Bonjour à tous,

Je me permets de vous proposer dans ces pages quelques unes de mes "productions". Il vous est loisible de les lire et de les commenter.

"Mini nouvelles" reprendra des textes courts sur des thèmes variés, une sorte de "pause-café" pour ceux qui aiment les lectures rapides.

Par facilité, je posterai le week-end et vous informerai ici des nouveautés.

Nouvelle publication du 17/09/2016 dans "Mini nouvelles" : "Vacances et plus si affinités"

Nouvelle publication du 10/06/2017 dans "Mini nouvelles, suite" : "Rite et mérite"

Nouvelle publication du 04/03/2017 dans "Tranches de vie" : "Débordée !"

Nouvelle publication du 21/01/2017 dans "Fable" : "Avent"

Nouvelle publication du 22/04/2017 dans "Réflexions" : "Et si..."

Nouvelle rubrique : "Belgicismes" : Lettre T (partie 6) (mise à jour le 31/05/2014)
 
Nouvelle page du 06/05/2017 : "Tout est permis"

Nouvelle page du 13/05/2017 : "Amour très net"

Nouvelle page du 27/05/2017 : "Le jardin"





Crée le 14/09/2013
Prénom : Delphine
Ville : Mouscron

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Rite et mérite


Image du site plumedecouscous 


            Aujourd’hui, j’ai un entretien d’embauche à quinze heures trente. Il faut que je me prépare car c’est une situation stressante que je redoute toujours. Alors, je me suis fabriqué un petit rituel qui me rassure et me donne confiance en moi. Tout d’abord, je me confectionne un bon café bien fort afin de me dynamiser et me rendre réactive. Ensuite, je me mets en situation. Je rentre dans la peau de mon futur employeur et pose des questions auxquelles je réponds en changeant de siège pour le côté réaliste. Cela doit paraître assez cocasse vu de l’extérieur mais je fais cela avec un grand sérieux. Et en dernier lieu, je finalise par un passage aux toilettes pour vider au maximum ma vessie qui, avec le stress, semble rétrécir.

            Un coup de téléphone à quatorze heures trente m’annonce que mon entretien est avancé d’une demi-heure. Je n’ai pas le temps de pratiquer mon rituel ! Mon cerveau se met en mode panique. Je trie rapidement dans mon esprit entre l’urgence et le reste. Je me maquille, enfile mes chaussures, attrape mon sac et m’engouffre dans ma Twingo jaune. Une place de parking m’ouvre les bras. Un peu de chance dans ce monde de brutes.

            J’entre dans l’entreprise qui recherche une secrétaire et me présente à l’accueil. Une cinquantenaire m’amène dans une salle d’attente vide. Je m’assieds et pousse un profond soupir. Un coup d’œil rapide aux alentours m’indique la présence d’un distributeur de boissons. Faute de café fort, je prends une canette de coca, cela tiendra mon esprit en alerte. Je sens rapidement les effets de la caféine. Comme personne ne vient ni me tenir compagnie ni me chercher, j’en profite pour entamer mon « mono-dialogue ». Je me tortille sur ma chaise, une fois tournée vers la gauche, puis vers la droite pour simuler une conversation avec mon futur employeur.

– Alors, quel est votre parcours professionnel ?

– J’ai débuté ma carrière dans l’HORECA comme serveuse. Mais après la naissance de ma fille, j’ai préféré trouver des horaires de jour. J’ai suivi une formation auprès du Forem (ANPE pour les français) afin de devenir secrétaire de direction et me voici devant vous.

– Très bien (il faut toujours s’encourager) ! Quelles sont vos qualités et vos défauts ?

– Je suis organisée, ponctuelle, je m’adapte facilement au travail à accomplir et je suis sociable. Quant à mes défauts, je n’en ai pas ! (Non, franchement, ce n’est pas réaliste. On ne se vante pas de la sorte auprès d’un patron). Hé bien, je suis de nature vite stressée, parfois un peu timide. J’ai aussi tendance à avoir certains tocs de rangement. Mais cela me permet d’avoir un espace de travail toujours nickel !

            Je continue ainsi ma conversation fictive quelques minutes jusqu’à ce qu’une envie pressante se manifeste. Un panneau m’indique « TOILETTES VISITEURS ». Va-t-on venir me chercher dans la minute ? De toute façon, je ne peux plus attendre sinon je vais mouiller le joli parquet. Je suis l’indication et me précipite dans la première toilette libre. Une forte odeur m’agresse immédiatement : un mélange de bouse de vache et de lavande chimique. J’ai l’impression qu’une candidate avant moi a connu quelques soucis gastriques et s’est lâchée. La bombe déodorante lui a permis de camoufler son méfait. Je ne traîne pas dans cet environnement malsain.

            De retour dans la salle toujours vide, la même dame vient me chercher et je l’accompagne jusqu’à un bureau imposant derrière lequel une femme en tailleur de marque tapote sur son téléphone portable. Celle qui m’a guidée chuchote dans l’oreille de l’autre qui lui sourit avant de sortir. Elles me laissent plusieurs minutes seule. J’ai le temps de détailler la décoration plutôt chic de ce bureau offrant une magnifique vue sur le parc communal.

            La dame revient s’asseoir sur son siège en cuir. Elle a le regard amusé en me déclarant :

– Je vois que vous avez pris de l’avance sur notre entretien.

– Pardon ? On m’a dit de me présenter une demi-heure plus tôt.

– Oui, c’est parfait ! Je parlais de votre petite mise en scène dans la salle. Tout a été filmé et ma collaboratrice m’a montré les images.

            À ces mots, je deviens rouge comme une écrevisse sortie de l’eau bouillante.

– Je…

– Ne vous en faites pas. J’ai apprécié votre sens de la répartie et votre honnêteté. Vous semblez organisée, motivée et je vous sens dynamique !

            Merci Coca !

– Bon, vous commencez lundi. Venez à huit heures.

– Oh ! Un grand merci. Je n’aurai jamais connu un entretien d’embauche si rapide.

– Moi non plus ! Juste un conseil : ne forcez pas trop sur l’essence de lavande. Ça me fait trop penser au désodorisant des toilettes 


L’addiction s’il-vous-plaît

 
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            C’est décidé, demain j’arrête ! Je viens de tomber sur une émission télévisée qui m’a fait sérieusement réfléchir. Si je ne veux pas mourir d’un AVC ou d’une crise cardiaque, je dois rester ferme. Ce ne sera pas facile mais tout est question de volonté ! Si on veut, on peut, comme me le disait souvent mon grand-père.

            Nous sommes lundi matin, je bois mon café noir et tout de suite l’envie me prend. Ma main a ouvert le tiroir de la cuisine, comme une automate. Je les vois… j’en veux.  Non ! Je le referme d’un coup sec et pars au boulot. Le téléphone n’arrête pas de sonner, il y a de nombreux dossiers à traiter, pas de temps de cogiter. L’horloge affiche dix heures. Je suis mes collègues jusqu’à la salle de pause. Voyant que je n’ai rien amené, Michèle propose de partager. Je refuse poliment en reprenant d’un ton dramatique les arguments avancés dans l’émission d’hier.

– Oh, tu sais, ce genre de programme essaie toujours de nous faire peur. Si c’était mortel, on n’en vendrait plus. Tu ne risques rien si tu n’exagères pas. C’est ainsi pour tout. Même le sport !

– Pour le sport, ça ne risque pas chez moi ! Mais j’ai réfléchi : autant arrêter que de se dire que l’on se fait du mal. Et puis c’est un budget aussi. S’il faut se tourner vers des produits économiques mais mélangés à des cochonneries, c’est pire.

            Je suis si fière de moi ; j’ai résisté à la tentation. Pourtant, après le repas de midi, ça se complique. Mes synapses me crient « Vas-y ! On en veut ! Ne résiste pas. Tu nous as habituées à notre dose quotidienne. Ne nous en prive pas, ce serait cruel. » J’ai l’impression de me battre contre mon propre corps. De l’autre côté, mon esprit y ajoute son grain de sel et un horrible sentiment de frustration m’envahit. Je ronchonne toute l’après-midi. Michèle le remarque et me lance : «  Toi tu es déjà en manque ! ». Je l’ignore en silence.

            En effectuant mes courses, j’en vois à la caisse. C’est comme si je les entendais me crier « Achète-nous ! Fais-toi plaisir ! Ce n’est pas grave ! ». Quelle horreur ! Je deviens folle ? Je paie mes achats et me dirige vers la sortie en courant, attirant l’attention du vigile qui m’interpelle.

– Bonjour Madame, vous avez l’air très pressée.

– Oui, je… (je ne vais pas lui avouer que je fuis les cris de produits, il va appeler l’asile) je vais rater mon bus.

            Il insiste pour voir mon sac et mon ticket. Comme il n’y a rien à redire, il me laisse partir en me disant « Je suis très physionomiste, je vous aurai à l’œil si vous revenez ». Me voilà cataloguée criminelle potentielle alors que je tente juste de me désintoxiquer.

            Le lendemain, j’évite certaines rues avec leurs publicités aguicheuses affichées dans les vitrines des magasins, allongeant mon trajet de vingt minutes. Mes nuits deviennent courtes, émaillées de cauchemars de manque. Je vois l’objet de mon désir me poursuivre alors que je suis incapable de courir, faute de jambes, et qui finit par m’écraser et m’étouffer. Je me réveille en nage et essoufflée.

