Bonjour à tous,

Je me permets de vous proposer dans ces pages quelques unes de mes "productions". Il vous est loisible de les lire et de les commenter.

"Mini nouvelles" reprendra des textes courts sur des thèmes variés, une sorte de "pause-café" pour ceux qui aiment les lectures rapides.

Par facilité, je posterai le week-end et vous informerai ici des nouveautés.

Nouvelle publication du 17/09/2016 dans "Mini nouvelles" : "Vacances et plus si affinités"

Nouvelle publication du 10/06/2017 dans "Mini nouvelles, suite" : "Rite et mérite"

Nouvelle publication du 04/03/2017 dans "Tranches de vie" : "Débordée !"

Nouvelle publication du 21/01/2017 dans "Fable" : "Avent"

Nouvelle publication du 22/04/2017 dans "Réflexions" : "Et si..."

Nouvelle rubrique : "Belgicismes" : Lettre T (partie 6) (mise à jour le 31/05/2014)
 
Nouvelle page du 06/05/2017 : "Tout est permis"

Nouvelle page du 13/05/2017 : "Amour très net"

Nouvelle page du 27/05/2017 : "Le jardin"





Crée le 14/09/2013
Prénom : Delphine
Ville : Mouscron

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Et si….

 
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Et si les dinosaures n’avaient pas disparu, y en aurait-il dans nos zoos ?

Et si nous parlions tous la même langue, nous comprendrions-nous mieux ?

Et si nous avions une longévité de plusieurs centaines d’années, serions-nous plus sages ?

Et si le pétrole n’avait pas existé, y aurait-il moins de pollution ?

Et s’il n’y avait aucune vanité en  nous, aurions-nous connu la guerre ?

Et si les premiers hommes n’avaient pas survécu, la terre serait-elle plus belle ?

Et notre nez était placé sous nos aisselles, certains se laveraient-ils plus souvent ?

Et si nous avions été dépourvus de jambes, y aurait-il eu autant de conquêtes ?

Et si la magie existait vraiment, Harry Potter aurait-il connu le même succès ?

Et si le nu était la règle, Chanel aurait-il malgré tout fait fortune ?

Et si nous pouvions effacer nos erreurs, serions-nous les mêmes personnes qu’aujourd’hui ?

 

Avec des si, certains mettent Paris en bouteille. Moi, je mettrais la violence en cage.

 

Retour de Babel

 
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            Dans la nuit du vingt-neuf au trente octobre 2016, il n’y a pas eu que le passage à l’heure d’hiver. Chaque être humain se mit à parler une langue différente, une langue propre, étrangère à toute autre sur Terre et compréhensible que par lui-même. Imaginez la panique ! Plus personne ne se comprenait. Avant, on pouvait dire que des gens ne s’entendaient plus car en fait ils ne prenaient plus la peine ou le temps de s’écouter ! Mais là, toute écoute devenait stérile et frustrante. Les relations virtuelles, tant appréciées pour leur facilité à y mettre fin d’un simple clic, devinrent impossibles.

            Sur les divers écrans, de toutes tailles, les messages des uns restaient du charabia pour les autres. Il n’était plus possible de partager des faits essentiels comme la consistance du dernier caca de bébé, du nombre de kilomètres parcourus autour du pâté de maison ou autre coup de gueule sur le tapage des voisins. Les écoles de vidèrent de leurs élèves, les professeurs devenus incapables de transmettre leur savoir. Chacun ressentit un vif sentiment de solitude, d’isolement et de frustration.

            Les gestes remplacèrent donc la parole. Les insultes devinrent des grognements et des cris. Les yeux, n’étant plus fixés sur les écrans, purent ainsi retrouver le besoin de croiser le regard des autres, pour se sentir exister.

            Des scientifiques, philosophes et autres théologiens se penchèrent sur l’origine de ce phénomène soudain et en cherchèrent la cause. Epreuve divine pour les uns, conséquence de la profusion des ondes en tous genres sur le cerveau pour les autres.

            Mais l’urgence était de rétablir un moyen de communication entre les hommes. Il fallait créer une nouvelle langue, cette fois universelle. Tâche ardue au possible sachant qu’il y avait désormais autant de langues que d’êtres humains.

