ne m’a jamais aimée. » 

Image du site plumedecouscous



[ Ajouter un commentaire ajouter un commentaire ]       [ Aucun commentaire aucun commentaire pour le moment ]


Vous pouvez me joindre par mail  : shamballa63@yahoo. fr


Rejoignez la page Facebook de mon roman :

https://www.facebook.com/pages/Jambe-en-lair/336791866442428


N'hésitez pas à partager mon blog avec vos amis via Facebook, twitter ou autre en copiant le lien

www.yagoa.fr/plumedecouscous


Une petite vidéo pour me découvrir :




A bientôt !