            Nous sommes vendredi soir et je fais le bilan de cette semaine : j’ai des cernes violacés, un teint terne et je viens de me disputer avec ma meilleure amie pour des broutilles. Il faut se rendre à l’évidence : je suis plus heureuse avec que sans. Je pénètre dans le supermarché sous le regard méfiant du vigile. Là, je fais littéralement le plein sans restriction. Avant de sortir, je lui ouvre mon sac en affichant un sourire jusqu’aux lèvres. J’ai presque envie de lui en proposer. Non, ce sera tout pour moi.

            Toute la soirée, je fais une orgie… de chocolat. C’est si délicieux ! Dès la première bouchée, mes synapses se mettent à danser la Macarena, mes papilles à chanter « O sole mio », un sentiment de bien-être me submerge. Je ne m’arrête que lorsque je suis au bord de la crise de foie. Que cela fait du bien ! Je ne suis finalement pas de celles qui peuvent s’en passer.

            Bon, ben il faut bien mourir de quelque chose alors autant se faire plaisir  avant ! Moi, je suis très chocolat, et vous ?

 



Demain, j’ai pas école


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            J’observe mon cartable, compagnon de travail, complice de bonbons et de billes cachés. Je savais que mes parents n’y mettaient jamais leur nez, confiants dans mon désir de toujours étudier à l’avance et de remettre mes devoirs à temps. Je ne leur ai jamais avoué avoir plusieurs fois recopié la feuille de mon ami Jean dans les toilettes. Et si j’avais un peu oublié le contrôle de maths, c’est sur la feuille de Pierre que je louchais lorsque Monsieur Pi, comme on l’appelait, me tournait le dos.

Demain j’ai pas école.

            Cette vilaine pneumonie m’a gardé loin du tableau noir poussiéreux pendant plusieurs semaines, des vacances forcées. Mais j’aurais pourtant préféré taper la balle pelée dans la cour de récré au lieu de garder le lit, au bord de l’asphyxie. Ce fut étrange de voir mes cours complétés par mes camarades : les pattes de mouches de Gaston alternant avec l’écriture très ronde de Paul. Difficile de se remettre en selle, il m’a fallu doubler cette année-là. Du coup, mon statut d’aîné de la classe me conféra une certaine aura de respect, d’autant plus que je mesurais une tête de plus que les autres. Un adolescent en puissance face à des enfants qui aspirent la puberté.

Demain j’ai pas école.

            J’ai usé mes fonds de culotte sur les bancs puis sur les chaises scolaires et mes coudes de chemise sur des pupitres puis des tables. Les années passant, mon intérêt grandit pour les matières que l’on m’inculquait. Et quel plaisir de pouvoir les choisir, les approfondir. J’ai côtoyé des passionnés qui m’ont transmis leur fougue.

Demain j’ai pas école.

            Et puis un jour il faut pouvoir transmettre son savoir, enseigner à d’autres. Là, j’ai pu constater qu’il existait plusieurs types d’élèves : ceux qui bossent et récoltent les fruits de leur travail, ceux qui dosent leurs efforts pour juste continuer leur chemin vers l’année suivante et ceux qui travaillent mais n’ont pas les capacités suffisantes et échouent. J’ai toujours eu beaucoup de peine de ne pouvoir apporter plus d’aide à ses derniers.

Demain j’ai pas école.

            D’abord en années, je finis par compter en décennies. Je rencontrai la génération créée par mes premiers élèves. D’un commun accord, je ne racontai jamais les bêtises perpétrées par leurs parents. Et pourtant je m’en souviens comme si c’était hier car ma mémoire est intacte. Chaque visage croisé dans mes classes est inscrit dans mes cellules grises. Je suis capable de ressortir le nom, le prénom et ceux des camarades de la personne croisée en rue ou au supermarché.

Demain j’ai pas école.

            Je viens de souffler mes bougies d’anniversaire. Il y a mes deux enfants et leurs petits, dont les yeux dévorent le gâteau avant qu’il soit découpé. Une absence me déchire chaque année à cette occasion, celle de mon épouse, emportée par une crise cardiaque. Je me suis réfugié dans le travail pour combler ce vide, ce manque. Comme cela ne suffisait plus, je me suis cherché une activité de loisirs. En fouillant sur le net (oui, je suis resté à la page !), j’ai découvert un groupe de passionnés d’écriture. Mes premiers textes étaient insipides et brouillons mais une bonne âme a pris le temps de me conseiller et me corriger. De relation virtuelle, nous sommes passés à une relation réelle. « Petitemimi32 » s’appelle en réalité Mireille et elle est venue illuminer ma vie. Je vois son sourire derrière la fumée des bougies éteintes.

Demain j’ai pas école.

            Ce matin, je ne prends pas mon indéfectible cartable car il y a un pot de départ, le mien. Quelques bulles bon marché, des chips et des olives, le discours du directeur qui salue mon investissement à toute épreuve et ma camaraderie. Je reçois en cadeau un bon d’achat dans une agence de voyage. C’est parfait ! J’ai promis à Mireille que nous irons ensemble trouver l’inspiration pour notre roman dans des contrées lointaines. Bon, trois cents euros c’est insuffisant mais c’est déjà un début. Des embrassades, des poignées de main vigoureuses et d’autres mollasses, quelques larmes et chacun reprend sa place. Mais la mienne n’est désormais plus ici.

Demain j’ai plus école, je suis un nouveau pensionné de l’enseignement. Finis seulement deux mois de vacances ! C’est à perpète pour moi ! 



Retour en enfance

 
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            J’avance, seule, sur cette allée de pavés rouges. La maison semble m’observer avec bienveillance de ses deux fenêtres blanches aux persiennes mi-closes. Nous sommes de vieilles connaissances. Je pénètre dans le couloir au miroir imposant. Une odeur particulière a toujours régné dans les lieux. Même les yeux fermés, je saurais où je suis, rien qu’en humant l’atmosphère.

            Mes pas me mènent à l’étage. Le seul changement qui a été opéré ici est un échange entre la chambre d’amis et le bureau. Je me souviens le samedi soir, je me couchais à l’envers dans mon lit afin de pouvoir regarder le programme de Disney sur la vieille télé en noir et blanc à l’image peu nette. Je regarde sous le lit : il ne serait plus possible que je m’y glisse pour une partie de cache-cache. Dans la chambre principale, je caresse l’oreiller de droite. Ma chère petite mamie, tu me manques tant ! Tu ne seras restée que quelques mois loin de ton mari chéri.

            Je descends et entre dans la cuisine. Là, ce sont des souvenirs de croque-monsieur, de pâtes bolognaise ou au jambon que mon papy mangeait avec de la cassonade. Même en reproduisant les recettes ancestrales, je n’ai jamais pu retrouver les mêmes saveurs. Je traverse le garage pour arriver sur la terrasse qui surplombe le jardin en pente. J’attendais chaque  hiver que la neige tombe afin de pouvoir sortir la luge aux patins rouillés. Pendant des heures, je me laissais glisser avec joie. Le tracé devenant damé, ma vitesse augmentait. Quelles sensations ! Difficile de pouvoir en profiter maintenant, la neige se fait trop rare depuis plusieurs années.

            Je sors du jardin pour pénétrer dans le petit bois qui jouxte la maison. Au détour d’un sentier, je tombe sur une petite fille semblant sortir tout droit des années quatre-vingt avec son pull flashy et son pantalon large. Nos regards se croisent et nos sourires éclatent :

 

– Lucie ! C’est bien toi ?

– Bien sûr ! Tu ne me reconnais pas ?

– Mais… je te croyais tout droit sortie de mon imagination.

– Oui et c’est toujours le cas.

– Mon amie imaginaire. On en a passé des heures à s’amuser.

–Tu te souviens des coccinelles ?

– Oui, on les traquait pour compter leurs points noirs. On en avait même trouvé une avec dix ! Un record absolu !

– Et nos parties de cache-cache à l’étage.

– Bien sûr ! Impossible maintenant de me glisser sous le lit ou dans une garde-robe.

– Et nos concours…

– … de corde à sauter ! Tu étais imbattable ! Comment se fait-il que je ne t’ai pas revue avant ? Je suis déjà revenue plusieurs fois dans ce bois.

– Ton état d’esprit est particulier aujourd’hui. Ton âme est tournée vers le passé.

– Oui, le décès de ma grand-mère m’a touchée et j’avais envie de faire un bond en arrière.

– Ta nostalgie m’a fait réapparaître.

– J’aime me remémorer mes souvenirs d’enfance. Ça rassure. Tu sais, ce n’est pas toujours facile d’être adulte ; les responsabilités, les obligations.

– Je ne connais pas. J’ai huit ans depuis toujours.

– Quelle chance, j’aimerais tant redevenir petite. J’ai l’impression d’avoir perdu mon âme d’enfant.

– L’âme d’enfant d’un adulte ne disparaît jamais. Juste, il l’oublie… Je serai toujours là !

            Lucie m’adresse un sourire lumineux avant de s’évaporer dans le feuillage des arbres. Un sentiment de profonde quiétude m’envahit. L’insouciance, voilà le propre de l’enfance que nous regrettons tous de perdre en grandissant.



Interrogatoire


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            L’inspecteur Ladendure s’apprêtait à entrer dans le local réservé aux interrogatoires. Ce Berger Allemand au beau museau sombre et à la queue touffue en avait vu des affaires glauques mais celle-là dépassait l’entendement. Il lapa un peu d’eau dans le bol situé près de la porte et entra. À l’intérieur se trouvait un chihuahua beige aux oreilles démesurées en comparaison avec sa taille ridicule. Mais l’inspecteur savait qu’il ne devait pas se laisser attendrir par l’allure trop mignonne de cette race car elle était réputée être assez dangereuse. L’animal était attaché par une chaîne aux gros anneaux d’acier, dont le poids lui faisait plier l’échine, lui donnant un air pitoyable. Sur le côté de la salle se trouvait un Yorkshire, l’interprète attaché à la police de Montpellier. Le berger allemand le salua d’un reniflement discret de son anus.