            C’est alors que l’on ressortit l’œuvre du Docteur Zamenhof sur l’Esperanto, cette langue créée de toute pièce, sans difficulté orthographique ou grammaticale, sans origine. D’un grognement, tous marquèrent leur accord pour adopter ce langage commun.

            En quelques mois, les êtres humains retrouvèrent la joie de communiquer. La vie en société reprit son cours normal. La langue ne fut plus jamais une barrière. Cette crise qui éloigna les hommes pendant un temps finit par les rapprocher et les unir.

            Depuis l’espace, deux vénusiens dans leur soucoupe se tapèrent dans les quatre mains, heureux de leur petit effet sur leurs éternels cobayes.



Merveille !

 
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            Mes petits pensionnaires, ils en ont fait des yeux stupéfaits lorsqu’ils m’ont découverte. Ils n’avaient jamais imaginé que je pouvais être si magnifique. Mais pour cela, ils ont du prendre de la hauteur. Un avion n’y suffisait pas. Alors ils ont créé, fabriqué des machines qui se sont élancées dans le ciel et sont allées au-delà. Les premières images de moi étaient un peu floues et en noir et blanc. Alors ils ont envoyé l’un des leurs pour qu’il constate de visu, qu’il me contemple et s’émerveille. Il a pu partager ses émotions et revenir, les yeux plein d’étoiles de m’avoir observée dans mon intégralité.

            Les hommes pensaient être les seuls à créer l’extraordinaire, se plaisant à les qualifier de merveilles. À ce titre, ils ont construit des bâtisses colossales, des statues démesurées, des édifices à l’architecture audacieuse qui ont la plupart disparu au fil du temps. Il y en a bien sûr d’autres qui les ont remplacés. Ainsi, les hommes aiment se pâmer devant leur création, se flatter de créer l’impossible. Ils veulent susciter l’admiration de leurs semblables, que ceux-ci s’extasient et crient au génie !

Mais n’ont-ils pas oublié mes forêts denses et riches de vie, mes montagnes aux neiges éternelles, mes lacs parfois d’un bleu pur et ailleurs d’un vert profond, mes gorges profondes, mes grottes étroites, mes barrières de corail, mes plages de sable rose, mes cascades vertigineuses, mes geyser aux couleurs de l’arc-en-ciel, mes côtes sculptées par les marées, mes vallées encaissées, mes cavernes de glace, mes aurores boréales et bien plus encore ? Est-ce par jalousie qu’ils me détruisent à petit feu ? N’ont-ils envie de s’émerveiller que devant leurs propres créations ?

            Les êtres humains ont négligé le fait que, de toutes les merveilles, je suis la toute première, moi la Terre ! Mais tant que des étoiles brilleront dans leurs yeux en me contemplant, je conserve l’espoir d’être sauvée.

            



Orthographe ou ortografe ?

 
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            Notre orthographe ! Voilà un sujet qui donne matière à réflexion. Déjà, ce mot est-il masculin ou féminin ? Oui, j’avoue m’être posé la question. Monsieur Larousse m’annonce qu’il est féminin. Comme tout ce qui est féminin, c’est donc une notion sensible et fragile qui demande le respect mais qui ne l’obtient pas facilement. Madame Orthographe est une femme bafouée que l’on trompe avec des mots venus d’autres contrées. 

 

Monsieur Larousse, cousin du Petit Robert, nous apprend qu’il s’agit « d’un ensemble de règles et d'usages définis comme norme pour écrire les mots d'une langue donnée. » Des règles, comme toutes celles définies pas notre société, elles sont là pour être transgressées. Mais pour quelle raison ? Le goût de défier l’autorité, de marquer une certaine singularité, ou juste par facilité ou fainéantise ? Je pencherais plutôt pour la dernière option. Le langage type SMS est apparu avec les premiers GSM et le désir d’en dire un maximum avec un minimum de lettres, histoire de ne pas dépasser son forfait. Le pauvre Molière aurait vu sa facture exploser ! Et puis, peu à peu, les dictées de nos enfants se sont raréfiées, de même que leurs lectures. Les fautes d’orthographe se sont répandues comme une traînée de poudre, sont devenues presque banales.