– Comment vas-tu Bryan ?

– Oh, magnifiquement bien ! Je reviens d’un voyage dans ma famille anglaise. On s’est régalé de croquettes de gélatine et de pâté à la menthe. Great !

– Et quelle langue parle notre suspect ?

– Un patois espagnol, pas facile à comprendre mais on va se débrouiller. 

            Le petit Yorkshire avait un accent anglais très prononcé qui faisait sourire toute la brigade, surtout Claude Wasisdasse, le Doberman. Mais il était respecté car il connaissait presque toutes les langues et était devenu indispensable en raison de l’immigration de nouvelles espèces. Ladendure commença son interrogatoire :

– Monsieur Jesus De Santos De la Vega Olé, vous êtes accusé d’avoir tué et dévoré votre maîtresse, Madame Patédelapin, avec la complicité de votre frère, Carlos. Nous avons trouvé sa dent sur pivot dans vos déjections et son alliance dans celles de votre frère.

            Le suspect commença son récit en Espagnol et Bryan traduisit au fur et à mesure.

– Monsieur l’inspecteur, mon frère et moi sommes innocents. Tout a commencé il y a deux semaines. Maimaine nous a demandé l’autorisation pour aller boire un café chez notre nouvelle voisine de palier, une certaine Clothilde.

– Qui est Maimaine ?

– Notre humain de compagnie. Elle s’appelait Germaine mais on trouvait son surnom plus mignon. Il lui si allait bien.

– Et que s’est-il passé ? Vous l’avez accompagnée ?

– Non, la Clothilde vivait chez une chatte. Je ne peux pas supporter ces horribles animaux ! Ils sont si pédants et imbus de leur personne que cela me hérisse les poils. Maimaine est rentrée en fin d’après-midi et s’est affalée dans le canapé. On n’y a pas prêté attention car il arrivait souvent qu’elle aille au café et en revienne pour faire la sieste. Nous, on la laisse tranquille, le temps qu’elle récupère. On lui a fait une papouille et nous sommes allés faire coucouche panier ce soir-là, après avoir fini les dernières croquettes de notre bol commun. Le lendemain matin, elle était toujours dans le canapé occupée de dormir. On commençait à avoir les crocs et on a commencé à la lécher pour qu’elle se réveille, puis à la mordiller, histoire de rappeler qui sont les maîtres des lieux, mais sans succès.

– Pourquoi n’avez-vous pas tenté d’appeler du secours ?

– Il n’y a pas de téléphone à la maison et la porte était fermée à clé. On a bien essayé d’aboyer pour attirer l’attention mais comme les voisins avaient l’habitude de nous entendre faire du ramdam tous les jours, ils ne se sont pas inquiétés.

– Voilà ce que c’est de toujours crier « Au loup ! ». Et après ?

– Carlos et moi devenions affamés. Nous avons fouillé les armoires et trouvé les dernières croquettes. Elle n’avait pas encore fait les courses malgré nos diverses protestations. Pas encore bien dressée la Maimaine ! On allait boire au robinet pour ne pas mourir de soif. Quand la boîte de croquettes fut vide, on est devenus fous de faim. Et cette odeur forte qui commençait à se dégager dans le salon. C’était assez agréable et cela attisait encore plus faim. À un moment, un coup de folie, on ne s’est plus contrôlés. Alors on a commencé à lui grignoter les mollets, puis on est remontés le long de ses jambes, ses bras, etc. Jusqu’à ce que l’humaine de ménage donne l’alerte car personne ne répondait à ses nombreux coups de sonnette. Lorsque les Saint Bernard pompiers ont défoncé la porte, Carlos et moi étions heureux d’être enfin libres. Mais très vite, on nous a emmenés ici et accusés de meurtre. Mais nous sommes blancs comme neige Monsieur l’Inspecteur. C’est juste notre instinct de survie. Elle était déjà morte quand on l’a dévorée. Et puis qui se préoccupe d’un humain de compagnie ? On en enterre plein dans les jardins sans que personne ne fasse d’autopsie.

– Bon, vous semblez sincères mais on va vous passer au détecteur de mensonges et briffer nos collègues de la brigade humaine pour aller interroger cette Clothilde. Ce ne sont pas des lumières mais ils devraient pouvoir la faire avouer. Si c’est la coupable, une petite euthanasie et c’est fini ! Quand à vous et votre frère, vous allez être hébergés à l’hôtel, le temps de nettoyer votre appartement. Vous pouvez passer à la SPH pour en choisir un autre.  

– Oh, merci Inspecteur !

– Dites, je me suis toujours demandé… ça a quel goût la viande humaine ? 




Réveillez-vous !

 
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            Deux silhouettes se faufilent dans un cimetière du nord de la France au milieu de la nuit. À la lumière de la pleine lune, la plus grande installe des bougies, formant un cercle autour d’elle. Elle dessine un pentacle et y inscrit de mystérieux symboles en son centre. Des incantations se mettent alors à résonner, lancinantes, invitant à la transe. L'ombre longiligne semble onduler au rythme de son chant guttural.

            Cette cérémonie dure depuis plus d’une heure lorsque du mouvement se crée au niveau des tombes. Les pierres sont poussées, des corps décharnés s’extraient, laborieusement, de leur tombeau. Une sorte d’armée d’un autre monde, composée d’êtres boitillants, se dirige vers celui qui les appelle. Lorsqu’ils sont tous face à lui, ils se figent et le silence reprend ses droits.

 

– Voilà, Monsieur. Ils sont prêts.

– Je vous remercie Désiré. Je pensais que vous n’étiez qu’un vieux fou mais vous êtes un grand sorcier. Vous avez mérité votre récompense.

 

            L'homme, veste de tweed et pantalon en velours, qui vient de s'exprimer, s’avance vers le groupe de revenants.

 

– Chers amis, je vous ai réveillés cette nuit car j’ai besoin de certains d’entre vous. Ceux qui ont travaillé dans le secteur textile peuvent-ils se mettre devant ?

 

            Une cinquantaine de corps putrides s'avancent en première ligne.

 

– Parfait ! Les autres, vous pouvez retourner vous coucher. Je suis désolé de vous avoir dérangés.

 

            Des grognements s’élèvent à l’arrière de la foule qui se réduit à ceux interpellés par l’homme.

 

– Comme vous ne le savez sûrement pas, l’industrie textile a repris depuis peu dans la région. Les Chinois ont perdu le marché et les entreprises de prêt-à-porter nous sollicitent à nouveau. Je ne parviens pas à trouver de la main-d’œuvre qualifiée car le métier s’est perdu. C’est pourquoi je fais appel à vous. J’ai besoin de votre savoir-faire pour former des jeunes dans mon usine de Roubaix. Un macchabée vêtu de rouge s’avance et prend la parole :

 

– On a travaillé toute notre vie et vous venez nous déranger. Laissez-nous reposer en paix !

– Vous étiez délégué syndical, vous ?

– Oui, comment avez-vous deviné ?

– Une intuition ! Mais vous avez déjà eu des décennies de repos. Ce ne serait que pour quelques semaines, ce n’est pas la mort !

– Vous ne pensez pas que vos apprentis vont s’enfuir en voyant nos gueules de déterrés ?

– Je vous paierai un petit relooking : fausses dents, perruques, vêtements et masques pour les cas désespérés. Puis aussi une bonne dose d’eau de Cologne. Ils n’y verront que du feu.

– Ne parlez pas de feu. Ceux qui l’ont connu ne sont plus parmi nous !

– Je comprends. Désolé.

– Et où logerons-nous ?

– Un bus viendra vous chercher ici le matin et vous redéposera chaque soir.

– Non ! Ces tombes sont trop inconfortables.

– Alors, je connais une morgue désaffectée. Cela vous rappellera des souvenirs.

– Et que gagnerons-nous ?

– Toute mon estime et la fierté du devoir accompli.

– On l'a accompli depuis longtemps, notre devoir !

– J'érigerai une plaque commémorative en votre honneur et je la placerai à l'entrée de mon usine.

– Un nouveau monument aux morts, quoi ! ça nous fait un bel os de jambe ! Bon, attendez, nous devons discuter.

 

            Le petit groupe d'ombres squelettiques se réunit dans un coin du cimetière. Quelques minutes suffisent pour qu'ils se mettent d'accord.

 

– La mort dans l’âme, nous acceptons votre proposition. Non, je plaisante…

– Je suis mort de rire. Qu’est-ce qui vous motive ?

– Ici, on s'ennuie. C'est long l'éternité, surtout vers la fin ! On commence quand ?

– Demain matin. Un bus viendra vous chercher à sept heures.

– On enfilera nos vêtements du dimanche. Même si c'est tous les jours dimanche pour nous !

 

            C'est ainsi que des ouvriers à l'allure dégingandée se sont mis à former des jeunes aux métiers du textile. Au début, ils étaient un peu rouillés mais, comme pour le vélo, une fois en selle, ils retrouvèrent vite leurs réflexes. Les apprentis furent un peu étonnés de l’aspect particulier de leurs maîtres d’apprentissage. On leur expliqua qu’ils venaient d’une maison de retraite qui ne prenait pas grand soin de ses résidents. Quelques semaines suffirent pour transmettre leur savoir et leur savoir-faire. Les morts purent alors reposer à nouveau dans leur tombe. Comme promis, le directeur fit graver une plaque avec comme inscription :

 

"La société Textirita remercie de tout cœur ses ouvriers qui ont consacré leur vie et une partie de leur mort à faire vivre et revivre l'industrie textile. Nous leur devons une reconnaissance plus qu’éternelle."