 

En 1977, Christian Delacampagne disait : « Nous entrons dans l’époque où faire des fautes d’orthographe et fumer du haschisch seront considérés non seulement comme des déviances, mais comme des maladies. » L’avenir l’a fait mentir car les fautes d’orthographe n’horripilent plus assez les défenseurs de la langue française qui ont même fini par s’y conformer en préférant réformer les règles d’orthographe plutôt que de tenter de faire plier les indisciplinés. Ainsi, il fut décidé de jeter à la poubelle certains accents circonflexes sur les i et les u, des tirets ont disparu et d’autres sont apparus, des accents ont changé de sens et plus de huit cents mots ont été rectifiés. C’est une nouvelle révolution. En mille sept cent quatre-vingt-neuf, on coupait des têtes, en deux mille seize, on a coupé des mots. La légalisation du cannabis est donc pour bientôt…

 

            En tant que modeste auteur, il est vrai que se relire est parfois lassant et chronophage mais l’amour et le respect de notre langue maternelle ne doivent-ils pas primer ? Ne fût-ce que par considération pour ceux qui vont nous lire. Faire la lecture d’un texte empli de fautes peut s’avérer aussi douloureux que s’asseoir sur une pelote d’épingles ou marcher sur des braises fumantes. Pensez à l’employeur face à une lettre de motivation, à l’abonné d’un quotidien, au professeur devant les copies de ses élèves. Leur donnez-vous envie d’aller au bout de votre production s’ils se heurtent à dix fautes, voire plus, par ligne ?

 

            Notre langue française est si riche, porteuse de toute une histoire. Elle nous permet de partager tant de choses. Je suis personnellement très friande des jeux de mots qui entre-autres ont été magnifiés par Raymond Devos, Francis Blanche et Pierre Dac, Pierre Desproges, Coluche et plus récemment par Bruno Coppens, Philippe Geluck et tant d’autres. J’ai découvert notamment les citations d’Auguste Derrière. Je ne peux m’empêcher de vous en citer quelques unes :

 

On ne dit pas le porc s’indigne mais le pâté tique.

Ne dites pas Pakistan mais saut en longueur.

C’est en sciant la Joconde que Léonard devint scie.

Si tu veux emballer en boîte, préfère un bon copain à un salami.

Les rieurs avec moi, les pas rieurs au tiercé.

Si les tôles ondulées, les vaches aussi.

Mieux vaut poser un lapin que chier un lièvre.

La promise cuitée gâche le mariage.

Ne pas confondre la Patagonie avec une nouille mourante.

Avoir le compas dans l’œil, ça fait mal.

Celui qui arrive à dormir sur ses deux oreilles est bizarrement foutu.

Quand le schizophrène, ça ralentit.

On ne dit pas verre solitaire mais monocle.

On ne dit pas Amadeus est ici mais Mozzarella.

Quand la raie manta, son nez s’allongit.

Si le rhume a un nez qui coule, le capitaine a un équipage.

 

Encore plus à découvrir ici :

 

http://www.augustederriere.com/

 

            En définitive, chers amis, je vous exhorte à aimer notre jolie langue, à la respecter, à vous plier à ses règles, si strictes soient-elles. Je sais par expérience que la faute est si facile à commettre, par inadvertance. Mais de bonnes âmes sont souvent là pour nous susurrer à l’oreille notre erreur. Chaque jour, des milliers de verbes sont victimes de violences conjugales. Ne les oublions pas ! * Si l’on créait une taxe sur les fautes de français sur internet, la dette serait remboursée en trois mois. *

 

            Pour conclure, je reprendrai la citation d’Emile-Auguste Chartier, dit Alain, en 1969 : « L’orthographe est de respect ; c’est une sorte de politesse. »

 

* Merci Google



Mon ennemi

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            Mon ennemi est le temps qui passe ; il me vole ma jeunesse, de l'argent, la candeur de mes enfants, la lucidité de mes parents.