 

 



Froid sur la campagne

 
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            Pendant la campagne présidentielle française, un certain Jean-Luc Démengeon, défenseur de la veuve et de l’orphelin, fut a l’initiative d’un meeting sur « Pour ou contre le froid ». Chacun fut invité à venir défendre ses arguments et la parole fut donnée au grand nombre.

 

Ainsi témoignèrent des êtres de tous azimuts ;

Un bonhomme de neige emmitouflé dans un énorme sac isotherme :

– C’est une question de survie pour moi !

Un ours polaire :

– Sans banquise, je devrais me réfugier dans les forêts avec mon cousin brun. Les chasseurs vont de suite me repérer !

Un propriétaire de mine de sel :

– à qui vais-je vendre mon gros sel s’il n’y a plus de déneigeuses ?

Une femme souffrant du syndrome de Raynaud :

– Sans le froid, mes pieds et mes mains ne me feront plus mal. Ce serait une bénédiction.

Des exploitants de stations de ski :

– Plus de neige, plus de sports d’hiver et plus de rentrées d’argent pour nous.

Un groupe d’arbres caduques :

– Le froid nous signifie que nous pouvons nous reposer. Il est essentiel.

Des représentants d’animaux hibernants :

– Sans le froid, comment reconnaitrons-nous les saisons ? Nous ne saurons plus quand faire nos réserves ?

Des patrons de magasins de vêtements :

– Que ferons-nous des nos stocks de doudounes, bonnets, écharpes et autres gants ?

Un clochard se réjouit :

– Au moins, je sais que je ne pourrai plus mourir de froid.

À côté de lui, une femme pauvre s’exclame :

– Le budget que je ne devrai pas consacrer au chauffage me permettra de nourrir mes enfants.

Un revendeur de combustibles se plaint :

– Je n’ai plus qu’à mettre la clé sous la porte si plus personne ne me commande du mazout ou du charbon.

 

            Le candidat à la présidentielle conclut ainsi :

« Chers amis, je vous ai compris ! Si je suis élu, je ferai en sorte que l’hiver ne dure qu’un quart de l’année afin que chacun y trouve son compte. »

            Le politicien accéda au poste de chef de l’Etat et l’hiver qui suivit fut particulièrement rude et dura près de six mois. Evidemment, il avait déjà oublié toutes ses belles promesses et d’une pirouette verbale éluda la question.

            Moralité : « Ne croyez jamais celui qui prétend faire la pluie et le beau temps, surtout s’il est en campagne ! »

  



La galette des princes

 
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            Il était une fois, il y a très longtemps dans un pays oublié, un roi qui sentait la fin venir avec le sapin. Il s’inquiétait pour l’avenir de son royaume car ses fils étaient très différents l’un de l’autre. Le premier, prénommé Laurent, était extrêmement doux, posé, calme, sensible et parfois rêveur. Il adorait le contact avec les animaux et la nature. Le second s’appelait Philippe. D’un naturel très pragmatique, il était très matérialiste. Le dernier, Gabriel, était un prince toujours à l’écoute des gens. Il savait faire preuve d’empathie et trouver des solutions aux problèmes relationnels des sujets de son père.

 

            Le six janvier, le Roi invita ses fils à partager la traditionnelle galette des rois qu’il rebaptisa pour l’occasion « la galette des princes ». Il leur annonça que celui qui aurait la fève hériterait de son royaume à sa disparition. Les jeunes hommes furent étonnés de cette façon de procéder mais se plièrent à la volonté de leur paternel moribond. Le gâteau était divisé en trois parts égales. Un jeune palefrenier fut invité à se placer sous la table et désigna la part de chacun des frères. Les princes se ruèrent sur leur assiette, non pour s’empiffrer de pâte et de compote de pommes, mais pour chercher la fameuse fève, sésame pour une couronne, autre qu’en carton-pâte. Ils s’exclamèrent en chœur :

 

« C’est moi qui l’ai ! ».

 

            Ils se dévisagèrent puis se tournèrent vers leur père. Ce dernier leur déclara :

 

« Mes très chers enfants, ne sachant pas lequel d’entre vous règnerait le mieux, j’ai décidé de vous mettre tous sur le trône avec chacun des attributions particulières. Ainsi, Laurent, tu devras veiller sur l’agriculture, la flore et la faune, leur développement et leur protection. Philippe, toi je sais que tu prendras grand soin des infrastructures de transport, des immeubles, des biens et trésors du Royaume ainsi que des échanges avec l’extérieur. Gabriel, ton don pour l’écoute te permettra de gérer au mieux les relations humaines, assurer la sécurité et une bonne santé à mes sujets mais aussi soigner les liens avec les autres royaumes. Voilà mes enfants, je sais qu’ainsi tout sera bien géré et que le Royaume sera prospère ! Je peux désormais mourir en paix. »

 

            Ainsi, d’une histoire qui ne fut pas de la tarte, chacun reçut sa part du gâteau ! 



Une étoile s’éteint…

 
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            Mes yeux restent fixes, le regard vague. Je suis face au mur de ma salle à manger que j’ai orné de posters, photos et dessins de mon chanteur favori. La présentatrice radio vient d’annoncer le décès soudain et abrupt de mon idole. Comment peut-il me laisser ? Et le jour de la naissance du petit Jésus en plus ! Il était un peu comme lui : pur, plein de tendresse, dévoué aux autres. Et sa voix… si suave qu’elle me donne à chaque écoute des frissons. Lorsqu’il passait sur un registre plus sexy, il avait le don de réveiller ma libido.

            J’en ai vu des concerts ! Bon… la plupart en retransmission mais c’était comme si j’y étais ! Ses déhanchés, ses yeux si brillants, son corps parfait, sa barbe parfaitement taillée. Il en faisait rêver des minettes et des minets comme moi. Mais je suis persuadé d’être son plus grand fan. Mon cœur se serre, mes oreilles bourdonnent, mon cerveau peine à intégrer la nouvelle. Le monde vient de perdre un être d’exception. Comment combler ce vide ? Personne ne lui arrivait à la cheville ; il n’avait d’égal que les étoiles qui brillent dans le ciel d’été. Que vais-je devenir ? Je vivais au rythme des informations qui filtraient encore sur sa personne et de ses chansons. Dans quelques jours s’organiseront ses obsèques avec faste en présence de moultes vedettes de tous poils. La plupart afficheront leur mine des mauvais jours et quelques larmes couleront mais elles ne seront pas aussi chaudes que celles que je verserai en voyant son cercueil être extrait du corbillard.

            Ensuite, toutes les chaines diffuseront des rétrospectives sur sa vie. On verra peut-être ses derniers concerts. Rien que du déjà vu et déjà su ! Cela ne peut pas finir ainsi. Il faut le garder en vie, cultiver son souvenir en tant qu’artiste éternel et immortel. Qui mieux que moi pourrait lui rendre ce vibrant hommage ? C’est ça ! Je sais maintenant que je suis investi de cette mission. Le visage souriant sur le poster géant semble m’adresser un clin d’œil.

            Quatre à quatre, je monte dans la salle de bain. Une heure plus tard, je file dans ma chambre pour enfiler mon jean moulant et mon pull bleu un peu large dont je remonte légèrement les manches. D’un geste, j’allume la chaîne hi-fi qui se met à jouer « Jesus To A Child »*. Cette chanson était un signe ! Mes fausses Ray-Ban sur le nez et je pose devant le grand miroir. Avec ma barbe de deux jours et ma crinière domptée, je fais parfaitement illusion ! « Don’t Let The Sun Go Down On Me » que tu me susurrais à l’oreille. Et bien, je ne laisserai pas le soleil se coucher sur toi ! Le monde va apprendre à me connaître, moi, le nouveau Georges Michael. Appelez-moi désormais Georges Michel ! 




Du rouge pour du rouge

 
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Nous sommes le vingt-trois décembre de l’an mille huit cent quatre-vingt-sept en Touraine. C’est dans un lieu secret que le grand congrès des Pères Noël ouvre sa séance. Autour d’une immense table siègent des hommes minces et d’autres bedonnants en costumes verts, blancs, bleus, orange ou encore mauves. Certains portent la barbe longue, d’autres le bouc et quelques uns la simple moustache. Binocles ou lunettes, hotte ou grande besace, chacun y va de son propre style. Les sujets de conversation fusent : comment nourrir au mieux ses rennes, la juste rémunération des lutins, le passage dans les cheminées étroites, la fonte des neiges au Pôle Nord, etc.

 

Tout au long du congrès, les verres sont constamment remplis de Vouvray. Après quelques heures, le bout des nez et les oreilles rougissent, les propos deviennent incertains, des rires niais fusent de partout. Le délicieux breuvage coule dans les gosiers. La nuit avance et les convives commencent à ressentir le contrecoup de la biture ; les têtes tournent, les estomacs montrent des signes de rébellion et les toilettes deviennent un lieu très prisé.

 

            C’est dans cette ambiance chaotique qu’apparaît un homme à la longue barbe sombre. Il se présente :

 

– Bonjour chers Pères Noël ! Je m’appelle John Pemberton, je viens des Amériques. Cela fait un certain temps que je suis à votre recherche.

 

            Le moins malade d’entre eux s’approche de l’importun en titubant.

 

– Mais que faites-vous ici ? Ce lieu est  tenu secret.

– Sachez qu’un bon détective, comme celui que j’ai rançonné, est capable de dénicher n’importe quoi. Même un congrès aussi clandestin que le vôtre !