 

            Depuis que je suis adulte, je tente de le contrer, d'être plus forte que lui. Mes armes sont des crèmes de jour, de nuit, des antirides alliés aux injections de Botox. Et lorsque ses traces marquent trop ma chair, c'est le bistouri qui se charge de remettre tout à sa place initiale. La peau qui pend, les rides du lion, les pattes d’oie n’ont pas droit de cité sur mon corps.

 

            « Le temps, c’est de l’argent ». On ne peut empêcher les factures de tomber chaque mois qui défile. Mais mon argent est investi à long terme dans des placements sûrs et rentables, ainsi le temps est obligé de jouer dans mon camp, en ma faveur. J'achète du bon vin et mon ennemi se charge de le bonifier afin de m'offrir un régal pour le palais. Je m’en fais un allié de choix.

 

            « Il faut laisser le temps au temps », c’est comme donner de l’argent à un milliardaire, de la sagesse au Dalaï Lama, verser de l’eau dans l’océan. Non ! Ne lui laissons pas l’opportunité de nous exterminer un à un sans avoir pu nous battre. C’est un peu le combat de David contre Goliath mais le petit ne gagne-t-il pas finalement ?

           

On me dit parfois de prendre mon temps, mais celui-ci reste du genre insaisissable. Il reste bien une des rares choses que l’on ne peut se procurer, même avec tout l’or du monde. Certains ont bien rêvé de créer une machine qui permettrait de dompter le temps, de le remonter voire même de le devancer. Mais ces idées ne sont restées que jolis songes pour scientifiques allumés ou scénaristes imaginatifs.

 

            Nos montres et nos horloges nous rappellent inlassablement son omniprésence, son omnipotence, son ubiquité et sa toute puissance dans nos misérables vies. Il se gausse de nos retards, de notre ennui face à sa lenteur, il jouit de nos douleurs.

 

Je ne peux empêcher mes enfants de grandir, de perdre leur innocence qui m’amusait tant et de devenir parents à leur tour. Quel plaisir de partager des moments de jeux et de joie sans la contrainte de la parentalité et de l'autorité obligatoire. J'ai développé une grande complicité avec mes petits-enfants.

 

            Mes parents vieillissent et ont de plus en plus besoin de moi. Je me dois d'être à leurs côtés, à les veiller comme des gosses, à prendre des décisions à leur place. De statut d'enfant, me voici parent de mes propres parents ! Les tensions et les rancœurs du passé s'effacent de nos esprits pour ne garder que le présent. "Ô temps suspends ton vol !" clamait le poète. Comme j'aimerais que mon cri de rage se mêle au sien. Ne reste que le quotidien, l'essentiel, l'ici et maintenant. Je tente de partager au maximum des petits moments de joie lors d'une balade, d'un repas, d'un jeu de cartes. Des instants presque volés, avant les derniers car le temps, sournois, perfide, criminel, finit par reprendre la main et me les enlever.

 

            Mes petits-enfants sont, à leur tour, devenus adultes et n'écoutent plus mes histoires d'antan, celles du "bon vieux temps". Peu à peu mes capacités diminuent et même les médicaments ne peuvent arrêter le processus inéluctable de la déchéance. Le temps gagne du terrain et me dérobe chaque jour une parcelle de vie jusqu'à ce que mes forces m'abandonnent. Il vole, tue, alors je dois le tuer à mon tour.

 

            C'est ainsi que j'ai finalement vaincu le temps en devenant un souvenir immortel, un visage gravé sur une stèle en marbre sur une concession payée pour l'éternité.

 



Demain, j’arrête !

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            Lorsqu’on est fumeur, on a droit à la pause de dix heures et de quinze heures. Une belle occasion de prendre un peu d’air frais, loin de celui, vicié, du bureau avec le mélange de l’odeur de transpiration de la vétérante du service et celle des bâtons d’encens de l’hippie. C’est un bon moyen aussi de fuir les téléphones affolés, en dehors de la pause pipi qui est plus universelle.

            Il y a toute une part de convivialité dans ce petit tube empli de tabac lorsque l’un demande à l’autre « T’en veux une ? ». Ou encore quand un parfait inconnu aborde une femme en demandant « Vous avez du feu, Mademoiselle ? » tout en tentant d’allumer une flamme dans son regard de braise avec le désir de la séduire ou de la « pécho », selon l’âge des protagonistes.