– Pourquoi venez-vous gâcher notre fête ?

– Je souhaite vous proposer une collaboration.

– Nous n’avons pas besoin de sponsor ou autre mentor. Notre entreprise tourne à plein régime, régime plutôt bien arrosé comme vous aurez remarqué…

– Je le sais et c’est ce qui m’intéresse.

– Vous constaterez que nous ne sommes pas en état de négocier quoi que ce soit. Revenez l’an prochain.

– Je vois que vous auriez bien besoin de ma boisson magique.

– Qu’a-t’elle de magique ? Y avez-vous mis de la bave de gobelin, des ongles de lutins ou des poils de rennes ? Je parie que vous êtes un charlatan !

– Non, rien que des ingrédients secrets qui ont le don de soulager. Sachez que je suis pharmacien de formation. Tenez, prenez et buvez-en tous…

 

            L’homme versa dans un verre une boisson gazeuse d’un brun très prononcé. Le Père Noël renifla le breuvage douteux avant de le boire cul-sec. Il éructa très fort, attendit quelques minutes et poussa un soupir de soulagement.

 

–  Vous avez raison John, votre boisson m’a remis les tripes à l’endroit. Ohé chers amis, venez boire la potion de l’homme d’Outre-Atlantique.

 

            Chaque Père Noël but de grandes gorgées. Les sourires revinrent orner les visages ridés. Finalement, l’un d’eux demanda à Monsieur Pemberton :

 

– Nous aurions bien besoin de votre médicament car, chaque année, nous tenons séance l’avant-veille de Noël et la distribution des cadeaux le lendemain est souvent laborieuse et douloureuse car nous ne pouvons résister aux délices de Touraine, de Bourgogne ou encore de Bordeaux.

– Voilà donc la raison de ma venue. Je vous propose de vous livrer le nombre nécessaire de bouteilles de mon produit et, en échange, vous devenez les représentants officiels de celui-ci.

 

            Les Pères Noël durent se concerter avant de prendre une décision. Après une longue discussion, ils déclarèrent au pharmacien :

 

– Nous acceptons votre offre. Qu’attendez-vous de nous précisément ?

 

– Que vous ressembliez à mes bouteilles !

 

            Ils regardèrent la bouteille du remède qui était bombée et dont l’étiquette arborait une belle couleur rouge vif avec des volutes blanches.

 

            Depuis lors, à l’approche des fêtes de fin d’année, la marque de soda, devenue célèbre à travers le monde, se plaît à montrer des images de Père Noël bedonnant au costume rouge et blanc et à la longue barbe blanche. Les fameux distributeurs de cadeaux du vingt-quatre décembre adoptèrent tous ce look et purent ainsi, chaque année, continuer à profiter des délicieux vins français, dessaouler grâce à la boisson américaine et être aptes à déposer les cadeaux au pied du sapin, pour le plus grand plaisir des enfants qui oublièrent qu’un jour le Père Noël ait pu être vert ! 



Lettre à la directrice


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Chère Madame la Directrice,

 

Je n’ai pas pour habitude de prendre le stylo car je suis plutôt un homme d’action mais mon planning actuel est extrêmement chargé, je ne puis me déplacer en votre bureau à l’odeur surannée.

 

Hier, j’ai eu la tristesse de voir ma fille revenir en pleurs de votre établissement. Elle me rapporte vos propos pour le moins désobligeants. Vous l’auriez traitée de voleuse, tricheuse et de menteuse, « le portrait craché de votre père » lui avez-vous lancé au visage.

 

En voilà des accusations cinglantes envers une petite fille de dix ans Peut-être ressentez-vous de la jalousie face à la beauté indéniable de la chair de ma chair (et là le portrait de son père est justifié), ayant pu constater de visu votre indéniable laideur.  Si vous le souhaitez, je peux vous transmettre les coordonnées d’un éminent chirurgien plastique qui fait des miracles, ma femme en étant la preuve vivante et sa plus belle vitrine.

 

Je ne saurais non plus me retenir de vous conseiller de revoir votre garde-robe. Votre tailleur gris étriqué est digne d’un musée de l’éducation nationale et est à l’image de vos idées. Votre chignon serré doit certainement vous donner une vision déformée de la réalité (bien que cela puisse être une tentative de lifting à bon marché).        

 

Bref, je vous saurais gré de bien vouloir m’apporter les preuves des délits dont vous accusez ma petite chérie. A défaut de me les présenter, je considérerai vos incriminations comme gratuites et en ferai rapport au Ministre de l’Education Nationale qui vient d’ailleurs dîner à la maison dimanche prochain.

 

Dois-je considérer vos accusations comme un signe de votre non-adhésion à mon programme électoral ? Faut-il mêler une enfant à ce débat ?

 

Veuillez trouver ci-dessous le lien vous permettant d'aller directement lire sur Internet le contenu de la loi sur la diffamation et le harcèlement moral. Espérant que désormais vous laisserez ma fille tranquille.

 

Je profite de la présente pour vous formuler une requête : serait-il possible à la rentrée prochaine d'avoir pour notre fille un professeur aimable, sérieux et ponctuel, ni stagiaire, ni enceinte, ni de santé fragile et encore moins militant syndical ?

 

Et je n’aurai plus qu’un dernier conseil : rendez-vous aux urnes le vingt-trois avril prochain et on en reparle.

 

Politiquement vôtre.

 

 

                                                                                  Sarkozy N.

 

A lire :

 

http://michel.buze.perso.neuf.fr/lavache/perles_mots_parents.htm



Le coup de l’éléphant

 
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            La radio est affichée sur le tableau lumineux du cabinet du Docteur Foloeil.

 

– Vous voyez cette tache ?

– Oui, on ne peut pas la rater !

– Et bien, c’est une tumeur.

– Ah…

– Et on ne peut pas opérer sans léser gravement votre cerveau.

– Donc, soit vous me lobotomisez et je deviens un légume ou alors j’attends l’issue fatale…

– Vous avez bien résumé votre situation.

– Une seule question.

– J’écoute…

– Combien de temps me reste-t-il à être un honnête contribuable belge ?

– Environ deux mois.

– C’est peu !

– C’est le double de la durée de vie moyenne d’un moustique.

– Vu comme ça… Bon, je ne vais pas prendre plus de votre temps ni gaspiller le mien. Au revoir, docteur.

 

            Achille n’en revient pas. Il a toujours eu une vie exemplaire. Il fait du sport : footing chaque soir, tennis le dimanche matin et sport en chambre pour autant qu’il obtienne une réponse positive sur le site www.justeunefois.be. Il fait attention à manger cinq fruits et légumes par jour : pastilles au citron, chewing-gum à la fraise, chips de carottes, bonbons à la pomme, etc.  

Tout a commencé par une migraine. Son médecin de famille lui a alors conseillé de passer chez un neurologue. Et maintenant, le voilà condamné ! Aurait-il préféré ne pas savoir et trépasser dans son sommeil ? Non ! Il ne pourrait pas envisager comme maintenant de profiter enfin de la vie, ou de ce qui lui en reste.

            Célibataire endurci, un peu radin (beaucoup selon ses conquêtes), il a économisé tel un écureuil, à la grande joie de son banquier. Mais là, il se pose et se dit qu’il n’avait jamais profité des plaisirs qu’on peut s’offrir. Il est grand temps de délier les cordons de la bourse.

            Le lendemain, il ne se présente pas chez son patron, préférant faire une grasse matinée et cogiter sur la façon de rendre ses dernières semaines sur terre inoubliables. Il en profite d'abord pour aller chercher le cadeau pour l’anniversaire de sa maman, en novembre. Comme nous sommes en avril, il craint de ne pas être présent pour lui offrir. En lieu et place du traditionnel bouquet de marguerites et de l’éternelle bouteille d’eau de Cologne, il achète une magnifique orchidée et le parfum le plus cher de la boutique. Sa mère n’en revient pas et ne comprend pas ces offrandes soudaines. En effet, Achille préfère lui taire sa maladie, prétextant une promotion dans sa société.

            Son rêve secret a toujours été d'apprendre à cuisiner. Adepte du sandwich, des plats surgelés ou à emporter, il ne sait pas faire la différence entre une casserole et une poêle. Après quelques recherches sur le net, il s'inscrit à une formation qui débute dans deux jours à Paris. Juste le temps de trouver une chambre d'hôtel à côté et de préparer ses valises pour huit semaines.

            Les cours sont donnés de manière intensive par un chef étoilé. Grâce à sa grande motivation et son enthousiasme, il parvient à rattraper son retard. Il est grandement aidé dans cette tâche par Anne-Sophie, l'assistante du cuisinier. Voyant sa maladresse et son désir de bien faire, elle décide de lui proposer des cours complémentaires en soirée dans son petit appartement du XVème arrondissement. Leurs mains se mêlent, leurs yeux se croisent et d'une même fourchette, ils goûtent à leurs plats. 

            Le temps file et ses progrès sont inattendus. Au concours final entre tous les candidats, il se démarque et remporte le prix, à la grande joie d'Anne-Sophie. Mais Achille doit repartir dans sa Belgique natale. Le cœur lourd, il s'éloigne de celle qui semblait lui être destinée. Celle-ci lui remet son numéro de téléphone pour garder le contact.

            À son retour, il ne fait même pas attention aux divers messages sur son répondeur ni au courrier qui déborde de la boîte aux lettres. Il sait qu’il vit là ses derniers jours. Il est malgré tout heureux d’avoir profité de ces quelques semaines.