            Certains hommes se plaisent à comparer les femmes aux cigarettes : les brunes, les blondes, les légères, les parfumées. Le problème est alors qu’ils les jettent de la même façon que leur mégot, après en avoir retiré l’essence.

            On surprend les adolescents avec leurs premiers mégots, piqués dans le paquet paternel et qu’ils tiennent fermement entre le pouce et l’index en s’évertuant à tirer un maximum, histoire de perdre le moins possible de ce petit bout de vie d’adulte. Quelques toussotements, des regards jetés aux alentours et l’opération recommence aussitôt. En quelques inspirations vigoureuses, l’objet du délit a disparu, laissant juste un filtre bruni, des doigts nicotinés, un premier voile de goudron dans les poumons et une légère nausée pour prouver à leurs congénères leur maturité.

            Dans les hautes sphères, ne voit-on pas souvent le patron avec un gros cigare cubain à la main, signe d’une aisance financière ? Celui-ci sera souvent associé à un verre de scotch de grande origine. En effet, le tabac représente un budget mensuel qui part littéralement en fumée.

            Le porte-cigarette a été inventé pour que les femmes puissent fumer avec style et surtout sans risquer de se jaunir les doigts. Il confère une certaine élégance à celle qui le tient délicatement entre ses doigts fins aux ongles manucurés. Celle-ci ne manquera pas de prendre une posture lascive pour aguicher l’œil masculin. Elle veillera aussi à expirer d’une façon discrète afin de ne pas briser son image de femme raffinée et classieuse.

            On a la cigarette « refuge », celle roulée aux doigts ou à la machine et dans laquelle il est loisible d’y ajouter un peu de « poudre de rêve » qui offre une échappatoire au quotidien maussade. La petite roulée de l’ouvrier, couvreur ou fumiste, lui apporte un peu de chaleur et celle du camionneur lui rappelle le foyer qui l’attend à son retour.

            Et que dire de cette nouveauté appelée « cigarette électronique » ? N’apporte-t-elle pas un aspect « tendance » ? Celui qui tapote sur l’écran de son smartphone n’est-il pas plus en phase avec son temps, en vapotant, ce petit bout de technologie au coin des lèvres ?

            Une image me revient : celle de mon arrière-grand-père ridé, fumant sa pipe dans son fauteuil râpé. Cet artifice lui conférait un air de sage ancestral. Maintenant, rien que l’odeur du « Broutteux » se consumant me ramène dans ma prime enfance.

            Le jambon et le saumon ne se voient-ils pas tous deux le goût exhalé par un bon fumage ? Qu’en est-il de la chair d’un fumeur invétéré ? Seul un cannibale pourrait nous éclairer.

            Le tabac fut associé à la notion de pacte. Ainsi, le calumet de la Paix représentait l’équivalent d’une signature au bas d’un traité. Ce partage symbolisait un apaisement des âmes après la tourmente, avec l’espoir que les engagements des protagonistes de s’évanouissent en fumée. Il est à noter que, dans l’Histoire, aucun chef indien n’a refusé de tirer sur le tuyau symbolique sous prétexte d’un sevrage tabagique.

            Comment résister à l’appel de ces feuilles brunes, longtemps associées à des icônes du cinéma ou de la chanson ? Ainsi, Gainsbourg, toujours attaché à sa Gauloise nous chantait « Dieu est un fumeur de Havane ». Et Sherlock Holmes aurait-il l’air aussi sûr de lui sans sa pipe ?

            Le condamné à mort se verra toujours proposer une dernière cigarette comme dernier plaisir terrestre, celui d’en griller une avant de l’être lui-même.

            Même si on a  tenté de chasser la fumée des cafés, des restaurants et lieux publics, le tabac n’en est pas pour autant délaissé. Les véritables fumeurs vous vanteront la parfaite association d’un bon verre d’alcool ou d’une tasse de café avec le goût du tabac qui vous inonde les papilles et les poumons. Notre société a bien tenté d’utiliser des images affreuses évoquant la mort, la maladie, la stérilité en les collant sur les paquets, qui ne s’en sont pas moins vendus. Vaste fumisterie ! La cigarette ramène le fumeur au plaisir primaire de l’oralité qu’une sucette ou un chewing-gum ne pourra jamais aussi bien assouvir.