            Son compte bancaire quasi à sec, Achille se pose et attend la mort, sereinement. Comme elle se fait attendre, il passe le temps en épluchant son courrier. Entre les factures, les rappels, les publicités ordinaires, le recommandé de son patron, la convocation au tribunal pour défaut de paiement de loyer, il y a une lettre inhabituelle. Il ouvre l’enveloppe et découvre un courrier manuscrit dont il parcourt rapidement et fébrilement le contenu.

 

Cher Monsieur,

 

Ne parvenant pas à vous joindre par téléphone malgré mes nombreuses tentatives, je vous écris la présente.

Après vérifications, il s’est avéré que votre dossier s’est mêlé à celui d’un autre patient. La radio que je vous ai montrée n’était pas la vôtre. Une infirmière stagiaire est à l’origine de cette méprise.

J’ai le grand plaisir de vous annoncer que vous êtes en parfaite santé.

Je vous prie d’accepter mes plus plates excuses pour ce malentendu et vous souhaite un avenir radieux.

 

Docteur Foloeil

 

            Achille se sent au bord de l’évanouissement. L'électricité est coupée. Dans le noir, il pianote sur le clavier de son portable. Au bout du fil, Anne-Sophie répond. Il peut finalement changer de vie, voire de carrière, faute de mourir.



Boo !

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            Je viens de décrocher un job de concierge dans un immeuble au Nord de la ville de Charleroi, la « Résidence de Minuit ». Nous sommes le trente-et-un octobre et j’ai rendez-vous avec mon prédécesseur pour la remise des clés. Je découvre un homme cerné, le teint livide et dont l’âge est impossible à déterminer. Il me tend péniblement un lourd trousseau en susurrant « Bon courage. »

            Il attrape ses deux grosses valises en tapisserie et sort d’un pas rapide. J’installe mes affaires et prend possession des lieux. D’après les boîtes aux lettres, il semble qu’il y ait trois appartements. Les locataires semblent calmes car je n’entends aucun bruit dans l’immeuble.

            Le soleil se couche, laissant place à un épais brouillard. Lorsque je me prépare à me glisser sous les draps, un grand fracas me fait sursauter. Le bâtiment semble même avoir tremblé. Et puis de longs râles se font entendre. Je pense que c’est au premier étage que se joue un drame humain. J’enfile mon peignoir et monte jusqu’à la porte de Monsieur Mandrac. Je frappe avec un peu d’hésitation. Des grognements se rapprochent et une clé est tournée dans la serrure. La porte s’entrouvre et je découvre un homme au visage blafard et à l’embonpoint marqué. Sa respiration est saccadée et sifflante.

– Bonsoir, je suis le nouveau concierge. Vous avez un souci ?

– Mon lit… cassé… encore !

– Je peux vous aider.

            Il ouvre grand sa porte et me fait entrer.

– Deuxième à gauche.

            Je traverse un couloir peint en noir. Dans la pièce servant de chambre à coucher, je vois une sorte de grande caisse en bois qui trône en plein milieu. C’est le seul meuble, pas de garde-robe, d’armoire ou même de table de nuit. Une ampoule nue pend du plafond dont la peinture s’écaille. Monsieur Mandrac pointe de son doigt crochu deux planches qui se sont détachées de la caisse. C’est alors que je constate des taches de sang sur sa chemise de nuit blanche. Un frisson de dégoût me parcourt l’échine. Je descends chercher mon marteau et quelques clous. En trois coups de cuillère à pot, la caisse, ou plutôt le lit, est réparée. Mon locataire arbore un sourire aux dents blanches et aux canines légèrement surdimensionnées.

            Pour me remercier, il me propose de partager avec lui son plat de boudin noir fraîchement préparé, sa spécialité ! Je décline l’invitation, prétextant une grande fatigue et non une aversion totale pour ce mets peu ragoûtant.

            Je positionne ma couverture lorsque le téléphone sonne. Une voix nasillarde me demande :

– Z’êtes le nouveau concierge ?

– Oui, bonsoir.

– Ze suis Madame Bistein du deuxième. Montez prendre le café.

– Non, merci. Je suis déjà couché. Je passerai demain.

– Demain, il sera froid. Venez tout de suiiiiiiiite !

            Son cri strident me vrille le tympan. Je ne peux que m’exécuter. Sa porte est déjà ouverte lorsque j’arrive au deuxième. J’entends un « Entrez ! ». Je traverse le couloir et arrive dans la salle de séjour. Une femme me tourne le dos, occupée à préparer deux grands bols de café. Elle fait volte-face et je ne peux réprimer un petit cri de surprise. Son visage arbore un teint verdâtre et des yeux exorbités.

– Asseyez-vous !

            Je prends place sur la première chaise venue et reçois ma tasse, de la taille d’un pot de nuit, dans les mains. Pendant que mon hôtesse se rend dans la cuisine pour aller chercher du sucre, j’ai le temps de détailler la décoration assez particulière de la pièce. Sur tous les murs sont accrochées des prothèses diverses : de l’avant-bras, en passant par la mâchoire, le dentier jusqu’à la jambe complète. Elles ont toutes l’air d’avoir été utilisées jusqu’à la corde. Madame Bistein revient à mes côtés. Pendant qu’elle boit son café, je constate que ses mains sont gantées.

– Vous êtes frileuse ?

– Non, mais une femme de bonne famille doit cacher ses mains.

– Vous avez une décoration originale.

– C’est toute mon histoire !

            Et j’ai droit à la description détaillée de chaque prothèse qui orne le mur, ses avantages, ses inconvénients, les matériaux qui la constituent, etc.

            Deux heures plus tard, je parviens à mettre un terme à son exposé en promettant de revenir prendre le café un autre jour.

            Il est déjà près de trois heures du matin. Par la fenêtre, je constate que le brouillard s’est dissipé. La pleine lune illumine ma chambre. Je sens mon cœur palpiter dans ma poitrine, mes membres puis tout mon corps se couvrent de poils sombres. Ma mâchoire et mes canines s’allongent. Je ne peux m’empêcher de pousser un long hurlement. Quelques secondes plus tard, on hurle au troisième étage en réponse à mon appel. Je crois que je ne dormirai pas cette nuit. 



Merveilles contre merveilles !

 
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            Mes petits pensionnaires, ils en ont fait des yeux stupéfaits lorsqu’ils m’ont découverte. Ils n’avaient jamais imaginé que je pouvais être si magnifique. Mais pour cela, ils ont du prendre de la hauteur. Un avion n’y suffisait pas. Alors ils ont créé, fabriqué des machines qui se sont élancées dans le ciel et sont allées au-delà. Les premières images de moi étaient un peu floues et en noir et blanc. Alors ils ont envoyé l’un des leurs pour qu’il constate de visu, qu’il me contemple et s’émerveille. Il a pu partager ses émotions et revenir, les yeux plein d’étoiles de m’avoir observée dans mon intégralité.

            Les hommes pensaient être les seuls à créer l’extraordinaire, se plaisant à les qualifier de merveilles. À ce titre, ils ont construit des bâtisses colossales, des statues démesurées, des édifices à l’architecture audacieuse qui ont la plupart disparu au fil du temps. Il y en a bien sûr d’autres qui les ont remplacés. Ainsi, les hommes aiment se pâmer devant leur création, se flatter de créer l’impossible. Ils veulent susciter l’admiration de leurs semblables, que ceux-ci s’extasient et crient au génie !

Mais n’ont-ils pas oublié mes forêts denses et riches de vie, mes montagnes aux neiges éternelles, mes lacs parfois d’un bleu pur et ailleurs d’un vert profond, mes gorges profondes, mes grottes étroites, mes barrières de corail, mes plages de sable rose, mes cascades vertigineuses, mes geyser aux couleurs de l’arc-en-ciel*, mes côtes sculptées par les marées, mes vallées encaissées, mes cavernes de glace, mes aurores boréales et bien plus encore ? Est-ce par jalousie qu’ils me détruisent à petit feu ? N’ont-ils envie de s’émerveiller que devant leurs propres créations ?

            Les êtres humains ont négligé le fait que, de toutes les merveilles, je suis la toute première, moi la Terre ! Mais tant que des étoiles brilleront dans leurs yeux en me contemplant, je conserve l’espoir d’être sauvée. 




Cousine

 
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            Dans ma vie, je peux vous dire que j’en ai vu des fesses dodues, velues, avec de la cellulite ou même odorantes. Mes proies ont tendance à avoir la gigotite dans leur sommeil et se découvrent l’arrière-train. C’est l’occasion idéale pour moi de passer à l’attaque. Si aucun fessier n’est en vue, je me contente d’un bras sorti de la couette, d’un ventre sans pyjama, même parfois de pieds aux cors épais et aux ongles acérés. Mais il me faut bien me nourrir pour pouvoir donner naissance à mes petits.

             

            Il est drôle le lendemain de les voir se tortiller en se grattant et en cherchant où je les ai piqués. Leur danse est comique. Je ris en me cachant dans mon coin, tout en évitant la toile de l’araignée à qui je ne veux pas servir de dîner.

 

            On essaie par tous les moyens de m’éliminer. Les appareils qui sont censés émettre une odeur répulsive n’ont plus de secret pour moi. Je me bouche les narines et c’est parti pour un festin car ils ne se méfient pas. Parfois, ils se munissent de tapettes et se mettent à brasser de l’air autour de moi. S’ils savaient comme je les trouve lents. On dirait des vieillards. Même les plus jeunes d’entre eux sont des Mathusalem pour moi.

 

Souvent, on nous accuse de transmettre de vilaines maladies. Mais ce n’est pas de notre faute, nous ne sommes que des coursiers de fortune. Fustigeriez-vous le facteur qui vous apporte une grosse facture ? Certains nous comparent à des mini vampires. Si les chauves-souris en ont l’allure, nous en avons la voracité, à faible mesure, bien sûr, sinon l’espèce humaine serait en voie de disparition depuis longtemps.

 

            Mais tout n’a qu’un temps. C’est ainsi que je me retrouve sur la calandre d’un Renault Twingo. Je n’ai pas eu la chance de ma cousine Angélique. Elle s’est fait choper par une Jaguar. C’est tout de même plus classe ! C’est comme si elle avait eu droit à un cercueil en chêne et moi une caisse de lessive. Heureusement, j’ai juste eu le temps de pondre au bord de l’étang tout près. Mes filles attaqueront ce conducteur du dimanche et ses fesses ressembleront au visage d’un ado acnéique. Je n’aurai même pas droit à l’épitaphe « Ci gît Dominique la moustique ».



Mission et omission

 
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Lucie se lève, la bouche pâteuse et le gosier sec. Son cerveau cogne comme si les percussions du Boléro de Ravel avaient élu domicile dans son crâne. Dans le miroir, elle remarque des poches disgracieuses sous ses yeux mi-clos. Elle a encore fait fort hier soir. Pourtant elle s’était juré de se limiter à trois verres. Mais après dix, elle n’a plus su compter, faute d’un nombre suffisant de doigts, même si certains semblaient compter double. Il fallait bien fêter le début de l’automne ! Elle trouve toujours une bonne raison pour sortir et s’amuser.

Ce qui la dérange ne sont pas seulement ses hauts-de-cœur mais aussi l’affreuse sensation de devoir faire quelque chose d’important sans être capable de se rappeler de quoi il s’agit. Tant pis ! Cela lui reviendra bien dans la journée. Il est déjà onze heures passé. La jeune femme consulte son téléphone portable où un message de son amie d’enfance, Ludivine, apparaît : « N’oublie pas d’aller les chercher avant midi ! ».

Mais que doit-elle aller chercher ? Et où ? Elle doit en avoir le cœur net et décide d’appeler Ludivine.

 

– Allo, Lucie. C’est bon ? Elles étaient prêtes ?

– Euh, je… quoi ?

– Ben, les bagues ! Le bijoutier a fini des les graver ?

 

            Là, Lucie se sent devenir livide et est obligée de s’asseoir pour ne pas défaillir. Aujourd’hui c’est le mariage de Ludivine et elle a été chargée d’aller récupérer les alliances. Elle ne peut décemment lui avouer la vérité.

 

– Ah mais oui ! T’inquiète ! Je te ramène ça tantôt. Je te laisse. Je dois me préparer.

 

            Elle enfile sa veste au-dessus de son vieux pyjama et court en direction de la bijouterie trois rues plus loin. Dans sa course, elle sent son estomac se tortiller sans tous les sens, prêt à lui sortir par la bouche. Sa tête est au bord de l’explosion lorsqu’elle parvient devant la joaillerie. Le panneau « fermé » orne la porte. Midi cinq est affiché sur les montres en vitrine.

            Lucie tente de sonner, frapper à la fenêtre mais personne ne vient lui ouvrir. Elle se met à crier en direction des fenêtres de l’étage « Hou hou, s’il-vous-plaît, ouvrez-moi ! Je vous en supplie ! C’est une question de vie ou de mort ! ». Comme personne ne répond à ses suppliques, elle s’effondre en larmes sur le trottoir. Une vieille dame, attendrie, lui dépose une pièce dans la main et s’éloigne.

            Mais que va dire Ludivine ? Elle lui faisait entièrement confiance. Que va-t-elle apporter sur le joli coussin en dentelles ? Car c’est elle la petite fille d’honneur ! De déshonneur plutôt ! Complètement dépitée, Lucie repart vers son appartement.

            Sur le chemin, elle passe à côté de manicracs en tous genres. Une idée traverse son esprit pourtant embué. La pièce de la mamie tombe à point nommé. L’espoir renaît !

            De retour chez elle, elle se pomponne, se maquille pour masquer la fatigue et enfile sa robe rose.

            Dans l’église, tout le monde est rassemblé. Ludivine est magnifique et rayonnante. Elle jette un coup d’œil à son amie au teint pâle.

 

– ça va ?

– Oui, t’inquiète ! Juste une petite indigestion.

– Ne sois pas malade au moment de nous donner les alliances !

– Je vais essayer…

            Le cérémonial commence. Après l’échange des consentements, Lucie est priée d’amener le coussin portant les bagues. Elle s’avance et le présente, le visage rouge comme une pivoine. Un mot couvre les bijoux : « Bon pour deux vraies alliances ». En-dessous se trouvent deux bagues… en plastique pour enfants.

 

– Vous pouvez les enfiler à vos petits doigts… J’ai un peu oublié ma mission ce matin… Désolée.

 

            Lucie arbore un sourire contrit tout en subissant les foudres du regard de Ludivine.




Patrimoine


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            Nous sommes dans la salle d’accouchement d’un grand hôpital. Noémie est en plein travail. Le gynécologue invite la parturiente à pousser une dernière fois pour libérer l’enfant. Un grognement sourd, suivi de petits pleurs et c’est la joie qui exulte. On dépose le petit être encore taché de sang, emmitouflé dans un essuie, dans les bras de sa mère. Le médecin termine sa besogne en sermonnant sa patiente.

 

– Vous avez été imprudente. Je vous avais prévenue. Vous auriez pu avoir un beau bébé sans les oreilles décollées ni les yeux qui louchent.

– Mais c’est le plus magnifique des enfants ! Il faut parfois laisser faire la nature, elle fait si bien les choses depuis des millénaires. Vous jouez à l’apprenti sorcier, dit Noémie en caressant les pavillons recroquevillés de son nourrisson et en le mangeant de ses yeux bigleux.

           

            En Belgique, voilà un peu plus de dix ans que les parents font systématiquement appel à la fécondation in vitro sur impulsion des pouvoirs publiques qui l’ont rendue gratuite. Ils peuvent ainsi choisir le sexe, la couleur des cheveux, des yeux, la taille, l’intelligence et surtout supprimer les tares de leur progéniture. Plus de nains, de handicap ni aucune singularité. Les écoles s’emplissent d’enfants stéréotypés, choisis dans des catalogues posés dans les salles d’attente des généticiens. En supprimant certains gènes, ils ont créé des bébés modèles, comme les carottes qui sont devenues oranges alors qu’il en existe de nombreuses variétés.

Mais il a récemment été dévoilé que les médecins avaient aussi pour mission de créer des enfants qui s’orienteraient naturellement vers des métiers en pénurie, qui seraient dociles, faciles à influencer. L’objectif caché, à long terme, serait de créer un peuple malléable et corvéable à souhait, une société équilibrée où tout le monde trouverait sa place. C’est pourquoi, devant l’hôpital passe une manifestation silencieuse. C’est le week-end du patrimoine et sur les pancartes, on peut lire « Touche pas à mon patrimoine génétique ! ». 



Nuit d’ivresse

 
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            Mes tempes cognent comme si un monstre voulait sortir de mon cerveau. Je peine à ouvrir les yeux, mes paupières semblant peser une tonne. Mon regard se pose sur un mur gris empli de graffitis salaces. Mais où suis-je ? Je regarde autour de moi : je suis couchée sur un lit de fortune sans draps ni couvertures, dans une petit cellule dont la porte est une grille. Je dois sûrement cauchemarder. Il vaut peut-être mieux attendre mon vrai réveil. Mais mon estomac se met à se vriller. Juste le temps de me mettre sur le côté avant qu’un liquide verdâtre jaillisse de ma bouche par jets successifs, sur les chaussures cirées… d’un policier.

 

– C’est pas vrai ! Elle nous a tout salopé ! Va falloir encore que je nettoie. Allez, debout.

 

            L’homme en uniforme me jette un regard dur, mélange de pitié et de dégoût. Il me tient par le bras pour me relever et m’amène jusqu’à un minuscule bureau. Ma démarche est chaloupée car mon talon gauche est cassé. Le soleil qui point derrière le store bancal me brûle les yeux. L’homme le remarque et ferme les volets. J’ai la bouche pâteuse et la vivacité d’une femme centenaire.

 

– La nuit a été bonne ?

– On est loin du quatre étoiles. Qu’est-ce que je fais ici ?

– Vous ne vous souvenez pas ?

– Je sais que j’étais avec mes amies d’enfance, Hélène et Charlotte. On fêtait mon enterrement de vie de jeune fille dans le bar de notre jeunesse, le « Donaldson ». C’était bourré d’ados boutonneux qui avaient la moitié de notre âge, mais on est restées. Le patron nous a proposé la spécialité de la maison nommée le Blackout, un mélange de scotch, rhum, schweppes avec du jus d’oranges. Un délice ! Après deux verres, je ne sais plus ce qui s’est passé.

– Il porte bien son nom ce cocktail ! Bon, vous êtes accusée de détournement de mineur, atteinte aux bonnes mœurs et insultes à agents.

– Rien que ça !? Vous devez vous trompez de personne. Je ne peux pas avoir fait tout cela. Et mes amies ? Où sont-elles ?

– Elles tiennent apparemment mieux l’alcool que vous. Elles ont tenté de vous raisonner mais sans succès.

– Elles n’ont peut-être pas assez insisté…

– Je vous lis les déclarations des témoins et victimes. Dans les toilettes du bar, vous avez embrassé un jeune mineur de dix-sept ans sans son consentement puis vous lui avez arraché le pantalon et le caleçon.