            C’est pourquoi, je vous le déclare haut et fort, demain j’arrête d’être non-fumeur !

 

 

 

P.S. : Ceci n’est qu’une fiction. Je n’encourage personne à passer du côté obscur de la fumée. Je m’en voudrais d’avoir votre cancer sur la conscience.



Liberté ?

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Charlotte arrive à la caisse du supermarché. Elle vient de faire ses emplettes pour le mois. Le tapis roulant n’est pas assez grand pour recevoir tout le contenu de son caddy. Elle voit la caissière soupirer profondément car les articles déjà scannés s’accumulent en bout de caisse. Charlotte se dépêche de le vider pour aller le remplir quelques mètres plus loin. L’hôtesse de caisse en profite pour accélérer le rythme en lançant un petit regard moqueur à la cliente en difficulté. Puis arrive le dernier article : un lot de petites cuillères en solde. Mais celui-ci ne porte pas le précieux code barre, au grand désarroi de la caissière qui interroge Charlotte :

« ll n’y a pas le code barre. Vous les prenez ?

– Euh, oui. Elles étaient à 2 euros 99 ou 3 euros 99, je ne sais plus.

– Cela ne m’aide pas beaucoup. Vous les voulez vraiment ? »

                Charlotte hésite avant de confirmer son désir d’acheter ces satanées cuillères, coûte que coûte, car elle a des invités ce soir et un nombre insuffisant de cuillères pour le dessert. La caissière souffle ostensiblement avant de lancer un appel au micro. Une collègue vient s’enquérir du problème et repart en rayon avec l’article. L’employée de caisse s’impatiente, tape du pied sous sa chaise, lance un regard exaspéré à la cliente, comme si elle était la pire chieuse du monde. Elle n’en peut rien s’il n’y a pas de code sur ces fichues cuillères. Charlotte a envie de lui crier son indignation face à son comportement à son égard, de lui demander pourquoi elle est si désagréable mais sa timidité la pousse à rester muette. Elle se sent brimée. Sa liberté d’expression devra se taire, à nouveau, lui provoquant une nouvelle poussée d’eczéma. Elle devra en parler à son psy lors de son prochain rendez-vous.

 

Charles est au restaurant avec Agnès. Il a réservé cette table il y a de nombreuses semaines car l’établissement a un succès fou. Il lui a aussi fallu économiser pendant quelques mois pour pouvoir honorer la note. Il se retrouve face à sa chérie et lit la carte. Chacun choisit soigneusement son plat. Il jette son dévolu sur une bouteille de vin au prix exorbitant, une fois n’est pas coutume. Derrière lui le maître d’hôtel installe un homme corpulent au visage bouffi, arborant un costume de grande marque. Ce dernier raconte des blagues salaces et parle si fort de son dernier voyage en jet privé que Charles n’entend plus Agnès lui raconter sa soirée avec sa meilleure amie Brigitte. Au milieu du repas, Charles porte le verre de vin à ses lèvres lorsque son voisin peu délicat recule violemment sa chaise, provoquant un soubresaut dans le corps du jeune homme qui se retrouve avec le précieux liquide dans les narines et sur la chemise au lieu de son gosier. Aucune excuse n’est présentée. Charles fulmine intérieurement. Il a une grande envie d’exprimer sa colère face à la désinvolture et l’impolitesse de cet homme. Mais c’est ici un milieu huppé et ses haussements de voix seraient mal vus, autant par les autres clients que par Agnès, d’autant plus qu’il ne se sent pas tout à fait dans ce milieu haut de gamme avec tous ces gens friqués, bien loin des soucis financiers. Il sait que s’il commence à livrer ses griefs, il ne pourra s’arrêter. Finalement, sa liberté d’expression sera muselée par la nécessité de respecter la bienséance et son sentiment d’infériorité.

 

                Karl est travailleur social. Son téléphone sonne pour au moins la trentième fois de la matinée. Il reconnaît le numéro qui s’affiche sur le cadran. Il pousse un léger soupir avant de prendre le combiné. Voici le cinquième appel de Madame D., une femme spécialiste en plaintes de tous poils, pleurs sur commande et demandes farfelues. Elle commence par ressasser ses problèmes de santé, certes réels mais toujours présentés de façon dramatique, comme à chaque conversation. Puis viennent les complaintes sur son manque cruel d’argent… encore ! Karl sait très bien que ses sous filent dans des achats compulsifs effectués sur le net. Chaque fois, il doit écouter patiemment avant de proposer les sempiternelles mêmes solutions qu’elle dénigrera systématiquement. Il jette un œil à la pile de dossiers qui ne cesse de s’élever. Il aurait tant envie de couper court à cette conversation inutile en disant à cette femme qu’il ne lui répondra plus tant qu’elle n’aura pas consulté un psy, découpé sa carte de crédit et supprimé ses comptes sur les sites d’achat en ligne. Il voudrait aussi lui rappeler qu’il faut qu’elle le laisse travailler car de nombreuses personnes comptent sur lui. Comme il lui serait agréable de lui lancer que rien que le son de sa voix nasillarde et ses reniflements programmés lui filent des boutons ! Mais son professionnalisme limite sa liberté d’expression et l’empêche de livrer le fond de sa pensée.

 

                Carlos attend, assis sur le lit conjugal depuis presque une heure. Caroline lui a demandé de l’attendre à la sortie de la salle de bain pour découvrir la nouvelle robe qu’elle a achetée pour la soirée chez les Vanderbilt. Il commence à s’impatienter. Soudain, la porte s’ouvre et la jeune femme sort lentement en lançant un « Tada ! » triomphant ! Carlos reste sans voix. Son épouse est emballée dans une robe mi-longue de couleur vert émeraude. La taille n’a pas l’air de lui convenir car son corps arbore un franc aspect boudiné, sa poitrine compressée semble avoir envie de sauter hors du bustier trop serré. Caroline est très fière et parade devant son mari comme à une élection de miss locale. Celui-ci est embêté. Il ne peut décemment lui livrer son impression, au risque de la voir bouder toute la soirée et refuser ses avances ce soir. Il sait aussi qu’elle se remet peu à peu d’une profonde dépression suite à la mort de sa mère et la revoir sourire lui fait tant plaisir. Comme il souhaite l’encourager dans la bonne voie, il opte pour l’hypocrisie et se met à encenser cette robe avec un bagout digne d’un homme politique en campagne électorale, et ce, pour le plus grand plaisir de Madame. La liberté d’expression en prend à nouveau un grand coup mais ce soir, ils seront heureux, tous les deux !

 

                Voici donc des situations où la liberté d’expression a été muselée. Il en va ainsi dans la vie en société. Il est pourtant parfois si libérateur de crier un bon « M… ». Le tout est de savoir le faire au bon moment et sans risque de choquer autour de soi car notre liberté s’arrête là où commence celle des autres.

Bonnes résolutions

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         Ha ! Les bonnes résolutions de fin d’année que l’on se promet de tenir dès le début de l’année nouvelle qui pointe au bout du calendrier.

         En voici quelques unes parmi les plus courantes :

 

« J’arrête de fumer ! ».

C’est la résolution la plus classique du fumeur repenti ou angoissé par la maladie, de la femme qui vient d’apprendre qu’elle porte la vie ou compte le faire incessamment sous peu, sous réserve d’avoir sous la main un spécimen mâle consentant à la procréation. Mais pas si facile de s’y tenir. En effet, tout le monde sait que le tabac contient une substance « accrotisante », la nicotine. Même si la tête veut, il se peut que le corps se rebiffe et réclame sa dose à coups de palpitations, suées ou mauvaise humeur. Dans ce cas, ce sera l’entourage qui risque de mettre à mal cette résolution rapidement, lassé par  les prises de tête et engueulades de tous poils. Le ou la partenaire pourrait même être le premier ou la première à glisser une cigarette dans la main de sa moitié en crise.

Afin d’éviter la rechute, il y a bien les substituts, histoire de se sevrer en douceur, tels que les chewing-gums et autres patches. Pas facile pour les adeptes de la natation, contraints à porter leur patch sous le maillot afin de ne pas entendre des railleries du genre : « Tu as mis une rustine ? Dégonflé ! ». Non, ce n’est pas drôle !