– Quoi ? C’est impossible ! Je suis super timide. C’est pour ça que je ne me marie que maintenant, la quarantaine bien sonnée.

– Vous auriez dû prendre une cuite plus jeune ! Je continue. Au milieu du bar, vous avez retiré votre petite culotte, l’avez faite tournoyer avant de la jeter sur l’assistance en criant « Je suis Madonna, donnez-moi un million de dollars. »

– Et on me les a donnés ? ça paierait la caution…

– Comme vous n’étiez plus gérable, le patron nous a appelés. Lorsque je suis arrivé avec mon collègue, vous nous avez traités de Laurel et Hardy.

– Vous, vous devez être Laurel…

– Bref, est-ce que vous reconnaissez les faits ?

– Je n’en ai aucun souvenir. Qu’ont dit mes amies ?

– Elles ont tout confirmé.

– Bonjour le soutien ! Et dire que ce sont mes demoiselles d’honneur ! Au fait, il est quelle heure ?

– Huit heures trente.

– Je me marie dans une demi-heure ! Donnez vos papiers, je signe et on en parle plus !

– Vous serez convoquée au tribunal.

– Ah, tout de même…

– Bon mariage. Vous serez encore un peu grise en robe blanche. Tiens, voici justement votre futur époux.

 

            Je m’approche de Pierre en boitillant. Il m’adresse un regard noir auquel je réponds par un air de chien battu en disant :

 

– Tu as prévenu le prêtre et le traiteur qu’on aurait un peu de retard…



Invasion

 
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            J’ai juste dit au téléphone à ma sœur Mathilde : « Clothilde est partie avec un collègue. » Et le lendemain, je voyais débarquer toute ma famille dans mon petit appartement de Bruxelles. Vers onze heures, ce fut d’abord Maman, un sac rempli de Tupperware de toutes tailles, emplis de nourriture, de quoi tenir un siège. Après avoir déposé son barda dans la cuisine, elle me prit dans ses bras en disant :

– Ce n’est rien. Une de perdue, dix de retrouvées ! 

– Je ne compte pas créer un harem, tu sais.

– Faut pas t’enfermer dans ton appartement. Ton père t’aurait emmené à la pêche s’il était encore parmi nous. Paix à son âme.

            Nous avons mangé ensemble, ou plutôt elle a contrôlé que je ne me laisse pas mourir de faim en emplissant mon assiette en quantité suffisante pour deux personnes.

            En début d’après-midi, Guillaume arriva avec son pitbull prénommé Maurice.

– Désolé, c’est ma semaine et je ne peux le laisser seul plus d’une heure sinon il mange mon canapé.

            Mon frère aîné est homosexuel et séparé depuis plus d’un an. Le couple n’a pu adopter un enfant alors il a pris un chien. Après la fin de la cohabitation, il a été convenu, selon acte notarié, une garde alternée pour le clebs.

– Je sais ce que tu ressens. Je suis passé par là avec Jean-Philippe. D’abord, tu seras dans le déni, essayant de le récupérer.

– LA récupérer…

– Ah oui, j’oubliais que tu es hétéro. Puis tu tomberas dans la dépression, cherchant en toi la cause de la rupture, en te rabaissant, te dénigrant. Et puis, si tu passes ce cap sans te suicider, tu accepteras et envisageras une nouvelle histoire. Personnellement, j’ai quelques relations qui pourraient devenir sérieuses. Si tu veux, je peux te présenter… Elle t’a peut-être quitté parce que tu n’es pas fait pour une femme !

– Non, je vais d’abord lutter contre l’envie de mettre fin à mes jours, tout seul.

            Vers quatre heures, c’est Mathilde qui se pointa avec ses quatre enfants, juste sortis de l’école.

– Je me suis dit que tu aimerais voir tes neveux et nièces pour te changer les idées. J’espère que tu as des céréales ou des biscuits, ils sont affamés !

– Maurice n’a pas encore attaqué mon canapé, ils peuvent le grignoter s’ils veulent. Sinon Maman a préparé une tarte aux pommes.

            Je n’eus pas le temps de refermer la porte. Ma sœur cadette Joséphine, nymphomane à ses heures perdues, sortit de l’ascenseur. Elle me sauta au cou en pleurant :

– Mon pauvre Théodore, tu ne devais pas être un bon coup pour qu’elle se barre avec un autre. Je peux te donner des conseils pour faire jouir à coup sûr. J’ai une bonne collection de bouquins sur le sujet. Commence par « Kamasutra pour les nuls », il est bien simple et efficace.

– Je n’ai pas trop envie de lire en ce moment.

– J’ai aussi quelques bons pornos, pas du bas de gamme. Du Rocco Siffredi et du Clara Morgane !

– Pas envie de télé non plus.

– Si tu ne veux plus t’engager, j’ai quelques copines qui recherchent des coups d’un soir. Mais faut tout de même que tu sois un minimum performant sinon, je vais me taper la tehon de ma life !

– Peut-être plus tard, Joséphine. Merci de ton aide. Tu veux un bout de gâteau de Maman ?

            Il est presque cinq heures et mon appartement est plein à craquer. Chacun mange sa part de tarte dans une assiette en carton, faute de vaisselle en suffisance. Les enfants courent après le chien, Mathilde leur crie de venir boire une tasse de lait, issu de la dernière boîte dans mon frigo. Joséphine, sur son portable, organise un rendez-vous avec un inconnu croisé au hasard du net sur www.coitdunsoir.com. Guillaume s’engueule au téléphone avec Jean-Phi au sujet du toiletteur pour Maurice. Dans ma chambre, Maman change les draps de mon lit en arguant qu’il faut enlever toute trace du passage de Clothilde, faire table rase du passé pour laisser la place à une autre. Ils sont tous gentils mais un peu envahissants.

            Il faudra tout de même que je leur dise que Clothilde est bien partie avec un collègue… mais en voyage d’affaires ! 



JO 2020

 
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            Je m’appelle Armand et je m’occupe d’une ferme à Dinant, en Belgique. J’élève des animaux à deux pattes qui ne sont pas du tout originaires de la région mais qui s’y sont acclimatés. J’adore les nourrir, les caresser et leur parler. C’est ainsi que j’obtiens les plus beaux œufs de Belgique. Un seul peut nourrir plusieurs personnes ! Vous ne me croyez pas… mais je ne vous parle pas de vulgaires poules. Moi, j’élève des autruches mais nous avons aussi des émeus, des nandous et des casoars. Mais les autruches restent mes préférées.

            On ne penserait pas mais c’est qu’elles sont costaudes et rapides ces grosses bêtes. J’ai commencé à les monter il y a quelques années. Leurs pattes puissantes ne flanchent pas sous mon poids. Je me suis amusé à faire des petits tours dans les environs. Pas besoin de scelle comme sur un cheval, il suffit de bloquer ses jambes sous les ailes. Puis un léger coup de talon lui indique la direction à prendre. Dans le champ, on faisait des courses entre fermiers. Saviez-vous qu’une autruche peut atteindre les septante kilomètres par heure ? Des gens du village et de la région venaient nous voir. Cela devenait un rendez-vous hebdomadaire très apprécié.

            Il fallait que j’entraîne mes autruches et que je trouve mes championnes. Les plus rapides étaient Serge, Donald et Jacques. Notre sport a vite fait des émules dans d’autres pays et il n’était pas rare que j’embarque mon trio pour des courses dans divers pays d’Europe. À l’approche des JO de 2020, un fermier allemand proposa sur un coup de tête ce nouveau sport au Comité Olympique qui, à mon grand étonnement, ajouta cette discipline au palmarès.

            Ni une, ni deux, je me suis inscrit comme candidat. Comme mes performances étaient plus qu’honorables, je fus sélectionné pour aller défendre les couleurs de mon pays au Japon. Mon trio de champions ne supportant pas les voyages en avion, nous avons pris le bateau. Le voyage me parut interminable. Quel soulagement d’apercevoir les côtes japonaises. J’allais enfin pouvoir lâcher le seau avec qui j’étais devenu inséparable en raison d’un méchant mal des transports.

Nous fûmes installés dans les mêmes quartiers que les jockeys et leurs montures. Ces derniers me narguaient en passant avec leurs étalons à la robe luisante. Ils jetaient un regard dédaigneux à mes volatiles au plumage sombre et à la petite tête chauve. Jacques se blessa à la première épreuve, sûrement à cause du décalage horaire. Donald se qualifia pour la demi-finale avant de choper une vilaine tourista. Tous mes espoirs reposaient désormais sur Serge.

            Le veille de la finale, je passai beaucoup de temps à le caresser, le masser, lui parler pour le rassurer et l’encourager. Nous avons même dormi côte à côte sur la paille.

            Le jour J arriva. Nous étions sur la ligne de départ. Au coup de sifflet, Serge démarra sur les chapeaux de pattes. Nous étions devancés par l’australien et le sénégalais. Je sentais que Serge en avait encore sous le genou alors je l’ai encouragé tout en flattant son égo d’autruche et en lui en donnant des petits coups de talons. Nous avons dépassé la casaque sénégalaise. Nous nous rapprochions de la tête de la course. Lors d’un virage, l’australien glissa et nous prîmes notre envolée jusqu’à la ligne d’arrivée.

            Quelle fierté de monter sur le podium pour recevoir la médaille d’or. Je voyais de la fierté dans les yeux globuleux de Serge. Il allait devenir la vedette de l’autrucherie, la coqueluche de Dinant et le chouchou de la Reine Mathilde. Alors si vous passez dans le coin, venez saluer mon champion à l’Autrucherie du Pont d’Amour.

 

http://www.autrucherie-pontdamour.be/



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