Bref, chacun trouvera une motivation toute personnelle : un peu plus de souffle pour monter les cinq étages à pied quand l’ascenseur est en panne, se constituer une petite épargne pour enfin partir en vacances. Faites le calcul ! Un fumeur français fera même de plus amples économies que son homologue belge.

 

« Je fais régime ! »

Cette résolution est un peu plus spécifique aux femmes. En effet, après les excès des fêtes, quelques kilos superflus se sont installés en surplus de ceux présents habituellement. Nue, Madame se mire dans le miroir géant de la chambre conjugale et interpelle son cher et tendre.

« Dis, tu ne trouves pas que je suis grosse ? »

Attention, question piège Monsieur ! Si vous répondez par l’affirmative, vous aurez droit à l’excuse de la migraine tous les soirs pendant un mois. Et si vous niez tout en continuant à lire votre magazine sportif, elle saura que vous fuyez son regard qui lit en vous comme dans un livre ouvert et découvrira que vous lui mentez. Alors que répondre ? Nous sommes un peu comme le corbeau de la célèbre fable et apprécions un peu de flatterie. Alors un « Tu es parfaite ! » semble une belle parade.

La mise au régime fonctionnera quelques jours, le temps de retrouver le poids d’avant-fêtes. Puis, souvent on se lasse et on se laisse tenter car il est difficile de contrer les habitudes lorsque l’on reprend le train-train après les congés festifs. À ce moment-là, un peu toutes les excuses sont bonnes pour arrêter : « Je suis invitée au resto, j’ai déjà perdu deux kilos et il faut que je fête cela, je reprendrai mon régime la semaine prochaine » ou tout simplement « J’ai FAIM ! ».

 

« Je commence le sport ! »

Là, deux catégories se distinguent : celles qui investissent par l’achat de matériel, d’abonnement et celles qui démarrent mollo avec ce qu’elles possèdent déjà. Ces dernières pourront par exemple se mettre au vélo ou à la course à pied. Mais à la moindre intempérie, elles jettent souvent l’éponge, reportant le projet au début des beaux jours. Mais d’ici là, tout aura été oublié. Pour celles qui ont investi, la motivation est  un peu forte, histoire de ne pas perdre ses fonds. Elles rentabilisent l’abonnement à l’aquabiking  ou à la salle de sport, tout en tentant de trouver une amatrice qui rachètera ce passeport pour des douleurs diverses !

 

Après, il y a les résolutions liées au comportement telles que « Je vais être moins agressive, moins dépensière, je ne vais plus râler à tout bout de champ, je vais cesser de me laisser faire, etc. » Le problème qui se pose est exprimé dans l’adage : « Chassez le naturel, il revient au galop ! ». Notre caractère peut évoluer avec le temps mais pas se modifier comme par magie dans la nuit entre le 31 décembre et le 1er janvier !

 

Ensuite, restent les résolutions de désir, de souhait : « Je vais trouver l’amour, obtenir une augmentation de mon patron, partir un mois en vacances aux States ». Celles-ci sont conditionnées par des éléments extérieurs et donc difficilement contrôlables. Comment être sûr que le prince charmant viendra compter fleurette à votre porte pendant l’année à venir ? Votre patron est-il suffisamment satisfait de votre travail ? Vos moyens financiers sont-ils suffisants pour supporter les frais d’un tel voyage ? Finalement, il se peut que vous deviez vous contenter d’aller en vacances avec votre tante en Normandie grâce à votre salaire de misère qui n’a pas bougé d’un iota depuis deux ans !

 

Bref, qu’elles sont belles toutes ces résolutions ! Début d’année, renouveau, espoir d’une nouvelle vie, meilleure que celle de l’année qui se meurt sur le calendrier 2014.

L’important, c’est la continuité dans tout ce qui est le meilleur en nous et autour de nous : la présence et le soutien de parents et amis, une bonne santé, une sensation d’accomplissement personnel dans son travail, son statut de femme, mère, enfant. Voilà tout ce que je vous souhaite pour cette nouvelle année 2015 !



 



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